L’évolution du nombre de mineurs en détention
Auteur : Michel Huyette
Les médias se font régulièrement écho d’infraction graves commises par des mineurs. Les faits sont toujours suivis de nombreux commentaires sur l’ampleur de l’implication des mineurs dans la délinquance. Sans que soient systématiquement fournies les références justifiant les commentaires.
Quelques informations nous sont fournies par un rapport publié en juin 2026 par le service de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), qui dépend du ministère de la justice (doc. intégral ici).
Ce rapport s’attache aux raisons de l’augmentation du nombre de mineurs détenus entre 2023 et 2025
En voici l’essentiel.
Le rappel du principe juridique fondamental
Il est écrit : « Le code de la justice pénale des mineurs (CJPM) (code ici) rappelle que l’incarcération doit demeurer une mesure de dernier recours. La détention peut en effet produire des effets délétères sur les mineurs, que ce soit en raison des relations sociales spécifiques à la détention, des risques psychosociaux pour cette population détenue ou au niveau du risque de récidive et de désocialisation. »
Le constat général
Dans le résumé introductif les rapporteurs notent : « L’étude montre que l’augmentation du nombre de mineurs détenus s’explique par une pluralité de phénomènes concomitants : fin de la crise sanitaire, entrée en vigueur du CJPM [1], évolution des infractions. Ces différents facteurs contextuels ont abouti à une augmentation du nombre de mineurs prévenus et condamnés ainsi qu’à l’allongement des durées de détention, provoquant une hausse durable du nombre de mineurs en détention. »
L’augmentation du nombre de mineurs emprisonnés
Il y a eu une augmentation de 28 % du nombre de mineurs détenus a été constatée entre le 1er janvier 2023 et le 1er janvier 2026. Plusieurs établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) et quartiers pour mineurs (QM) ont atteint des taux d’occupation proches des 100 % lors de certains pics en 2025.
Le nombre d’affaires traitées par les parquets concernant au moins un mineur a augmenté entre 2022 et 2023, passant de 135 795 à 143 780, mais il baisse en 2024 (137 890 affaires). La hausse, de 1,5 %, est donc limitée et irrégulière entre 2022 et 2024.
Le nombre de mineurs poursuivis est en revanche passé de 45 285 en 2022 à 48 040 en 2024, soit une augmentation de 6,1 %.
Ces premiers chiffres montrent que l’augmentation du nombre de mineurs incarcérés ne peut pas s’expliquer uniquement par une évolution de la population pénale mineure.
Un allongement des durées de détention
Une des explications de la hausse du nombre de mineurs incarcérés réside dans la tendance globale à l’allongement des durées de détention, surtout perceptible à partir de 2022.
Entre 2022 et 2023 la part des mineurs détenus pour une durée prévisionnelle de 6 mois à 1 an augmente : 49 % des mineurs détenus en 2023 après 42 % en 2022. Entre 2023 et 2024 ce sont les durées prévisionnelles supérieures à 1 an qui progressent : de 12 à 20 % des mineurs détenus avant de revenir à 16 % au 1er janvier 2025.
Par ailleurs, 19,8 % des condamnés avaient des quantums de peines de plus d’un an au 1er janvier 2017 contre 30,6 % au 1er janvier 2025. En ce qui concerne les prévenus, en 2017, les détentions provisoires de moins de 6 mois représentaient environ 63 % des prévenus incarcérés, celles de 6 mois à un an, 33 %, et celles de plus d’un an, 4 %. En 2025, ces proportions atteignaient respectivement 40 %, 52 % et 8 %.
Ce qui fait écrire aux rapporteurs que loin d’observer un raccourcissement des détentions provisoires, qui figurait pourtant parmi les objectifs du CJPM, les mineurs incarcérés en détention provisoire le sont au contraire pour de plus longues durées.
La nature des infractions commises
La proportion de mineurs détenus pour vols baisse entre 2017 et 2025 (de 42 % en 2017 à 25 % en 2025). En parallèle la part des mineurs détenus pour homicides augmente de 10 % à 19 % sur la même période (cette catégorie incluant toutes les infractions relatives à des tentatives d’homicide et complicité d’homicide) ainsi que celles pour violences, de 10 % à 15 %. Et le nombre de mineurs en détention provisoire pour des affaires d’homicide a presque doublé : de 70 en 2017 à 130 en 2025.
Le nombre de mineurs détenus condamnés pour infractions à la législation sur les stupéfiants (ILS) ou pour violences, est en hausse : de 20 en 2017 à 57 en 2025 pour les ILS, soit une hausse de 185 % ; de 21 à 45 pour les violences, soit une hausse de 114 %. Inversement, le nombre de mineurs placés en détention provisoire pour ces mêmes infractions, ainsi que pour les vols, est en forte baisse [2].
Les rapporteurs font le constat que le nombre de mineurs en détention provisoire pour des affaires d’homicide a presque doublé : de 70 en 2017 à 130 en 2025. Pourtant, on observe généralement moins de 10 mineurs détenus condamnés pour homicide sur la période. Ce nombre passe de 7 condamnés à 2017 à 6 en 2025. Ils envisagent deux explications : les détentions plus longues dans les dossiers gérés par les juges d’instruction ; l’évolution des qualifications des infractions aux étapes successives de la procédure pénale, notamment dans les affaires de violences.
Et ils constatent, au regard de ce qui précède, qu’au niveau des condamnations l’augmentation du nombre d’affaires de trafics de stupéfiants et de violences est partiellement compensée par une baisse du nombre de mineurs condamnés pour homicide, vols et infractions à caractère sexuel. La proportion de jeunes condamnés à des quantums de peine de plus d’un an est par ailleurs en forte hausse pour toutes les infractions principales à l’exception des infractions à caractère sexuel (celles-ci donnent souvent lieu à des instructions longues, ainsi l’essentiel du temps d’incarcération est exécuté en tant que prévenu et/ou en tant que majeurs, quelle que soit la période).
[1] Code de la justice pénale des mineurs.
[2] Les rapporteurs expliquent cette baisse par l’entrée en vigueur du CJPM, impliquant un recours plus fréquent à l’audience unique pour ces infractions délictuelles. Or, ces trois infractions donnaient lieu à des détentions provisoires généralement courtes (moins de 6 mois). Leur traitement plus fréquent par audience unique (donnant lieu à des condamnations), a mécaniquement accru la durée moyenne des détentions provisoires restantes.
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