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Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /Déc /2009 11:14
Par Michel Huyette


  Depuis que le gouvernement a lancé un débat sur l'identité nationale, que certains dénoncent à tort ou à raison comme une manoeuvre de diversion à l'approche des élections régionales, cela part dans tous les sens avec une focalisation sur les étrangers et surtout les musulmans et leur religion.

  Même si à peu près tout semble avoir été dit ou écrit sur ce débat, ajoutons - très modestement - deux ou trois réflexions.


  D'abord, il n'est pas en soi aberrant de s'interroger sur l'identité d'un pays. Encore faudrait-il définir cette notion. Dans notre débat, il pourrait s'agir de rechercher ce qui transcende le temps, c'est à dire les valeurs fondamentales les plus stables susceptibles de nous réunir.

  Le regard peut se tourner vers la constitution (et l'ensemble des textes à valeur constitutionnelle comme la déclaration des droits de l'homme et du citoyen).  Et au fil du temps diverses conventions se sont intégrées à notre droit pour énoncer d'autres principes fondamentaux, telle, au premier rang, la convention européenne des droits de l'homme.

  La lecture de ces divers textes peut nous inciter à penser que nous vivons dans un monde idéal, tant nous bénéficions de multiples droits dont nous pouvons réclamer le respect devant des juridictions supposées indépendantes.

  Pourtant, entre la théorie et la pratique, le fossé semble immense.


  En effet, la France au quotidien ce sont - aussi et en vrac - les agressions sexuelles sur les enfants, les femmes qui meurent sous les coups de leur conjoint, les personnes tuées sur les routes par des conducteurs qui boivent ou qui roulent trop vite pour leur seule satisfaction égoïste, le racisme et la discrimination, la pauvreté et la misère, les inégalités sociales, les ghettos, l'échec scolaire, les sans domicile fixe, l'accès de plus en plus difficile aux soins et notamment la discrimination médicale, le stress et le suicide au travail,  la surpopulation des prisons et le suicide en milieu carcéral, la prostitution, la violence, la drogue, des milliers de personnes sous anti-dépresseurs, et bien d'autres dysfonctionnements majeurs encore...

  Alors, que représente l'identité nationale pour tous ceux qui sont victimes de ces fléaux ?

  Où est-elle l'identité nationale quand des bénévoles doivent agir la moitié de l'année pour donner de quoi survivre à des gens dont l'argent est en totalité dépensé le 15 de chaque mois alors que d'autres en ont tellement qu'ils n'ont même plus de besoins à satisfaire ?

  De quelle identité nationale parle-t-on quand on cherche à faire revenir en France des gens fortunés qui ne supportent pas de participer largement à la solidarité nationale et dont le seul objectif est d'amasser autant de richesse que possible, dans une indifférence totale à la souffrance des autres ?

  Que signifie identité nationale pour ces jeunes, français pourtant intégrés mais dont les parents où les grands-parents sont venus d'ailleurs, et dont les CV envoyés à des entreprises ne sont même pas lus parce que leur prénom ne fait pas penser à une tête blonde ni à une peau parfaitement claire ?

  Les exemples pourraient être multipliés à l'infini.

 
  Finalement, que reste-t-il de notre tryptique national  "liberté - égalité - fraternité" présenté comme le résumé de notre identité nationale ? Sans doute pas grand chose.

  La liberté n'a plus de contenu quand les dicriminations de toutes sortes sont autant de chausse-trapes qui conduisent à l'échec et à la marginalisation.

  L'égalité n'est qu'un mythe quand certains ont bien plus que tout et d'autres presque rien.

  La fraternité n'est qu'une illusion quand toutes ces scandales se perpétuent grâce à l'indifférence collective et le désintérêt des gouvernants.


  Toutefois, aucun de ces sujets n'a été traité à l'occasion du débat sur les valeurs supposées créer une cohérence nationale, et être le socle de notre identité commune. De fait, personne n'aime vraiment aller voir ce qui se cache derrière le décor, surtout ceux qui gouvernent et dont la responsabilité est engagée à travers des choix politiques contraires aux droits proclamés dans nos textes fondamentaux.


  Mais heureusement il reste les méchants musulmans, leur religion et leurs minarets, pour détourner  et monopoliser l'attention. Grâce à eux nous pouvons éviter les sujets qui fâchent et nos remises en cause personnelles et collectives.

  Quand même, rien que pour cela, ils devraient être chaleureusement remerciés....


Publié dans : Envers du décor - Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires
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Commentaires

Plutôt qu'un résumé, Liberté, Egalité, Fraternité devrait être notre but commun, non ?
Commentaire n°1 posté par Lucie le 26/12/2009 à 16h37
Le débat sur l’identité nationale ou de l’art de la pêche au filet dérivant qui consiste à prendre tout et à rejeter n’importe qui. Définir l’identité d’un pays, c’est certainement l’approche globale préalable, mais il convient ensuite de définir la principale composante de cette identité qu’est la Nation. La Nation française, à l’exception de ceux qui ne possèdent pas la nationalité française, est de souche multiraciale et multiconfessionnelle depuis cinq ou six générations. Dans ces conditions, et quelque soit la finalité de ce débat : paravent pour nous distraire des effets de la crise économique et donner un os à ronger à l’opposition, il est par essence malsain puisqu’il nous renvoie 70 ans en arrière et stérile puisqu’ inversement proportionnel au résultat supposé recherché dans la mesure où les français de 2009 de souche extranationale possèdent des cartes d’électeurs. Nos dirigeants oublient un peu vite nos textes et principes à valeur constitutionnelle et ceux dotés d’effet direct et de primauté sur notre droit national. A une époque où le débat politique devrait s’orienter vers la recherche d’une cohésion nationale pour faire front contre les difficultés, nos dirigeants stigmatisent les différences, lesquelles sont pourtant toutes égales devant les charges publiques. Gageons qu’avant la fin de ce débat, l’on ne connaîtra toujours pas la définition du concept d'identité nationale au pays de Descartes qui aimait tant les classifications. En guise de conclusion, la notion d’identité nationale pourrait faire un bon sujet de philosophie ou de culture générale.
Pascal Rolland Avocat à la Cour 
Commentaire n°2 posté par Pascal Rolland Avocat Doctorant le 26/12/2009 à 17h14
Vous avez oublié d'autres fléaux sociaux que ne résout pas le débat sur l'identité nationale. L'IN ne combat pas le cancer, ne comble pas le trou de la couche d'ozone. Il ne lutte pas contre le réchauffement climatique. L'identité nationale ne fait rien contre la grève des transports ni contre la neige. L'identité nationale est notoirement inefficace contre la chute des cheveux.
Commentaire n°3 posté par Christophe le 27/12/2009 à 11h30
Si l'on considère, comme le propose André Comte-Sponville, que la société est régie par quatre ordres : l'ordre de l'éthique et de l'amour, l'ordre de la morale, l'ordre politico-juridique et l'ordre des faits (économie, sciences, techniques), on peut avoir une approche interressante du débat actuel. Dans une société, la morale définit ce qui est bien et ce qui est mal, ce que l'on doit faire et ce que l'on ne doit pas faire. Elle permet de limiter l'ordre politique qui lui définit ce qui est l'égal et ce qui est illégal.

Dans ce cadre, l'identité nationale est, à mon avis, le ciment de la morale, l'ensemble des valeurs communes qui définissent la morale, on est bien loin des symboles dont on nous rabache les oreilles.

Mais, comme vous le faites si bien remarqué, que vaut la morale pour celui qui souffre, celui qui est exclu. Il est dans la simple objectivité des faits et pour lui cette ordre prime sur la politique, la morale. Cela renvoit à mon avis la charge de la morale à celui qui est privilégié et oblige le politique à éclairer ce débat.

Je m'arrête là car je repars dans mes utopies.

Commentaire n°4 posté par Fred le Zèbre le 27/12/2009 à 14h50
Juste pour corriger une petite erreur de frappe dans votre article: il n'y a pas des 'milliers' de français qui prennent des antidépresseurs. Il y en a de l'ordre de 5 millions.
http://www.continentalnews.fr/actualite/sante,7/la-france-record-mondial-de-consommation-des-antidepresseurs,2173.html
Commentaire n°5 posté par gerard le 28/12/2009 à 13h41
Merci pour la précision. Cela fait beaucoup de "milliers".....
MH
Réponse de Parolesdejuges le 28/12/2009 à 13h59
Je ne parviens pas à trouver le côté positif à ce débat sur l'identité nationale. Je ne vois pas ce qu'il pourrait apporter de bien à notre pays. Espérerait-on trouver une définition, que les choses, en pratique, ne changeraient pas, si, comme ça a été dit, on arrivait à élaborer une définition. Mais, peut-être, veut-on justifier des politiques "nationalistes" à venir, et là, par contre, je crains que le terrain se prépare pour les accueillir favorablement...
Ceci m'est apparu au travers des discussions que j'ai eu avec diverses personnes à ce sujet. Les termes du débat sont tellement larges ("identité nationale", quoi de plus flou?) que beaucoup de personnes trouvent là un fabuleux prétexte pour vider leur sac sans aucune retenue et dire tout ce qu'ils pensent (de mal, bien entendu) des immigrés, en oubliant totalement que, parmi eux, il y a des personnes porteuses d'une carte d'identité de la République française et que tous sont des Êtres humains. Et, je n'ai jamais entendu autant d'inepties, d'incohérences, de haine, de rejet concernant l'autre, l'étranger d'apparence, qu'en évoquant ce débat. Il nourrit la culture de la différence, et surtout, part du postulat totalement fantaisiste, que la présence d' "étrangers" à nos côté pourrait faire disparaître notre culture d' "origine" : c'est de la peur primaire, or, notre Etat, et d'ailleurs aucun autre, ne devrait l'encourager.
Aujourd'hui, je suis sûre d'une chose, c'est que ce débat ne fera rien avancer. Mais je doute encore sur un point, c'est qu'il pourrait bien nous faire reculer.
Commentaire n°6 posté par CharlineBG le 02/01/2010 à 17h35
Ce débat me semble être principalement un dérivatif, comme tant d'autres, pour éviter d'avoir à affronter nos propres responsabilités. Les gouvernants ne nous proposant aucun projet collectif positif, étant incapables de nous aider à vivre ensemble, nous et "les autres", préfèrent, pour éviter d'affronter leurs propres carences, détourner notre attention et faire porter la responsabilité des dysfonctionnements sur ces "autres".
C'est un grand classique de la politique.
Souvenons nous qu'un parti s'en est fait son fond de commerce en nous expliquant que le chômage ce sont les émigrés, la délinquance ce sont les émigrés, le trou de la sécu ce sont les émigrés, et que quand il pleut c'est aussi de la faute des émigrés, tant qu'à faire...!
MH
Réponse de Parolesdejuges le 02/01/2010 à 17h49
Sans nul doute avez-vous raison. Et, peut-être que c'est moi qui suis encore un peu naïve d'imaginer que toutes les injustices doivent être combattues avec force!
Mais, quand je constate qu'au travers d'une telle manipulation notre Etat parvient à rallier un si grand nombre de citoyens, je suis franchement écoeurée. Et, si on ajoute que ceux-ci se sentent légitimés à penser et à formuler des horreurs grâce non seulement à l'officialisation de ce débat mais aussi au récent référendum suisse, alors, on peut finir par se poser des questions. Finalement, le problème n'est peut-être pas propre qu'à la France...
Commentaire n°7 posté par CharlineBG le 02/01/2010 à 18h45
Cette "naïveté", qui n'est est pas une, ne la perdez jamais ! Sinon, quand tout le monde se sera résigné, d'où viendra un éventuel changement ?
Mais il est vrai qu'actuellement, peut-être plus encore qu'avant, il est particulièrement difficile d'être optimiste tant le discours de division est martelé jour après jour...
Très bonne année quand même.
MH
Réponse de Parolesdejuges le 02/01/2010 à 18h49

Ca semble difficile, en effet. Mais, ne dit-on pas qu'il ne faut jamais dire jamais et que rien n'est impossible?
Merci, et bonne année également! Avec encore plein d'articles intéressants et de dialogue sur ce blog.

Commentaire n°8 posté par CharlineBG le 02/01/2010 à 18h59
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