Rechercher

Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 17:04

Par Michel Huyette


  Cet article a été mis en ligne le 3 février, puis mis à jour le 9 février.


  Il y a des jours comme cela. On croit avoir tout entendu, on croit ne plus être surpris par grand chose, mais il n'empêche que l'on sursaute, avant d'avoir envie de hausser le ton. Et c'est peu dire.

  Revenons un tout petit peu en arrière (cf. ici).

  Voici quelques jours, un drame des plus épouvantables a secoué toute la France. Une jeune fille a été tuée dans des circonstances apparemment barbares (1), et un homme, présenté dans les medias comme le probable coupable, a été incarcéré. Aussitôt dans la bouche des élus il a été question de récidive, sans même qu'il soit démontré que tel était le cas, et, au plus haut sommet de l'Etat, une fois de plus, il a été promis la sanction des "responsables" de la justice et de la police.

  Le président de la République aurait dit notamment : "Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle".
(2)


  Sauf que les éléments rapportés ces derniers jours nous apportent un éclairage bien différent.

  Au service de probation du tribunal de grande instance de Nantes (3), il y aurait selon les informations apportées 16 travailleurs sociaux devant suivre chacun 181 personnes alors que la moyenne nationale est de 84 dossiers par fonctionnaire. A cause du manque majeur de personnel, à la date des faits 896 dossiers n'étaient pas traités, ce qui signifie que cela correspond à près de 900 personnes non suivies (L'Express). (Il a été fait état par le service d'application des peines d'un très important tribunal de la région parisienne d'un stock de 1460 dossiers en attente de traitement faute de personnel).

  Notons en passant que l'individu arrêté faisait l'objet d'un sursis avec mise à l'épreuve pour outrage, ce qui est un très petit délit et peut expliquer, administrativement, que les agents de probation débordés aient privilégié les dossiers impliquant des individus condamnés pour des délits plus graves ou des crimes.

  Il a été indiqué à plusieurs reprises que toute la chaîne hiérarchique, jusqu'au ministère de la justice, était totalement au courant et cela depuis longtemps. Pourtant, le ministère de la justice, tout en sachant qu'il manque un juge d'application des peines sur 5 (soit 20 % du personnel), aurait décidé en 2010 de ne pas nommer de quatrième magistrat (Le Point).

  Dans un rapport parlementaire (n° 2378) du 15 juin 2005 un député de la majorité écrivait : " A cette faiblesse des effectifs des JAP [3.5% des effectifs du corps - 680 dossiers suivis par juge] s'ajoute celle, tout aussi regrettable des services pénitentiaires d'insertion et de probation et des greffes sur lesquels ces juges s'appuient. Compte tenu de ce qui précéde, votre rapporteur ne peut que plaider, une nouvelle fois, pour le renforcement drastique des moyens dévolus à l'exécution et à l'application des peines qui doivent être considérées comme une véritbale priorité car, à défaut, c'est l'ensemble de l'édifice pénal qui s'en trouve fragilisé."

  Le syndicat de la magistrature a rappelé dans un communiqué (lire ici) que "Par des rapports des 19 janvier et 22 octobre 2010, les juges de l'application des peines du tribunal de Nantes ont averti leur hiérarchie que l'absence, depuis un an, d'un quatrième juge de l'application des peines les obligeait à effectuer des choix de priorités", autrement dit et en clair que tous les dossiers ne pouvaient pas être traités", et que "Le 4 novembre 2010, le premier président de la cour d'appel de Rennes a répondu que malgré de multiples rapports et mises en garde de sa part, la chancellerie avait décidé de ne pas pourvoir le poste manquant de juge de l'application des peines de Nantes, qu'il n'était dès lors pas illégitime que les magistrats établissent des priorités de traitement des affaires et que leurs choix n'étaient pas inopportuns".

  L'union syndicale des magistrats a de son côté (lire ici) fait part de son "écoeurement", et souligné que "800 dossiers ont, en outre, dû être laissés en souffrance, soit l'équivalent de 10 postes de conseillers d'insertion et de probation que le Ministère de la Justice a fait choix de laisser vacants à Nantes, malgré les rapports répétés des services." (4)
 
  C'est ensuite un syndicat de personnels de l'administration pénitentiaire qui a publié une lettre ouverte (lire iciadressée au chef de l'Etat. On y lit notamment :

  "(..) L’inspection générale des services pénitentiaires était venue au SPIP de Nantes, il y a quelques mois. Le manque de moyens conduisant à la mise en place, en concertation avec les autorités compétentes, de la mise au placard des dossiers que le service ne pouvait prendre en charge faute de moyens, était connu ! Cette situation, qui existe dans de nombreux services, a été dénoncée à de multiples reprises. (..) En novembre 2010, la CGT Pénitentiaire, en mouvement, demandait entre autres, le recrutement de 1000 travailleurs sociaux, conformément à l’étude de l’impact de la loi pénitentiaire ! Madame Michèle Alliot-Marie, Garde des Sceaux, nous avait gentiment dit que le ministère de la justice et l’administration pénitentiaire étaient des privilégiés : pas d’emplois supplémentaires, hormis les 40 recrutements de travailleurs sociaux pénitentiaires pour l’année 2011. (..) la politique pénale menée par les ministres obéissant à vos ordres, a engendré une surpopulation carcérale, sans recruter des fonctionnaires supplémentaires tant à l’administration pénitentiaire qu’à la Justice en général. (..) a famille de la victime doit savoir que les dysfonctionnements de la Justice ne sont pas le fait d’un fonctionnaire d’un SPIP ou d’ailleurs, d’un magistrat, mais que c’est le fait de la défaillance d’un système, celui de l’Etat qui s’est désengagé de ses obligations depuis de longues années."

 
Le 15 décembre 2010, le directeur interrégional de l'administration pénitentiaire avait déjà alerté sur les manques en personnels, en ces termes : "Les difficultés en matière de ressources humaines au sein du ministère de la justice nous imposent d'opérer des choix en termes de répartition des effectifs ne permettant pas de satisfaire les besoins exprimés par chaque chef de service. Aujourd'hui c'est l'ensemble des services pénitentiaires d'insertion et de probation et les établissements qui se trouvent en sous-effectif, alors que la loi pénitentiaire vient ajouter de nouvelles missions aux compétences." (Marianne)



  De leur côté, profondément heurtés par les propos du chef de l'Etat, les magistrats et fonctionnaires du TGI de Nantes ont décidé de cesser (sauf urgences) toute activité juridictionnelle pendant au moins une semaine, ce qui, dans une sorte de mouvement désespéré de légitime défense, est plus que compréhensible. Et ils ont rédigé une motion (lire ici) dans laquelle ils écrivent notamment que :

  (..) le poste de juge de l'application des peines que le ministère de la justice s'est engagé dans la précipitation à pourvoir et le contrat d'objectif décidé dans l'urgence sont un aveu clair de l'incurie des pouvoirs publics et démontrent que la situation déplorable de la justice aurait pu être évitée depuis longtemps." (5)

  La conférence des premiers présidents de cour d'appel a - ce qui est rare - publié un communiqué dans lequel il est écrit qu'elle "exprime sa vive préoccupation devant la tentation de reporter sur les magistrats et fonctionnaires, y compris à travers l'imputation de fautes disciplinaires, la responsabilité des difficultés de fonctionnement que connaissent les cours et tribunaux sous les effets conjugués des contraintes budgétaires et des charges nouvelles imposées par la succession des réformes législatives."

  Dans son sillage, la conférence des procureurs généraux (lire ici) a fait valoir, sur un ton inhabituellement clair pour des magistrats de haut rang soumis au pouvoir hiérarchique du ministère de la justice, qu'elle :

  "Regrette que la responsabilité de magistrats et fonctionnaires judiciaires et pénitentiaires, comme celle des officiers de police judiciaire, qui oeuvrent au service de leurs concitoyens avec courage et détermination, soit publiquement et immédiatement affirmée avant même la publication du résultat des inspections en cours; Assure de sa totale confiance les magistrats et fonctionnaires mis en cause, alors même qu’ils avaient alerté leur hiérarchie de leur situation de pénurie; Constate que paraissent ignorés les efforts anciens et significatifs des magistrats et fonctionnaires pour faire face à l’accroissement constant des charges résultant de l’augmentation du nombre d’affaires à traiter, de l’exigence de performances plus quantitatives que qualitatives et de réformes législatives ininterrompues et complexes, voire divergentes, en particulier en matière d’exécution et d’application des peines tandis que les moyens humains et matériels sont chaque jour plus contraints; Souligne que cette situation ne permet plus à l’institution judiciaire de remplir intégralement ses missions, obligeant les magistrats et fonctionnaires à fixer des « priorités parmi les priorités »; Appelle en conséquence l’attention sur l’insuffisance critique de moyens qui, dans de nombreuses juridictions, engendre des situations à risque, en particulier dans les domaines de l’exécution et de l’application des peines; Ne méconnaît pas pour autant les mesures qu’il est de la responsabilité des magistrats et fonctionnaires de mettre en œuvre pour améliorer le service qu’ils doivent à leurs concitoyens (..)".

  Les conférences des présidents et des procureurs ont, ensemble, fait " part de leur inquiétude devant la recherche systématique, fondée sur une analyse objectivement contestable, des responsabilités individuelles de magistrats et de fonctionnaires qui effectuent leurs missions avec dévouement et en fonction des moyens limités dont le Gouvernement et le Parlement dotent l'institution judiciaire", et constaté que " les restrictions budgétaires et la multiplicité des charges nouvelles confrontent les chefs de juridiction à l'impossibilité d'assurer toutes leurs obligations et les contraignent à des choix de gestion par nature insatisfaisants pour une bonne administration de la justice tant civile que pénale et les intérêts des justiciables." (lire ici)

  L'association des juges d'application de peines a diffusé un communiqué de presse (lire ici)

  Les enseignants des facultés de droit ont à leur tour voulu faire connaître leur point de vue (lire ici).

  Il est particulièrement intéressant, au vu du drame qui est en partie à l'origine de la polémique, de connaître l'avis de deux grandes associations de vicimes, qui ont publié un communiqué (lire ici) dans lequel elles écrivent, notamment :

 
"elles demandent que les paroles du président de la République réclamantdes sanctions pour les responsables des dysfonctionnements du suivi de l’assassin présumé dela jeune Laëtitia, soient traduites en actes. En effet, il apparaît que les responsables enquestion, ce sont essentiellement les représentants du pouvoir exécutif qui avaient été avertisdu manque de moyens de la juridiction nantaise et des difficultés de celle-ci à suivre tous les dossiers des détenus en liberté conditionnelle", que " Les responsables de l’exécutif, pourtant parfaitement informés de la situation délétère dans laquelle sont plongés les services de la probation et de l’insertion, n’ont pris aucune mesure pour y remédier. Pire, obnubilés par la réduction des dépenses publiques et la diminution du nombre de fonctionnaires, ils n'ont fait ces dernières années qu'aggraver la situation", que " Trois rapports officiels, en effet, ont conclu au nécessaire renforcement des effectifs deconseillers d’insertion et de probation (CIP) : le rapport Warsmann en 2003 qui préconisait la création de 3000 postes, le rapport Lamanda en 2008 qui réclamait d’augmenter sensiblement les effectifs de l’insertion et de la probation et, plus récemment, le sénateur UMP Lecerf, rapporteur de la dernière loi pénitentiaire, qui, en 2009, estimait qu’il fallait la création de 1000 postes de CIP, la loi de finances de 2010 n'en prévoira que 260, que "Le problème des moyens se pose en fait d'un bout à l'autre du système judiciaire, des juges d'instruction aux juges d'application des peines : 100 000 peines de prison non exécutées, des prisons qui sont une honte pour notre pays et qui, du fait de la surpopulation carcérale et de l'absence de moyens pour le suivi des détenus se transforment en véritables écoles du crime", que " Monsieur Sarkozy préfère rejeter la faute sur les « lampistes » plutôt que d’assumer les conséquences de ses choix politiques. Il est plus facile de surfer sur l’émotion de l’opinion à chaque fois qu'un drame horrible se produit, en désignant des boucs émissaires, que de reconnaître ses propres erreurs d’appréciation et de remédier à la situation en prenant les mesures concrètes dont le système judiciaire a besoin et qui seules permettront de prévenir la survenue d'autres drames dans le futur", que " L'ANDEVA et la FNATH demandent que le gouvernement cesse ses attaques incessantes contre le système judiciaire, qu'il cesse de se précipiter sur chaque crime odieux dans le seul souci de l'exploiter politiquement dans sa lutte contre les magistrats, sans jamais apporter le moindre remède concret aux difficultés pourtant évidentes dont souffre le système judiciaire français",, enfin que "L'intérêt des victimes, et plus généralement des citoyens, est d'avoir une justice indépendante, responsable et respectée, disposant des moyens nécessaires à son exercice. Force est de constater que ce n'est pas le cas actuellement et que le système judiciaire ne dispose ni du soutient politique ni des moyens lui permettant de remplir pleinement son rôle".



 Résumons tout ce qui précède : la situation catastrophique du service d'application des peines du TGI de Nantes est connue depuis longtemps, mais le ministère de la justice a choisi, en pleine connaissance de cause et en étant conscient des risques encourus, de ne pas y affecter le personnel nécessaire. (6)
 

  Mais allons encore un peu plus loin car, d'une certaine façon, ce qui atteint l'institution judiciaire, à Nantes, n'est que l'un des arbres de la même forêt.

  Que signifie tout ceci ?

  Que de nos jours ceux qui, au moment de la préparation et du vote des budgets, décident en pleine connaissance de cause de réduire et limiter les moyens des services publics, n'hésiteront jamais, même en cas de dysfonctionnement découlant essentiellement de l'insuffisance de ces moyens, à désigner comme seuls coupables et comme boucs-émissaires des professionnels étranglés par l'ampleur de leurs missions et incapables de faire mieux quelle que soit leur bonne volonté.

  D'un point de vue psychologique cela est relativement aisé à décrypter. En effet quand, comme à Nantes, il semble que la réduction du budget ait entraîné une réduction insupportable des effectifs et que les coupes financières soient à l'origine d'un dysfonctionnement, l'Etat n'a que deux solutions : soit reconnaître qu'il est responsable des choix budgétaires et des décisions permanentes de réduction des moyens humains et financiers des services publics, donc que c'est lui le principal responsable quand la machine ne fonctionne plus, soit essayer, en jouant sur l'émotion pour dissimuler le stratagème tout de même un peu grossier, de trouver un tiers qui puisse être vu comme responsable à sa place.

  C'est pas moi, parce que je veux pas que ce soit moi, alors forcément c'est les autres. Un grand classique que l'on voudrait voir limité à la cour des collèges.

  L'enjeu n'est donc pas autour de la justice. Tous les professionnels de tous les services publics  (santé (lire ici, et ici), éducation nationale, services sociaux, police et gendarmerie etc..), en tous cas tous ceux dont l'activité professionnelle peut présenter des risques importants pour eux ou pour des tiers, doivent comprendre que demain encore plus qu'hier ils sont susceptibles d'être désignés comme responsables en cas de problème grave, et cela peu important la situation réelle à laquelle ils doivent faire face.

  C'est alors que l'inacceptable rejoint l'injuste. C'est alors qu'apparaît, à travers des dénonciations injustifiées, un véritable mépris pour des professionnels qui ne demandent pas mieux que d'offrir le meilleur service possible à leurs concitoyens.



  Sans doute y a-t-il bien longtemps que l'on sait que politique et morale sont deux termes inconciliables. Mais quand mensonges et mépris se conjuguent il n'est plus possible de se taire.



--
1. Le corps de cette jeune fille a été découpé avant d'être dispersé.
2. Si le sujet n'était pas si sérieux la phrase semblerait amusante. Il est en effet suggéré de garder les condamnés en prison, même quand ils ont effectué l'intégralité de leur peine, tant qu'il n'y a pas assez d'agents de probation pour s'occuper de tous !  Autrement dit, vous êtes condamné à 2 années de prison dont 1 année avec sursis, vous faites 365 jours de prison, mais comme vous êtes à nantes et qu'il n'y a pas d'agent de probation pour vous suivre, en attendant que les effectifs augmentent vous faites une 2ème, puis une 3ème, puis une 4ème.... année de prison. 
3. Les services d'exécution des peines comprennent notamment un ou plusieurs juges d'application des peines, ainsi que des agents affectés au service de probation.
4. L'USMA a aussi publié un livre blanc sur l'état de la justice, que vous trouverez ici.
5. D'autres tribunaux ont adopté des motions semblables.
6. A la question qui lui était posée à l'Assemblée nationale le 2 novembre 2010 (lire ici) sur l'insuffisance des effectifs dans les services de probation la ministre de la justice d'alors a répondu : "
Vous estimez le nombre supplémentaire de SPIP insuffisant. Ce n’est pas notre analyse au ministère où plusieurs réunions de travail ont eu lieu sur ce sujet : ce que nous avons prévu semble correspondre aux besoins."......

 

 

Publié dans : Justice et pouvoir - Ecrire un commentaire - Voir les 16 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

En toute logique, si "Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle", il faut sanctionner le président de la république, non ? Car il a donné tous les ordres pour que cette faute soit commise, me semble-t-il

Commentaire n°1 posté par Lucie le 03/02/2011 à 20h11

Bonsoir à tous,

Je me pose la question suivante  : quelle sera la prochaine suggestion de sanction ultramédiatisée et ultradiffusée lors d'un prochain drame ? Après une certaine défiance face à la Justice et la Police (solidaires face à la réaction médiatisée du drame qui s'est déroulé à Pornic), les sanctions concerneront-elles les médecins, infirmières, enseignants .. (???)...Si vous avez des réponses, n'hésitez pas à me les indiquer. Bon, j'exagère, (quoi que...) mais comme dit M. Huyette... faut s'attendre à tout.. Bonne soirée à tous,

Commentaire n°2 posté par Jolly Jumper le 03/02/2011 à 20h46

C'est exactement cela le problème.
Dernièrement, un reportage TV a montré, dans un hôpital en grave sous effectif d'infirmières, de ces infirmières courant d'une chambre à l'autre, d'une mission à l'autre.
Elle ont expliqué à quel point le risque d'erreur est multiplié par cent à cause de la surcharge de ravailé provenant du manque de personnel découlant lui même de la réduction des budgets.
Mais bien sûr, si une d'entre elle commet la moindre erreur grave, elle sera seule responsable, ce qui ravira ceux qui ont décidé de sabrer le budget de cet hôpital et qui, eux, n'auront jamais rien à craindre....
MH

Réponse de Parolesdejuges le 03/02/2011 à 20h59

Oui, M. Huyette. De même pour le monde enseignant... qui n'a pas les conditions faciles... et certainement d'autres professions (éducateurs etc ...)

Petite suggestion : et si au lieu de prendre son temps à communiquer dans les médias en maîtrisant mieux les connaissances des faits et non d'en surajouter sur le plan émotionnel (le drame odieux est là...je le sais), pourquoi ne pas consacrer un peu de temps pour connaître mieux le monde de la Justice-Police ? On pourrait penser à un "stage en immersion" de quelques jours... qu'en dîtes-vous ?

Commentaire n°3 posté par Jolly Jumper le 03/02/2011 à 21h22

felicitations excellente analyse.

rk

Commentaire n°4 posté par kessous le 03/02/2011 à 22h05

Bonjour Monsieur Huyette,

Avez-vous vu le film "Minority report"?

L'acteur principal étant Tom Cruise, il y a fort à parier que notre dirigeant l'a visionné. Dans ce film, un oracle avertit d'un crime sur le point de se commettre, alors la force publique intervient avant que l'acte ne soit perpétré.

En somme, c'est la culture du risque zéro. Ce qui est promis c'est l'absence de crimes, l'absence de récidive puisqu'on condamne l'intention.

C'est la promesse faite depuis quelques années, tout en sachant qu'elle est impossible à tenir. Le risque zéro est scandé aux citoyens imposant une garantie de résultat à la justice, peu important les moyens mis en oeuvre.

C'est, de manière surprenante, limpide dans cette affaire. il s'agissait de savoir que ce personnage était dangereux, qu'il allait récidiver à coup sur et de l'enfermer pour cela. Il s'agissait, si l'on en croit nos dirigeants, de se prononcer sur l'intention avec une marge d'erreur nulle.

Il est aisé de faire adhérer à cette conception de la justice dans le flux de la douleur et de la colère légitime suite à cet acte monstrueux.

Mais je me demande ce que répondrait un citoyen français que l'on enfermerait à vie, non pas à cause de ce qu'il a fait, mais à cause de ce qu'il serait suceptible de faire.

Personnellement, ce n'est pas ma conception de la justice.

Cordialement.

Commentaire n°5 posté par LoC le 04/02/2011 à 08h01

Bonjour
Le tout médiatisé est à l'origine de bien des maux, ouvrant une grande porte pour l'envoie de la poudre aux yeux, et à la dissimulation des vrais problèmes de notre société. Faire beaucoup de bruit est un réel avantage. Qui veut reconnaitre ses propres erreurs ? Très peu s'adonnent à cette analyse personnelle.
L'Etat se cache derrière des paravents fort ingénieux. L'émotion est une assurance pour faire perdre de vue l'essentiel. Une fois encore, devant la démission de ces grands qui nous gouvernent, le temps est assez favorable au manque de courage. Jusqu'à chercher un fautif pour ne pas être puni. Tels ces enfants de maternelle qui n'hésitent pas à accuser leur petit copain innocent. Mais, ceux sont des enfants. Et on peut comprendre cette réaction...
Ceux qui dirigent un pays sont des adultes.
Langue de bois et dissimulation ont toujours fait partie du profil politique. Les intérêts de pouvoir et d'argent mènent ce monde. Aucune raison pour qu'on passe à côté, dans notre pays.. Et aucune raison également pour que cela change. Et tant pis pour ceux qui sont innondé sous des montagnes de dossiers, d"infirmiers se noyant dans le nombre important de personnes à traiter, ou instituteurs ou professeurs et autres administrations étouffés par les coupures de budgets. Et encore, n'avons nous pas tout vu sans doute.
Alors, toutes les promesses faites, et qui seront faites, ne sont plus les arguments qui pourront endormir... bien longtemps.
On se demande seulement comment vous arrivez encore, à assumer correctement bien des situations...
Ces prises de positions nous donnent envie de vomir à nous aussi, les observateurs...

Commentaire n°6 posté par sonja le 04/02/2011 à 15h51

bien sur d accord avec l 'ensemble....

mais en plus un président de la république... ancien avocat. dit on ..; qui dans sa fonction parle de PRESOMPTION DE CULPABILITE.....

on en reste pantois,détail sans doute dans la gravité... mais quand meme....

Commentaire n°7 posté par macha sinegre le 04/02/2011 à 16h35

Je reste confondu, cher Huyette, par la naïveté de votre réaction. Mais enfin, nous avons eu le Critias, le Parménide, Socrate "damnatus est quod corrumperet juvenes" "parce qu'il corrompait, DIT-ON la jeunesse" c'est le sens de l'imparfait du subjonctif Nous avons à faire avec des gouvernements très solphistiqués, constitués de spécialistes du manement administratif. Aujourd'hui, c'est à la mode de critiquer celui de M. SARKOZY par ce qu'il est en place, mais demain, nous aurons les mêmes subtlités de Mme AUbry ou de M DSK. Pour faire de la politique, il est nécessaire d'être un voyou immoral. SInon, vous n'êtes pas élu.

Nous avons eu Machiavel, J. de Maistre,  nous savons ce qu'il faut faire pour dominer. Trotski et Lénne ont édifié de bonne foi leur régime meurtrier par ce qu'ils ne pouvaient pas penser autrement.

Les gens honnêtes ont été éliminés voire assassinés. Jaurès n'a jamais gouverné, Mendès a été écarté, mais de Gaulle passe pour le sauveur d la France, même s'il a abandonné en rase campagne tous nos auxiliaires algériens.

Aujourd'hui, de grâce, les magistrats se rebiffent, mais l'ont-il fait lorsqu'il a fallu prêter serment au Maréchal ? Bien sûr que non, il fallait assurer la continuité du service public. La CGT, si morale, s'est-elle inquiétée que quelques voyous ruinent les ports français, en travaillant grosso modo 14 heures par semaine, pour des salaires de 4.500 € et réclament en outre une prime de pénibilité ? Mais non, conscience de classe, à gauche toute.

La laideur dans un monde politisé, c'est la règle de base. VOus rêvez encore du despote éclairé, du père de la Nation.

Pour autant, il ne faut pas s'insurger puisque ceux qui agissent ainsi sont des hommes, comme nous, un peu plus bizarres encore. Lorsque nous voterons, ce sera avec l'idée que les suivants seront meilleurs, or, ceux en place ne sont pas pires, ils ont le tort d'être là, c'est tout.

La vérité réside dans un équilibre sur une base forte. Or, aujourd'hui, dans un pays qui hait la réussite, qui ne rêve que de socialisme tiédasse, qui n'a plus aucune référence morale, sauf quelques lois liberticides et l'influence des associations fonds de commerce, qui n'a plus de pensée métaphysique, au sens platonicien évidemment, qui est le plus cher du monde et ne perçoit même pluis qu'il y a des trav ailleurs chez lui, vous ne pouvez hériter que de gouvernants flatteurs et menteurs. Un sondage récent montre que moins de la moitié des français ont confiance dans leurs représentants, maires compris. Dans ces conditions, la vraie révolution, ce serait 90 % d'abstention aux élections.  la légitimité est alors balayée, et doit se reconstruire, pour un temps. Utopique ? Sans doute, mais il est révélateur qu'on en vienne à souhaiter la montée de l'utopie.

Commentaire n°8 posté par JMT le 04/02/2011 à 16h42

Bonsoir à tous,

Pour JMT : je viens de lire votre commentaire. Je me permets de donner mon humble avis.

Vous indiquez que c'est à la mode de critiquer M. Sarkozy. Si vous avez bien lu les différents articles et commentaires, il s'agit surtout des opinions sur ce qu'il se passe en ce moment et non des des critiques désagréables sur des personnes. Le blog de "Paroles de Juges" n'est pas le reflet d'un comptoir de café. Il y 'a un point sur lequel je suis d'accord avec vous : l'honnêteté ne paie pas toujours... mais néanmoins, on peut se regarder dans le miroir le matin avec une bonne conscience. Au plaisir de vous lire,

Commentaire n°9 posté par Jolly Jumper le 04/02/2011 à 19h17

Cher Joly Jumper, j'ai dû lire plusieurs fois votre message, car je ne voyais pas très bien en quoi j'avais subjectivé mon commentaire, un peu raide, j'en conviens.

Je ne partage pas votre avis. L'Etat, cela n'existe que par ceux qui le composent. Les critiques, diablement majoritaires sur M. SARKOZY, se fondent dans une réfutation primaire de la forme de gouvernement qu'il impose. Ce que j'ai voulu induire, c'est que c'est un phénomène universel qui, rattaché à un événement médiatisé prend, à tort, une ampleur nationale. Après Outreau, on a cru, mais non, rien. Charles Debbasch, (ouh) avait bien écrit en son temps l'Etat-spectacle, c'est bien, ça fait blablater, mais ça ne règle rien de ces epiphénomènes, ça agit sur des faits d'autre importance qui n'intéressent personne.

Ce qui (ou ce qu'il ??? j'ai un doute) se passe après cette affaire, c'est bien le résultat d'une maladresse, ou une malhonnêteté individuelle, celle d'un homme en charge des reponsabilités, sinon, la chose aurait passé inaperçue. Bon, on déplore, on est navré, oui, on va faire quelque chose, ou rien, ou basta, mais c'est fini, fermez le ban. Seulement, on a l'habitude du tambour à bâtons rompus, on fait battre la charge, et on se retrouve cul par dessus t$ête parce que les juges qui sont un peu las de la désinvolture de l'exécutif se prennent à repenser à Montesquieu. Simone Weil écrit dans la pesanteur et la grâce "la vie moderne est livrée à la démesure: action et pensée, vie publique et privée." CHère SImone Weil, depuis l'adolescence, je suis amoureux de cette figure; elle n'a plus pu vivre, l'aurait-elle supporté, dans son intériorité farouche et poétique ? ALlons, je m'égare, l'audience est suspendue. Bien à vous.

Commentaire n°10 posté par JMT le 05/02/2011 à 19h24

La justice souffre entre "a rock and a hard place", la politique et le public. Je vous félicite de votre courage d'affronter les 2 dans la raison, dans l'intérêt de la société et tout justiciable.

Je viens de partager vos pensées sur:

http://www.justwatch.be/Justwatch.be/Blog/Artikelen/2011/2/5_courage.html

 

Bien à vous, et ... bon courage ;-) Jan Nolf, Juge de Paix de Roeselare, Belgique

Commentaire n°11 posté par jan nolf le 05/02/2011 à 22h20

Merci, et n'hésitez pas à nous faire profiter de vos pints de vue..
MH

Réponse de Parolesdejuges le 06/02/2011 à 09h02

Bonjour à tous,

Cher JMT, merci de votre réponse.

Vous ne partagez pas mon avis, mais, bon, l'essentiel est d'échanger les idées qu'elles soient approuvées ou non.

Toutefois, vous admettrez qu'une méga-médiatisation avec multirediffusion d'un drame pendant deux semaines (au prochain drame : un mois ??) à la une des infos avec des commentaires manquant un peu de recul marquant une défiance à la Justice-Police, n'est pas ce qui est de mieux.. D'une part, le côté surajouté émotionnel qui peut inciter des citoyens à voter aux extrêmes et d'autre part, par respect de l'entourage des victimes : le silence est plus digne.

Même si vous n'êtes pas d'accord sur certains points avec moi, je lirai volontiers votre réponse,

Bien à vous,

Commentaire n°12 posté par Jolly Jumper le 06/02/2011 à 14h25
Le manque de moyens, humains, matériels et financiers, expliquerait en grande partie les dysfonctionnements ? Permettez-moi d'en douter, sérieusement, si dans une même logique, une mère de famille justifiait à ses enfants de ne pas les nourrir, les loger les vêtir, leur donner sans compter son amour, au prétexte de la crise économique mondiale et ses répercussions sur le territoire national, on compterait, non pas comme une exception les morts d'enfants, mais on les comptabiliseraient à la pelle ! Pour ma part, j'ai trop vu de jugements incohérents, mensongers, pour ne pas penser que l'omnipotence est plus à la base des dysfonctionnements que le manque des moyens. Attends-t-on de voir la maison brûler en entier avant d'alerter les pompiers ? En 2007 je crois bien, les avocats ont défilé pour protester contre leurs conditions de travail, combien de personnels composant les tribunaux défilaient auprès de leurs confrères ? La première règle que j'ai apprise dans mon enfance était l'examen de conscience et ne pas reprocher aux autres ce qui m'incombait en premier chef, en d'autres termes, je devais balayer devant ma porte avant d'examiner le seuil de mon voisin. Si en conscience, les magistrats pensent qu'ils font de leur mieux, j'affirme qu'en matière de tribunaux pour enfants, certains juge, pour ne pas dire la plupart, devraient rendre leur robe et aller s'occuper de tout autre chose. Commentaire signé d'une citoyenne qui vous veut, Messieurs Dames les magistrats, au même niveau de justiciable que le reste de la population.
Commentaire n°13 posté par SIRIEIX le 12/02/2011 à 07h09

Vous n'avez sans doute pas fait attention aux informations diffusées ces derniers jours. Par exemple, pour ce qui concerne les seuls services d'exécution des peines, il y a sur l'ensemble de la France des milliers de condamnés non suivis parce qu'il n'y a pas les agents de probation pour les suivre. Le ministre de la justice, relayé par le président de la République, a lui même admis qu'il y a des dizaines de milliers de peines non exécutées parce qu'il n'y a personne pour les mettre à exécution.
Vous pouvez penser dans un sens ou dans un autre. Mais une opinion qui ne s'appuie pas (qui ne veut pas s'appuyer) sur des éléments factuels exacts et vérifiés a-t-elle une véritable valeur ?
MH

Réponse de Parolesdejuges le 12/02/2011 à 09h20
Merci de votre réponse à mon commentaire Monsieur Huyette, il me conforte dans l'idée que le temps des remises en question n'est toujours pas à l'ordre du jour, mon commentaire portait sur les juges pour enfants dont les jugements, copié-collé des rapports sociaux, truffés d'irrégularités et ne respectant pas le droit national ET international, demandaient une sérieuse remise en cause. Je constate évidemment les manques de moyens et je trouve injuste vos : "sans doute" et vos: "manque de valeur" à un commentaire qui voulait amener une réflexion de fond. Reconnaitre ses propres lacunes et erreurs est louable et progressiste, les nier en évidence, ne peut que desservir une profession où le citoyen attend la plus haute probité et la plus haute déontologie de la part de ses représentant, loin de moi l'idée de douter de la probité des juges, je dis seulement que la lecture de certains jugements me font penser à une "chose" rédigée à l'emporte pièce et que c'est inacceptable s'agissant d'enfants et de famille.
Commentaire n°14 posté par SIRIEIX le 12/02/2011 à 09h38
"Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle" Le Conseil constitutionnel dans sa décision n°99-411 DC du 16 juin 1999 a reconnu rang constitutionnel au principe selon lequel, en matière de peines et sanctions, nul ne doit être puni que de sa propre faute, et au principe selon lequel la définition des crimes et délits doit comporter un élément moral. Le Conseil juge également que la présomption de culpabilité est contraire à l'article 9 de la Déclaration de 1789 mais que pour des raisons d'ordre public ou de santé publique la loi peut, raisonnablement, déroger au principe.
Commentaire n°15 posté par Alingué le 15/02/2011 à 01h10

Bonjour à tous,

A ce propos, le père adoptif a été mis en accusation par la soeur jumelle de la victime. Ma mémoire doit faire défaut : mais cette personne n'a-t-elle pas été reçue à l'Elysée à une ou deux reprises juste après le drame ?

Bonne journée à tous,

Commentaire n°16 posté par Jolly Jumper le 03/09/2011 à 13h33
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés