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Publié par Parolesdejuges



  M. Lemonde, magistrat français, nous propose en ce début d'année 2013, aux éditions du Seuil (leur site), un livre véritablement exceptionnel, intitulé : "Un juge face aux khmers rouges".

Lemonde

 

  M. Lemonde (1), qui a exercé comme magistrat en France, a été nommé co-juge d'instruction (2) après la création par les Nations Unies, en 2006, du "Tribunal spécial pour les khmers rouges", et la mise en place, au Cambodge, des "chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens". Il a pris ses fonctions au cours de l'été 2006, et les a exercées pendant un peu plus de quatre années.

  Comme le rappelle M. Lemonde en tout début du livre (3), il n'est pas fréquent qu'un juge fasse des commentaires sur le contenu de ses décisions et l'environnement et les circonstances dans lesquels ces décisions ont été réfléchies et rendues. Mais il ajoute :

  "En temps normal. Car il est des circonstances qui peuvent modifier les données du problème. Si la dimension du procès revêt un caractère historique exceptionnel, si l'absence de précédent et l'originalité des règles applicables transforment l'action du juge en expérimentation unique, à plus forte raison si cette action garde un goût d'inachevé voire est marquée du sceau de l'échec, alors il peut devenir non seulement légitime mais encore nécessaire pour le juge de rompre le silence afin d'expliquer ce qui a pu être mal compris, de rétablir les faits si des informations inexactes ont été diffusées, de prévenir la répétition des erreurs qui ont pu être commises, bref, afin de permettre de tirer toutes les leçons de l'expérience."

  Dans son livre, M. Lemonde raconte donc son expérience unique. Il explique l'organisation de l'instruction, les méthodes de travail, et, surtout, les difficultés rencontrées, qui ont été multiples, c'est peu dire. Car contrairement à certaines juridictions internationales qui travaillent loin du pays dans lequel ont été éventuellement commis les crimes poursuivis, la juridiction créée pour juger les actes monstrueux commis par les khmers rouges entre 1975 et 1979 (période d'examen des faits) a été installée aux Cambodge, c'est à dire là où les crimes ont été commis et là où vivent encore, malgré la date des faits, de nombreuses personnes alors impliquées.

  Avec, et découlant du système de co-décision, une approche pour le moins différente des juristes et magistrats internationaux, indépendants et ayant pour la plupart une culture juridique de l'impartialité, et des juristes et magistrats locaux soumis à une très forte pression du pouvoir politique actuel.

  Il ne faut pas oublier, comme le rappelle M. Lemonde, que dans certains pays il n'y a toujours aucune justice indépendante digne de ce nom.


  M. Lemonde explique ensuite les accusations portées contre eux et le rôle joué par quelques uns des principaux dirigeants de l'époque khmer. Il est toujours stupéfiant de lire, ou de relire, que des hommes ont, à un moment donné, pu décider d'assassiner des centaines de milliers de leurs concitoyens au nom d'une idéologie folle qui les menait un jour ou l'autre à l'échec.

  Enfin, et ce n'est pas le moindre intérêt du livre, M. Lemonde fait part dans la dernière partie de ses réflexions sur la justice internationale et, notamment, de la place qu'il est - ou non - possible de laisser aux victimes en cas de crimes de masse.

  Si l'on perçoit la part de frustration d'un magistrat conscient de l'importance de sa mission, et qui pouvait espérer de meilleurs résultats, cela ne l'empêche pas d'écrire en conclusion :

  "Sans doute est-il excessif et injuste de soutenir, comme le font certains, que justice n'a en aucune façon été rendue aux victimes des khmers rouges. Bien sûr on attendait mieux. Certainement on aurait pu faire mieux. Mais malgré tout, dans une certaine mesure, on peut parler de justice à propos du tribunal de Phnom Pen. Sur un chemin semé d'embûches les juges seront parvenus à avancer, péniblement. D'un pas boîteux."


  Tout le livre est écrit dans un style très clair, de fait se lit comme un roman qu'il est difficile de quitter, et, malgré le sérieux de son contenu, est parsemé de traits d'humour.

  Ce témoignage vraiment exceptionnel intéressera un très large public : les juristes, les historiens, les personnes sensibles aux droits de l'homme, et au delà tous ceux qui se sentent concernés par la justice au sens large ou qui, tout simplement, veulent mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent.


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1. Que l'on voit sur la photographie du haut, au milieu, dans des vêtements noirs.
2. L'une des particularités de la procédure est que de nombreuses décisions sont prises par un collège regroupant des magistrats cambodgiens et des juges internatinaux venus de différents pays.
3. Le livre a été écrit avec la participation de Jean Reynaud, avocat.

 

 

 

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nicolefournerie 20/01/2013 16:37


Merci pour l'info. Les pointes d'humour que vous signalez doivent être indispensables à la lecture de l'inconcevable... Que j'ai découvert en 2004 avec le film
documentaire franco-cambodgien : " S21, la machine de mort Khmère rouge", où trois des sept seuls survivants du lycée de
Phnom Penh (centre de détention où des milliers de prisonniers ont été torturés et exécutés) sont confrontés à leurs bourreaux. 


Comment rendre justice sinon en mobilisant au quotidien pour que de telles horreurs soient perçues par le plus grand nombre comme INTOLERABLE. Luttons contre cette
supercherie qui fait dire à tant et tant de gens que "plus rien ne les étonne", que le "monde est pourri" et que personne n'y peut rien car "c'est la vie"... Et autres
inepties du même tonneau !