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Publié par Parolesdejuges

L’audience est suspendue (Bibliographie)

 

Le procès dit « des viols de Mazan », suivi par la France entière et les médias de nombreux pays, a inéluctablement entraîné la publication de plusieurs livres (not. celui de Elise Costa cf. ici).

La journaliste Clara SEREN ROSSO a choisi de raconter non seulement quelques moments du procès, mais aussi ce qui l’a entouré.

Sur le site de l’éditeur (son site) le livre est présenté de la façon suivante (page dédiée) :

"Vous avez lu des articles, vu des documentaires, entendu des récits. Mais pas celui-là. La journaliste Clara Seren-Rosso ne rejoue pas le procès Mazan. Elle y a vécu. Trois mois. Les bouts de vérité à la machine à café avec les accusés, la couleur de cette langue qui ne met personne d'accord, ses échanges avec un juge, le bel homme dans le box, les vidéos insoutenables, l'apéritif avec les avocats de la défense, ses doutes étouffants en rentrant le soir... elle consigne tout dans ses notes, pendant les suspensions d'audience. À lire d'une traite ou en piochant, ces feuillets ne prétendent pas résoudre les grandes questions de société, mais ils livrent sans filtre ce que les articles n'ont pas permis de dire. Ce récit à la première personne embarque le lecteur dans des scènes, des anecdotes et des dialogues inédits, qui jettent un nouvel éclairage sur l'histoire de ce procès."

Le livre débute par une préface de Boris Cyrulnik qui rappelle que « ..une pulsion nécessaire, le désir sexuel, devient facilement perverse quand les structures familiales et culturelles sont diluées, affaiblies par des individus qui les perçoivent mal. » Il ajoute que certains agresseurs sexuels sont des « hommes bien éduqués qui (..) vivent dans un effondrement culturel où l’interdit est mal énoncé. » Et après avoir salué le travail de l’auteure il conclut que « C’est la destruction des âmes, des familles et des cultures qui qui laisse émerger ces crimes dégoûtants. »

La première partie est intitulée « Auditions ».

L'auteure raconte, notamment, comment elle a croisé un des accusés dans une boulangerie proche du palais de justice et le malaise ressenti en observant cet homme courtois avec la vendeuse et ne ressemblant plus à celui de l’audience, et les accusés libres qui allaient en même temps que les journalistes au distributeur de café du palais de justice. Elle décrit quelques protagonistes dont les magistrats, avec un humour toujours présent mais subtil. Elle aborde aussi le visionnage des vidéos réalisées lors des faits, et analyse les réactions de ceux qui les regardent. Puis les espoirs parfois déçus lors de l’audition des psychologues et des psychiatres avec en toile de fond l'introuvable réponse autour de la définition de « l’homme ordinaire », en comparaison avec celui qui passe à l’acte. En complément l’auteure note ce qu'au demeurant les magistrats constatent souvent chez les accusés : Ils ont un cerveau « mais voilà à Mazan, comme souvent, ils ont choisi de ne pas l’utiliser, la vie est plus confortable ainsi. » Cela rejoint la banalité du mal mise en avant par Hanna Arendt. Et rappelant des propos d’un des avocats l’auteure écrit : « Ils ont fait le choix de démissionner de la pensée, qui est précisément ce qui nous distingue de l’animal, pour faire prévaloir leurs pulsions ». Et constate qu’au cours des débats des questions ont été posées aux auteurs qu’ils ne s’étaient jamais posées avant, notamment sur le consentement à l’acte sexuel.

Le livre contient aussi une multitudes d'anecdotes mais qui ont du sens, comme ce qui permet de décompresser entre professionnels pendant les suspensions, ou les commentaires sur leurs habits.

L'auteure analyse les excès flagrants et unanimement dénoncés de quelques avocat(e)s qui ne semblent pas avoir conscience du ridicule de certains de leurs comportements, les difficultés pour témoigner des proches des accusés qui étaient au demeurant essentiellement des femmes, les mots qui viennent aisément ou non à la bouche des accusés.

Elle termine cette partie par une critique quand au temps disponible, insuffisant à bien des moments, du fait d’une durée du procès trop courte au regard du temps nécessaire à une justice de qualité maximale.

La seconde partie est intitulée : « Confrontations ».

L’auteure parle notamment de l’impact de ce genre de procès sur celui qui y assiste.

À propos des plaidoiries finales, elle écrit après avoir entendu le meilleur et le pire, et fort justement : « Tout le monde peut bomber le torse. Pérorer, insulter l’adversaire ou taper du poing sur la table. Mais plaider c’est autre chose. Ça n’est pas donné à tous, même pas à tous les avocats. Plaider pour quelqu’un cela suppose de pouvoir s’oublier un peu. Qualité que la robe ne garantit pas. » Elle ajoute quelques descriptions peu flatteuses pour les avocats et cite certains de leurs propos qu’elle qualifie de « indécents » ce qui lui fait écrire : « À défaut de vrais arguments, de démonstrations construites (..) la cour a dû se contenter d’une succession de punchlines mal senties, lancées à la volée puis recyclées devant les caméras à la sortie de la salle. Parfait pour s’offrir une citation dans la presse. Nettement moins pour défendre un homme. » Et elle raconte que lors d’une pause vers la fin des plaidoiries Mme Pélicot s’est brièvement approchée de quelques journalistes et leur a dit : « Même nous on les défendrait mieux. ».  Comme si la victime regrettait que ses violeurs ne soient pas mieux défendus.

La troisième partie s’appelle « Derniers mots ».

À propos de Mme Pélicot, l’auteure se demande opportunément si le fait d’en avoir fait une icone ne l’a pas empêchée d’être vraiment elle-même au procès.

Le livre se termine par l’annonce du verdict, et le passage d’un immense brouhaha au silence.

Tout ceci en fait un livre difficile à résumer mais original, intéressant, et agréable à lire.

 

 

 

 

 

 

 

 

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