Avez-vous remarqué ? Sans doute pas, puisque cette fois-ci il ne s'est rien passé. Mais le fait qu'il ne se soit rien passé est à lui seul ahurissant, et
aurait dû mobiliser tout ce que le pays compte de journalistes et de commentateurs de comptoir. Car quand même…
- acte 1 : Un détenu considéré comme dangereux et qui a déjà tué un co-détenu bénéficie d'une permission de sortie octroyée par un juge, après avis positif d'un psychiatre.
Commentaires
Je m'explique : c'est la mère du "permissionnaire" qui a été tuée. L'opinion n'est-elle pas inconsciemment tentée de considérer que ça n'est pas un drame social, dont il faut tirer des conséquences (commission d'enquête, mise à pied du psy, etc.), mais un drame "privé", familial, qui ne concerne que la famille en question ?
Je pense que la réaction aurait été différente s'il avait tué un enfant du voisinnage...
Quand c'est le psychiatre qui se trompe, l'erreur est plus facilement comprise, chacun comprenant plus facilement que la science psychiatrique n'est pas une science exacte.
Un meurtrier déclaré pénalement irresponsable a été interné d'office. Le fils de la victime l'a croisé dans la rue à Toulouse.
Cette sortie a lieu dans le cadre (semble-t-il) de l'article L3211-11 du code santé. Pas l'ombre d'un juge à l'horizon.
Sur une Radio Méditerrannéenne et Chaleureuse (non, j'ai pas dit laquelle) on s'étonne que l'on est pas informé la famille de la victime, par paralélisme j'imagine avec le droit pénal. Sous peu, vu le développemnet du fameux "droit des victimes", avec notamment le juge délégé aux victimes, je pense qu'il faudra l'accord de la victime ou de sa famille pour que le mis en cause puisse sortir...
Mais je vous rassure, certains arrivent quand même à faire porter le chapeau à la justice. On n'hésite pas à écrire qu'il sagit d'une "décision de justice" qui scandalise la famille
irresponsable-d-un-crime--il-beneficie-de-permissions.html
La presse, qui écrit ce que le lecteur voudra bien lire en achetant le journal, ne fait que relayer cette donnée.
Les élus aussi.
La justice est le réceptacle des passions humaines, du conflit permanent et de la quête de la Vérité, celle qui demeure admissible pour le corps social afin de pouvoir faire son deuil et continuer... Mais elle est aussi, via le zoom médiatique, un spectacle, qui informe, souvent déforme, voire désinforme, et accroit les passions et l'émotion au lieu de les apaiser...
Il n'est pas impossible également que la justice, dont les juges sont les boucs émissaires, ait une dimension politique... surtout quand elle tiente autant que possible à rester "indépendante" du pouvoir politique et qu'elle tient bon dans certains dossiers dérangeants pour l'image du bon fonctionnement des institutions et de nos représentants...
Si la psychiatrie n'est pas une science exacte, que dire alors de la justice? S'en tenir aux faits, rien qu'aux faits, être sourd à la surenchère médiatique, pour pouvoir faire son travail en son âme et conscience et rendre la décision qui vous semble la plus juste, c'est tout ce qu'il reste à faire... ERRARE HUMANUM EST, seule l'intention criminelle est véritablement condamnable, que les juges tiennent bon dans ces tempêtes médiatico-politiques...! Bon courage!
Chercher l'erreur.
Je retrouve ici le fond d'incompréhension du monde judiciaire face au journaliste. Les premiers accusant les seconds d'être la cause de leur mauvaise image. Vous ne regardez pas assez loin.
C'est effectif que la différence de traitement de l'information est grande en fonction que l'on est un juge ou un médecin. Pourquoi?
Est ce simplement parce que les journaliste font mal leur travail?
Dans le contexte économique de la presse et des médias, on ne peut pas attendre d'un journaliste la même indépendance que celle qu'on attend d'un juge. Car pour vendre leur papier les médias se basent avant tout sur des sentiments plus profonds des populations auxquels ils s'adressent et dont ils font parti. Le journaliste par manque d'indépendance n'étant souvent que le reflet d'une certaine opinion. Certains demandent plus d'indépendance, sans l'obtenir.
Le monde médical et psychologique bénéficie d'une aura positive auprès des gens, qui se trouve relayée dans la presse et qui est construite sur le terrain par des pratiques quotidienne positive. Pour tout un chacun un médecin qui se trompe est quelque chose qui peut arriver, mais cela ne remet pas en question l'immense sentiment positif qu'ils ont vis à vis du monde médical.
A l'inverse le monde judiciaire ne connaît pas cette assise populaire.
Les juges en étant la partie la plus visible médiatiquement de la machine judiciaire, cumulent les critiques.
Où commence la justice?
Dans l'accueil médiocre des commissariats et des maisons de justice, par le chèque à fond perdu à un avocat, par des classements sans suites sans la moindre explication du parquet, par le manque de transparence du monde judiciaire et sa complexité...
La justice est pour la personne qui l'aborde, un monde opaque dont il a entendu parlé le plus souvent de façon négative, tant dans son entourage direct que dans le relaie des médias. Mes 13 ans d'expérience de justiciable n'ont fait que conforter ce sentiment d'injustice.
Ce sentiment négatif des gens est il basé sur une réalité? Je crois que oui.
Est il justifié? Au niveau de la justice d'assise, je ne crois pas. Au niveau de la justice civile, le quotidien des français, je pense que ce sentiment d'injustice est pleinement justifié. Et les juges ne sont qu'un des acteurs de ce sentiment.
Mais ils en deviennent les boucs émissaires, d'autant plus facilement que les affaires relayées par la presse sont faciles à exploiter en terme d'émotion. Et qu'à ce moment là l'attaque devient personnelle et que le juge pour une erreur reprend au passage l'ensemble du mécontentement...
Cela ramène ensuite directement à mon commentaire précédent sur la qualité de la justice et sa bonne définition...
La fascination est dans le bureau du juge,et les détenus le savent