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Publié par Parolesdejuges

Par Michel Huyette



L'incident qui a dernièrement impliqué un élève et un enseignant a suscité de nombreux commentaires. Il semblerait (d'après les medias et non d'après les pièces du dossier, ne l'oublions pas..) qu'un élève ait insulté un de ses professeurs et que ce dernier ait eu en retour un geste violent.


Il ne sera pas ici question de commenter cet épisode doublement malheureux. D'autant plus que sous des apparences de simplicité l'évènement fait surgir des questions redoutablement complexes car il invite à s'interroger sur l'éducation donnée aux enfants, leur façon de s'exprimer, leur aptitude à agir sereinement à l'occasion de conflits avec les autres et notamment les adultes, et tout autant sur la formation des enseignants, la qualité de leur relation avec les jeunes et avec leurs familles, l'ampleur du désordre dans certaines classes, la gestion du stress, l'utilisation des sanctions administratives, la façon dont l'éducation nationale repère les enseignants défaillants et les invite et les aide à améliorer leur comportement etc.. Bref, on est vite très loin du « il a été grossier alors une claque ça peut pas lui faire de mal », ou du « un professeur doit savoir garder son calme en toute circonstance ».


Certains politiques ont pris la parole pour contester le traitement judiciaire de cette affaire. Il a été affirmé que la garde à vue de l'enseignant était excessive. On rappellera seulement que la garde à vue est un outil juridique mis à disposition des enquêteurs pour empêcher de fuir la personne qu'ils veulent entendre dans leurs locaux, et que quand une personne qui a (éventuellement) commis une infraction accepte d'être auditionnée une telle garde à vue ne s'impose pas. Mais là n'est pas l'essentiel.


Il a ensuite été suggéré, comme pour contrebalancer une impression d'excès après la surmédiatisation de l'affaire et cette garde à vue ressentie comme une pré-sanction sévère, de ne pas renvoyer l'enseignant devant le tribunal correctionnel. Certains ont envisagé qu'il soit proposé à ce professeur une sanction dans le cadre de la procédure de reconnaissance préalable de culpabilité (le procureur propose une peine, qui doit être acceptée par le prévenu et avalisée par un juge, les débats ayant lieu pour l'essentiel dans un bureau et non une salle d'audience). Mais cela serait une erreur.


Le débat autour de ce qui apparaît comme un simple fait divers est en fait un véritable débat de société, au sens noble du terme. Les questions précitées méritent un débat complet, ouvert, public et contradictoire. Le procès de cet enseignant pourrait favoriser l'émergence d'un questionnement que trop souvent chacun préfère dissimuler parce que les réponses sont susceptibles de gêner un peu tout le monde (enfants, parents, enseignants, institutions...).


Et c'est justement cela que peut offrir l'institution judiciaire. L'audience est un lieu où toutes les opinions peuvent librement s'exprimer et se contredire, où les uns et les autres peuvent appeler des témoins, où il est en tous cas possible d'élargir le débat de façon à éviter qu'il soit réduit au simple constat de l'existence d'une infraction de quelque nature qu'elle soit. Et l'on entrevoit bien un procès dans lequel interviendraient des représentants de parents, des enseignants, des responsables de l'éducation nationale. La sanction pourrait, si cela est justifié, être minimale (un tribunal correctionnel peut dispenser de peine et prévoir que la décision n'apparaît pas sur le casier judiciaire public de l'intéressé),


Encore faut-il que tous les intéressés acceptent de sortir de la situation autrement que par une pirouette réductrice qui, derrière l'apparence de l'issue de secours, ne satisfera personne.

 

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planeth 12/02/2008 09:34

oui bien-sûr, mais on ne peut pas s'empêcher de penser que pour ce geste, se voir mis en garde à vue parait terrifiant et lourd de conséquences pour ce prof là en particulier.C'est sans doute ce que tout le monde ressent ( en se disant:" ça aurait pu être moi").A partir de ce sentiment général de malaise et d'empathie,  l'opinion publique a un pouvoir un peu brouillont mais un pouvoir. Mais mettre tout ça sur la table,  c'est sûrement souhaitable!