Paroles de juges

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Mercredi 5 mars 2008

Par Lucie Delaporte

   David est SDF depuis 3 ans. Il a commencé à boire, il a divorcé, il a perdu son emploi, il est retourné vivre chez ses parents vers l’âge de 30 ans - je mets délibérément les choses dans cet ordre, mais on ne sait en réalité pas vraiment à quel moment l’alcool devient de l’alcoolisme.

Ses parents, de guerre lasse, le mettent à la rue et David traîne, boit tant qu’il peut, se trouve un hébergement dans un centre d’accueil longue durée, devient compagnon d’Emmaüs. Mais David ne s’insère pas.

David est déféré dans le cadre d’une procédure de comparution immédiate pour un vol, commis dans un contexte de menace de violence avec arme, sur un jeune adulte. Le climat est désagréable parce qu’on sent la pression exercée sur cette personne, prisonnière du train, ces menaces qui font augmenter la peur, cet homme qui boit du rosé régulièrement se rendant plus inquiétant, jouant avec son mousqueton et son couteau. David joue avec le bonnet de cette personne, joue avec ses lunettes, rend ces objets mais garde le billet de 10 euros.

Il descend quand le train s’arrête. La personne volée appelle les policiers et David est interpellé. Il reconnaît les faits qui lui sont reprochés, reconnaît qu’il a, par ses mots, créé un contexte de menace et de violence.

David a 34 ans, bientôt 35. C’est un grand gaillard, les jambes maigres, avec des boutons au visage, les mains noires de crasse et marquées de cicatrices, le crâne dégarni et blanchi.

David se décrit comme un agneau ; il est mauvais seulement quand il boit explique-t-il ; on comprend que David délire, qu’il boit trois litres de rosé par jour depuis de nombreuses années et qu’il s’invente sa vie de bandit de grand chemin, peut-être parfois de héros, qui sait.

David n’a aucune condamnation à son casier judiciaire et n’est pas connu des services de police.

Il est vu dans le temps de sa garde à vue (48h) par un expert psychiatre qui, au terme d’un entretien de 15 minutes environ, conclut que David est dangereux et psychopathe.

Adieu vie de sans domicile, alcoolisation ancienne et massive, adieu casier vierge : au terme de cinq ou six lignes sur une feuille blanche, David est un dangereux psychopathe et c’est la seule explication de son passage à l’acte que le médecin est en mesure de soumettre à l’appréciation du tribunal.

Dans les débats actuels, plus encore après les questions sur l’expertise qui sont nées d’Outreau, cette “expertise”, présentée comme un diagnostic, est caricaturale, irresponsable et inquiétante.

Le quotidien de la justice c’est aussi ça et il y a véritablement matière à s’interroger sur le sens et la crédibilité des textes qui veulent ajouter de la médecine là où le minimum de départ n’est pas assuré.

par Parolesdejuges publié dans : Images
 
 
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