Partager l'article ! Quelques brèves réflexions autour du procès Colonna: Par Michel Huyette Alors que la cour d'assises de première instance ...
Paroles de juges
Par Michel Huyette
Alors que la cour d'assises de première instance vient de rendre sa décision, en déclarant Monsieur Colonna coupable des faits pour lesquels il était poursuivi, quelques remarques viennent à l'esprit concernant plus largement le déroulement de ce procès.
Un procès pénal est un moment bien particulier. En effet, des personnes parfois nombreuses se réunissent pendant un temps parfois long, pour rechercher, parfois difficilement, une vérité… parfaitement connue de certains des protagonistes, et notamment des personnes poursuivies. Tant de débats, de controverses, d'altercations parfois, alors qu'il suffirait que le mis en cause dise la vérité et que l'on soit certain de sa franchises… font que l'on regrette de temps en temps que ne soit pas utilisé le sérum de vérité !
D'autre part, les mis en cause réellement coupables ayant le réflexe, compréhensible, de tout faire pour échapper à la sanction, le procès pénal est un lieu ou s'expriment la vérité, la sincérité, mais tout autant les mensonges les plus éhontés. Et la nature humaine étant ce qu'elle est, il est malheureusement peu probable qu'il en soit un jour autrement.
Mais si tenter d'éviter la sanction est compréhensible, la façon utilisée peut prêter à controverse.
Supposons, pour le débat d'aujourd'hui seulement, que Monsieur Colonna soit réellement coupable (sachant qu'appel a été interjeté de la récente décision et que devant la cour d'assises d'appel il peut tout autant être acquitté que déclaré de nouveau coupable).
Ce que tout citoyen aura remarqué, au-delà du débat sur la culpabilité, c'est tout ce qui a entouré le procès en lui-même, c'est-à-dire tout ce qui s'est produit au-delà du débat habituel sur les éléments à charge et à décharge dans une salle d'audience.
Comme cela a déjà été souligné dans un précédent article, bien avant le procès les proches et les avocats de Monsieur Colonna ont mis en place tout un stratagème pour être en mesure, par avance, de discréditer la décision à venir. Ils ont notamment publié une petite brochure intitulée "chronique d'une erreur judiciaire commanditée".
Pendant l'audience ils s'en sont pris à la volonté de l'Etat "monstre froid de briser, casser, rappeler que de violence légitime il n'y en a qu'une", ont affirmé qu'une condamnation ferait de la France "une république bananière" que l'on serait alors de retour "chez Staline", ont crié à "la manipulation en tout genre, politique, policière" (Corsica et Nouvel Observateur), ont affirmé que "la justice s'est vautrée dans des pratiques que ne désavoueraient pas certaines dictatures africaines ou asiatiques", et qu'en cas de condamnation il s'agirait d'un "Dreyfus corse" (Le Monde).
Après le procès, une fois la décision de condamnation annoncée, les avocats et les proches de Monsieur Colonna ont affirmé que celle-ci est "une erreur judiciaire commanditée par la raison d'Etat", comparant les magistrats de la cour d'assises à des "justiciers qui ont rendu une vengeance d'Etat" (Corse matin).
Revenons à notre hypothèse de culpabilité, et continuons notre réflexion.
Quand un mis en cause se sait coupable, il peut arriver qu'il cache la vérité à ses avocats. Ceux-ci, même s'ils doutent plus ou moins, vont aller dans le sens de leur client et plaider son innocence.
Mais il arrive aussi que l'avocat sache que la proclamation d'innocence de son client est mensongère et qu'il est bien coupable, notamment si ce client a reconnu en leur seule présence sa participation aux faits poursuivis. Sa mission est alors délicate parce qu'il doit à l'audience donner l'apparence de la conviction tout en étant persuadé que la réalité est contraire à ce qu'il exprime. Mais cela fait partie de leurs missions et les avocats le font souvent avec honnêteté et en termes volontairement mesurés.
Il n'empêche que dans l'affaire Colonna, ces mécanismes ont pris une toute autre ampleur. Car si les proches et les avocats de Monsieur Colonna savent, peut-être de sa propre bouche, qu'il a bien commis les faits reprochés, cela veut dire qu'à chaque fois qu'ils ont prononcé les phrases mentionnées plus haut, ils savaient qu'il s'agissait là d'une formidable supercherie et que chacune de leurs affirmations était injustifiée, aberrante, mensongère, et utilisée comme leurre pour tenter d'obtenir, par tous les moyens possibles, un résultat contraire à la réalité.
A ce niveau, le procédé utilisé ne ressemble plus vraiment aux mécanismes habituels de défense. Les frontières de la morale, à supposer que celle-ci ait sa place dans un palais de justice, ont été allègrement franchies.
Reste une dernière piste de réflexion. En choisissant d'attiser au maximum la haine envers la justice et au-delà l'Etat, certains de ceux qui entourent Monsieur Colonna ont, en connaissance de cause de la réalité dans l'île, incité les esprits faibles ou partisans à recourir de nouveau à la violence en Corse. Ce n'est peut-être pas la moindre de leurs responsabilités.
Commentaires