Paroles de juges
Par Raymond Levy (magistrat)
Mon cher Mahmoud,
J'espère que mes premières lettres te sont heureusement parvenues, et qu'elles ont éveillé ta curiosité
sur les étrangetés de ce pays de France, où je suis en villégiature avec Mustapha, Shéhérazade et d'autres personnes qui te sont chères. Les gens de ce pays considèrent que l'Orient est
compliqué, et cultivent des apparences de simplicité, rassurantes mais fallacieuses. Les intrigues de sérail me paraissent plus naturelles dans ce pays-ci que dans le nôtre! Tout n'est ici que
jalousies,méfiances, et tentation de nuire à qui pourrait avoir simplement l'idée de paraître autant que
soi !
On attache grand prix à obtenir les apparences du soutien du peuple contre les serviteurs de l'Etat, abstraction que l'on feint de distinguer du souverain, ce qui est très dangereux, car
cela rend ces serviteurs indociles et leur fait oublier leur condition.
C'est ainsi que les «magistrats», serviteurs chargés de rendre la justice au nom du souverain, se sont mis à croire à une théorie ridicule qu'on appelle «séparation des pouvoirs», ce qui a
donné naissance à une situation lamentable. Peux-tu imaginer que les «magistrats» n'ont daigné tenir aucun compte des admonestations et des menaces de sanctions réitérées par Nicolas Premier, le
shah des Français? Peux-tu imaginer qu'au contraire, ces menaces n'ont fait que renforcer leur résistance? C'est incroyable! Il est vrai que la cérémonie de la Parole Souveraine, si elle a
suscité quelque curiosité, n'a ensuite réussi qu'à assoupir ses auditeurs, ce qui n'était pas souhaité par le Shah.
Il faut admettre que le Shah des Français a éprouvé quelques contrariétés, qui ont porté atteinte à son prestige et réduit son autorité sacrée. Il souhaitait se séparer de la dame de son
Souverain Sérail, qui avait accepté de se servir d'un tapis volant prêté par le bey de Tunis, ce qu'il jugeait inconvenant, mais il a été contraint de la garder à ses côtés, car son Grand Vizir
(que la dame avait rêvé de remplacer!) avait lui-même utilisé un tapis volant du Sultan d'Egypte, chef des Mamelouks de ce pays, lequel a tellement perdu son prestige en accueillant trop
richement le Grand Vizir de France, que les Mamelouks, aidés par le peuple, ont jugé inutile de conserver un Sultan et ont décidé de diriger l'Egypte eux-mêmes. Pour sauver la face, et ne pas
paraître céder à l'irritation des Mamelouks d'Egypte, le Shah des Français a du conserver, et la dame du Souverain Sérail, et son Grand Vizir.
Pour retrouver un nouveau prestige, le shah Nicolas Premier compte beaucoup sur une grande réunion d'un groupe des vingt plus puissants souverains du monde, qu'on appelle le G 20, dont on
exalte les pouvoirs, bien qu'il n'en ait aucun, car chacun des vingt souverains se contente de faire des promesses solennelles et ensuite fait ce qu'il veut, ce qui est naturel pour un souverain.
Il faut être bien naïf pour croire autre chose. Nicolas Premier aurait bien aimé changer le nom de ce G 20 en S 20, car le S est la première lettre de son titre royal de Sarkozy.
L'ennui est que, pour réduire les dépenses du royaume sans être obligé de réduire celles du Sérail, le Shah a réduit de moitié le nombre des serviteurs chargés d'instruire la population du
royaume. Pour s'adapter à cette réduction, il a du réduire de moitié la matière de l'enseignement, si bien que ses jeunes sujets n'apprennent plus que la première moitié de l'alphabet et ne
connaissent pas la lettre S : le caractère grandiose de l'appellation S 20 leur serait donc resté inaperçu. L'enseignement de la deuxième partie de l'alphabet est réservé aux futurs serviteurs du
Shah, élèves de l'Ecole Nationale d'Alphabétisation (E.N.A.).
Des courtisans zélés ont cru devoir suggérer au souverain de changer son titre royal de Sarkozy, contre celui de Tsar Kozy, pour augmenter son prestige et son apparence de pouvoir face à
celui du Tsar Dimitri de Russie et de son Grand Vizir Vladimir (à moins que ce ne soit l'inverse ?). La question n'est toutefois pas tranchée, car il est à craindre que les manants ne veuillent
s'amuser à comparer lequel des deux Tsars aurait le pouvoir le moins absolu.........
En attendant, nul ne sait quelles formes va prendre l'insoumission des «magistrats», et l'on craint les effets qu'elle va avoir sur le prestige du souverain s'il n'arrive pas à se faire
craindre !
Paragraphe 4 : ..sans oublier que le Shah lui-même avait utilisé le tapis volant pour aller se reposer lors des fêtes chrétiennes de Noël, dans le royaume du Commandeur des Croyants
Cher Monsieur,
Tout d'abord, je suis bien heureux que le Président Huyette nous ait averti que dorénavant indiqué que tous les contributeurs de ce blogue aient la qualité de magistrat. Ce qui rend sans objet une question personnelle que je vous avais posée à l'occasion de l'un de mes commentaires sur vos premières "Lettres persanes". Je ne manque jamais jamais de les lire tant elles sont imprégnées d'humour et de consistance dans la description du mal être que nous vivons tous au sein du monde judiciaire. Une telle constance mérite que je vous conte l'histoire d'Albert Einstein quittant définitivement l'Europe en direction des Etats-Unis. Cette histoire commence ainsi.
Albert, embarrassé par ses malles , monte péniblement la passerelle d'un transatlantique quand deux hommes se présentant à lui comme des journalistes allemands, lui demandent: " Herr professor, pourquoi diable quittez-vous l'Allemagne, notre si beau pays?" Le physicien leur répond: pour deux choses messieurs, les maladies incurables et la bêtise humaine! Les deux hommes lui disent ;" alors qu'un vent puissant vous pousse vers votre destin." Arrivé en haut de la passerelle, Albert est accueili par un marin qui lui propose de l'installer dans sa cabine, mais Einstein lui dit: " je crois que je viens de contracter un rhume de cerveau, aussi faites-moi plutôt visiter la salle des machines."
Bonne nuit Monsieur.
Me PR