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Lundi 14 février 2011 1 14 /02 /Fév /2011 17:21

Par Michel Huyette (magistrat)


  Pendant plus d'une semaine, fait exceptionnel, les magistrats de la plupart des juridictions de France ont décidé de renvoyer les dossiers à d'autres audiences, ceci en réaction à une remarque aberrante du président de la République (pour un retour en arrière, lire ici et ici), lequel dénonçait des fautes inconcevables et avant même que les enquêtes administratives aient commencé.

  Alors que le chef de l'Etat avait affirmé qu'une faute avait été commise parce qu'un individu qui avait purgé toutes ses peines avait été libéré (!!) sans que soit assurée sa prise en charge par un service de probation, le ministère de la justice a demandé une inspection comme cela se fait dans de telles circonstances.

  Le service de l'inspection vient de remettre son rapport, accessible au public (lire ici).

  On y lit (en résumé) que :

  - Il existe au tribunal de Nantes un important manque en personnel, tant chez les juges d'application des peines (1 poste non pourvu sur 4 jusqu'en janvier 2011), que chez les greffiers (2 postes sur 7),  alors que le nombre des dossiers a considérablement augmenté ces dernières années, ce qui fait dire à l'inspection que : "La charge de travail du service (..) s'est donc alourdie fortement depuis 2006 (..) non seulement d'un point de vue quantitatif mais également en raison des dispositifs désormais plus complexes à mettre en place. Les effectifs affectés au service de l'application des peines de Nantes pour la période 2009-2010 qu'il s'agisse d'emplois de magistrats ou de fonctionnaires de greffe n'apparaissent donc pas en adéquation avec la charge d'activité du service (..)."

  - Le service pénitentiaire d'insertion et de probation (SPIP, cf. ici) connaissait lui-aussi des difficultés croissantes et ne pouvait pas traiter tous les dossiers. Ceux qui ne peuvent pas être pris en charge faute de personnel sont passés de 690 en 2010 à 817 en janvier 2011, ce qui a conduit les responsables à faire des choix et à élaborer des critères de tri (dossiers suivis et dossiers laissés en attente) en traitant prioritairement les individus condamnés pour agressions sexuelles ou violences, cela conformément aux demandes des juges d'application des peines,

  - A plusieurs reprises, et notamment dans une note du 22 octobre 2010, les juges d'application des peines ont alerté leur hiérarchie sur l'impossibilité de "gérer de façon consciente et responsable l'intégralité des mesures relevant du service de l'application des peines de Nantes", et fait valoir que les choix auxquels ils sont contraint les mettent dans une situation très insatisfaisante qu'il espèrent voir cesser au plus tôt.

  S'agissant plus spécialement du suivi de l'homme pouvant être le meurtrier de la jeune femme de Pornic en janvier 2011, le rapport d'inspection relève que :

  - Du fait de plusieurs autres condamnations il a été emprisonné d'août 1999 à mai 2003 puis de août 2003 au 24 février 2010,

  - Sa dernière condamnation est de juin 2009 à un an de prison dont 6 mois avec sursis et mise à l'épreuve, cette mise à l'épreuve comprenant une obligation de poursuivre les soins entrepris pendant la détention, ainsi que l'obligation de justifier d'un travail et d'un domicile,

  - En septembre 2009 le juge d'application des peines a écrit sur le dossier "saisir service pénitentiaire d'insertion et de probation, urgent",

  - Lorsque l'intéressé est sorti de prison, le conseiller d'insertion chargé de son suivi en détention n'a pas informé le service de milieu ouvert de cette libération, ce qui a fait obstacle à une convocation dans les trois jours par un nouveau travailleur social, cette coordination entre deux services ayant entraîné une rupture de la prise en charge,

  - Que le dossier a été reçu par le service de milieu ouvert en avril 2010, et que l'adjoint au directeur a décidé, du fait de la surcharge de travail et de l'impossibilité d'assurer toutes les mesures, de ne pas affecter ce dossier à un agent de probation en lui préférant des dossiers apparemment plus sensibles, ce qui peut apparaître en contradiction avec les instructions des magistrats qui ont toujours voulu privilégier les dossiers des sortant de prison (1).


  Ces conclusions appellent plusieurs commentaires.

  - Contrairement à ce qu'avait péremptoirement affirmé le président de la République, aucune faute d'aucune sorte n'a été commise par les magistrats. Si tel avait été le cas, de telles fautes auraient été dénoncées à juste titre. Seules des maladresse au niveau du SPIP ont été relevées, mais elles sont principalement la conséquence d'une surcharge de travail et, par dessus tout, de l'impossibilité de traiter tous les dossiers (2).

  Cela signifie que cette agression verbale délibérée envers la magistrature n'avait aucune raison d'être. Alors de deux choses l'une. 

  Soit le président de la République s'en est pris délibérément à la justice tout en ayant pleinement conscience qu'il était fort possible que son accusation ne repose sur rien. Il faudrait alors en conclure que l'affaire de Pornic n'a été qu'un prétexte et que le seul objectif poursuivi était de discréditer une institution qui de plus en plus apparaît insupportable au pouvoir en ce qu'elle limite sa marge de manoeuvre. Au demeurant certains commentateurs n'ont pas manqué de faire le lien avec le projet de suppression du juge d'instruction, personnage qui au cours des années écoulées a mis plusieurs fois en lumière l'illégalité de certains comportements d'élus.

  Soit le président de la République attaque publiquement les institutions essentielles de l'Etat sans avoir réfléchi, sans se demander si ce qu'il avance a du sens, quitte à affirmer n'importe quoi, pour focaliser l'attention et faire croire qu'il est présent et agit. Mais cela n'est pas forcément plus rassurant.


  -  Après la remise des rapports aux ministres concernés (3), aucun élu de la majorité au pouvoir n'a accepté d'évoquer les manques de moyens soulignés par les inspecteurs. Le chef de l'Etat a même indiqué lors d'un monologue télévisé en présence de citoyens qu'il n'y avait pas de raison d'augmenter les moyens de la justice. Cela est d'ailleurs conforme à la volonté actuelle, sous couvert du déficit, de réduire les moyens de tous les services publics sans égars pour la diminution de la qualité du service rendu aux français.

  Il a en passant profité de son temps de parole pour prononcer encore une phrase absurde, en affirmant qu'il ne voulait pas donner de l'argent à la justice parce que les magistrats ont déjà un statut (!!). A supposer que la phrase ait un sens, cela voudrait dire que tout en sachant que les services de probation de France ont ensemble des milliers de dossiers en attente parce qu'il manque des centaines de fonctionnaires, il ne fera rien pour remédier à cela parce que... les juges sont des fonctionnaires avec un bon salaire. Pourtant les magistrats, évidemment, ne demandent rien pour eux. Allez comprendre....


  - Après le chef de l'Etat et le ministre de la justice, c'est le président de l'assemblée nationale qui sur les ondes d'une radio a écarté l'idée de moyens supplémentaires pour la justice. Traduction : nous savons que vous n'avez pas les moyens pour fonctionner correctement, nous savons que des milliers de dossiers ne sont pas traités faute de personnel, nous savons que cela peut entraîner d'innombrables dysfonctionnements, mais nous ne ferons rien pour améliorer la situation (4).

  Il n'empêche que dès qu'une difficulté apparaîtra dans un dossier non traité, les mêmes n'hésiteront pas un instant à rechercher aussitôt des coupables, cela afin de masquer - même maladroitement - les aberrations de leurs propres choix politiques et budgétaires. Au demeurant, tout incite à penser que le scénario sera le même pour tous les professionnels qui sont placés en situation à risque à cause des coupes budgétaires et des réductions de personnel, notamment dans la santé ou dans l'éducation nationale.


  Alors que doivent faire les magistrats demain puisque, concrètement, certains d'entre eux seront maintenus dans une situation très dégradée ?

  Ce qui a été majoritairement décidé, c'est de faire partout un inventaire des situations les plus critiques et à risques, en même temps de faire connaître ces situations au grand public par le biais d'observatoires locaux, ceci pour que la hiérarchie, le ministère de la justice, et plus largement les gouvernants ne puissent pas publiquement prétendre  n'être pas au courant. Ainsi leur propre responsabilité sera nécessairement questionnée.

  Ensuite, les magistrats ont décidé de ne plus accepter les situations à risques, quand il est possible de les réduire. Par exemple, plutôt que de traiter comme actuellement 40 dossiers dans une audience, quand cela suppose d'aller très/trop vite et multiplie le risque d'erreurs, la décision sera prise d'en audiencer sensiblement moins et de privilégier la qualité, quitte à ce que les délais de traitement augmentent. Autrement dit, l'optique est de privilégier plus qu'avant la qualité par  rapport à la quantité.

  Certains leur reprocheront de ne pas l'avoir fait plus tôt. Et ils n'auront pas forcément tort.

  Enfin, on peut noter que l'un des effets inattendus de cette enième agression contre la justice, par le pouvoir, a été de rapprocher des gens, des services, qui jusque là se croisaient et dialoguaient peu. Dans les innombrables réunions des derniers jours, dans toutes les juridictions, est apparue une volonté forte de solidarité durable. 

  Le chef de l'Etat aura presque réussi à transformer des hommes et des femmes plutôt individualistes en un groupe de gens conscients que pour faire face à l'absurde, à la démagogie et à la manipulation de l'opinion publique, il faut être unis et forts.

  Viendrait presque l'envie de lui dire merci.

--
1. Le rapport rédigé par l'inspection de l'administration pénitentiaire est disponible ici.
2. Etant rappelé que même un suivi en milieu ouvert n'a jamais empêché quiconque de récidiver.
3. D'autres inspections ont concerné la police et la gendarmerie.
4. Il a été seulement annoncé le recrutement provisoire de 6 contractuels, c'est à dire des personnes extérieures qui en arrivant ne connaîtront rien au travail d'un agent de probation. En tous cas cela prouve que ce n'est que sous la pression que le gouvernement envisage de mettre les effectifs à niveau, car la situation, répétons le, était connue depuis longtemps. Cela ne caractérise-t-il pas une... faute ?




 

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Dimanche 13 février 2011 7 13 /02 /Fév /2011 17:19

Par Raymond Levy (magistrat)


  Mon cher Mahmoud,

 

  J'espère que mes premières lettres te sont heureusement parvenues, et qu'elles ont éveillé ta curiosité sur les étrangetés de ce pays de France, où je suis en villégiature avec Mustapha, Shéhérazade et d'autres personnes qui te sont chères. Les gens de ce pays considèrent que l'Orient est compliqué, et cultivent des apparences de simplicité, rassurantes mais fallacieuses. Les intrigues de sérail me paraissent plus naturelles dans ce pays-ci que dans le nôtre! Tout n'est ici que jalousies,méfiances, et tentation de nuire à qui pourrait avoir simplement l'idée de paraître autant que soi !

  On attache grand prix à obtenir les apparences du soutien du peuple contre les serviteurs de l'Etat, abstraction que l'on feint de distinguer du souverain, ce qui est très dangereux, car cela rend ces serviteurs indociles et leur fait oublier leur condition.

  C'est ainsi que les «magistrats», serviteurs chargés de rendre la justice au nom du souverain, se sont mis à croire à une théorie ridicule qu'on appelle «séparation des pouvoirs», ce qui a donné naissance à une situation lamentable. Peux-tu imaginer que les «magistrats» n'ont daigné tenir aucun compte des admonestations et des menaces de sanctions réitérées par Nicolas Premier, le shah des Français? Peux-tu imaginer qu'au contraire, ces menaces n'ont fait que renforcer leur résistance? C'est incroyable! Il est vrai que la cérémonie de la Parole Souveraine, si elle a suscité quelque curiosité, n'a ensuite réussi qu'à assoupir ses auditeurs, ce qui n'était pas souhaité par le Shah.

  Il faut admettre que le Shah des Français a éprouvé quelques contrariétés, qui ont porté atteinte à son prestige et réduit son autorité sacrée. Il souhaitait se séparer de la dame de son Souverain Sérail, qui avait accepté de se servir d'un tapis volant prêté par le bey de Tunis, ce qu'il jugeait inconvenant, mais il a été contraint de la garder à ses côtés, car son Grand Vizir (que la dame avait rêvé de remplacer!) avait lui-même utilisé un tapis volant du Sultan d'Egypte, chef des Mamelouks de ce pays, lequel a tellement perdu son prestige en accueillant trop richement le Grand Vizir de France, que les Mamelouks, aidés par le peuple, ont jugé inutile de conserver un Sultan et ont décidé de diriger l'Egypte eux-mêmes. Pour sauver la face, et ne pas paraître céder à l'irritation des Mamelouks d'Egypte, le Shah des Français a du conserver, et la dame du Souverain Sérail, et son Grand Vizir.


  Pour retrouver un nouveau prestige, le shah Nicolas Premier compte beaucoup sur une grande réunion d'un groupe des vingt plus puissants souverains du monde, qu'on appelle le G 20, dont on exalte les pouvoirs, bien qu'il n'en ait aucun, car chacun des vingt souverains se contente de faire des promesses solennelles et ensuite fait ce qu'il veut, ce qui est naturel pour un souverain. Il faut être bien naïf pour croire autre chose. Nicolas Premier aurait bien aimé changer le nom de ce G 20 en S 20, car le S est la première lettre de son titre royal de Sarkozy.

  L'ennui est que, pour réduire les dépenses du royaume sans être obligé de réduire celles du Sérail, le Shah a réduit de moitié le nombre des serviteurs chargés d'instruire la population du royaume. Pour s'adapter à cette réduction, il a du réduire de moitié la matière de l'enseignement, si bien que ses jeunes sujets n'apprennent plus que la première moitié de l'alphabet et ne connaissent pas la lettre S : le caractère grandiose de l'appellation S 20 leur serait donc resté inaperçu. L'enseignement de la deuxième partie de l'alphabet est réservé aux futurs serviteurs du Shah, élèves de l'Ecole Nationale d'Alphabétisation (E.N.A.).

  Des courtisans zélés ont cru devoir suggérer au souverain de changer son titre royal de Sarkozy, contre celui de Tsar Kozy, pour augmenter son prestige et son apparence de pouvoir face à celui du Tsar Dimitri de Russie et de son Grand Vizir Vladimir (à moins que ce ne soit l'inverse ?). La question n'est toutefois pas tranchée, car il est à craindre que les manants ne veuillent s'amuser à comparer lequel des deux Tsars aurait le pouvoir le moins absolu.........

  En attendant, nul ne sait quelles formes va prendre l'insoumission des «magistrats», et l'on craint les effets qu'elle va avoir sur le prestige du souverain s'il n'arrive pas à se faire craindre !





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Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 20:59

Par Patrice de Charette (1)


  Le Tchad a fêté en janvier 2011 les 50 ans de son indépendance. La date tombait en août 2010, mais la célébration a été reportée en raison de la saison des pluies et de la nécessité d'achever les travaux d'embellissement de la capitale. Les troupes ont défilé sur une nouvelle et immense esplanade créée en face des bâtiments de la présidence, sous une arche monumentale. Étant un trop petit poisson pour avoir un carton d'invitation pour la tribune officielle, j'ai suivi les cérémonies sur le petit écran.

 

  Défilé imposant et de fort belle tenue, avec parfois quelques imprévus. Des petites filles en robe blanche chantent l'hymne national puis jettent en l'air des objets qui retombent au sol. Il me faut quelques secondes pour comprendre qu'il s'agit de pigeons destinés à s'envoler gracieusement mais qui, serrées fermement par les petites filles depuis plusieurs heures, étaient passablement étourdis. J'apprends plus tard par mon cousin diplomate, spectateur direct depuis la tribune, que les volatiles avaient été au surplus peints aux couleurs nationales, ce qui n'avait pas amélioré leurs performances. La veille, à l'occasion d'une répétition, j'avais vu passer en ville un détachement de méharistes de la garde nationale et nomade. Spectacle magnifique des soldats montant les dromadaires, grande robe blanche et tapis de selle écarlate.

 

  Les élections législatives approchent et la campagne a pour effet de faire tourner au ralenti les ministères car tous les hommes politiques sont sur le pont. J'ai renoncé à suivre le détail de la vie politique avec les 130 partis que compte le pays, dont 90 sont regroupés dans une coordination qui soutient la majorité présidentielle et dont plusieurs autres situés dans l'opposition se sont soudain ralliés à la majorité dans l'espoir d'augmenter le nombre de leurs députés, pour ensuite, dit-on, revenir dans l'opposition. Le scrutin financé par l'Union européenne, qui a par ailleurs dépêché un bataillon d'observateurs, est présenté comme étant ouvert avec un vaste choix offert aux électeurs. Il a été l'occasion pour nous de mettre en place une formation des magistrats des tribunaux de première instance au contentieux de l'inscription sur les listes électorales, puisque cette tâche leur revient. Pour les élections locales, qui suivront en juin après la présidentielle en avril, une autre formation va concerner la chambre administrative de la Cour suprême, compétente pour trancher les contentieux en la matière.

 

  La température en janvier est descendue jusqu'à des profondeurs inouïes, puisqu'au petit matin le thermomètre se situait à 15°. Les chauffeurs, frigorifiés, arrivaient revêtus de gros anoraks et de bonnets. L'après-midi, on remontait sans problème à 32 ou 35. Cette ère glaciaire s'est achevée fin janvier avec 24° le matin et 40° d'après-midi. La météo mondiale vue sur le petit écran classe invariablement le Tchad en tête de peloton, devant Khartoum et le désert d'Alice Springs en Australie. L'époque est aussi celle de l'harmattan, le vent de sable venu du désert qui obscurcit la visibilité au point qu'il faut rouler avec les phares. L'air, saturé de poussière et de sable n'est pas précisément excellent pour les yeux et les bronches. Les motards mettent un pan de leur chèche sur le bas de leur visage ou portent un masque chirurgical. Dans la maison, au bout d'une heure tous les meubles sont recouverts d'une fine couche grise.

 

  Rome après N'Djamena, titre le journal local. L'article, un rien condescendant, révèle que la capitale italienne va suivre bientôt l'exemple tchadien en interdisant l'usage de sachets en plastique dans les commerces. Le journaliste a de bonnes raisons d'être fier de la décision tchadienne, qui épargne à la ville le spectacle désolant des sacs plastiques traînant partout, y compris dans les branches des arbres. Il n'y a pas non plus de bouteilles plastiques gisant au sol, mais la raison ici est économique car il s'agit d'un bien de consommation recherché. Il suffit de voir le regard envieux des enfants lors d'une halte sur le bord de la route et leur plaisir lorsqu'on leur donne une bouteille dont on vient de boire l'eau. La petite bouteille de coca est invariablement utilisée pour la vente des arachides grillées et les bouteilles plus grandes servent entre autres à la vente d'essence tout le long des rues de la capitale, non sans danger d'ailleurs.

 

  Une autre décision tchadienne fort utile pour la préservation de l'environnement a été l'interdiction d'utiliser le bois pour la cuisson des aliments. Les habitants ont dû se convertir précipitamment au gaz et bénéficient d'un prix fortement subventionné pour l'achat de la demi-bouteille de gaz. Des esprits inventifs ont entrepris de transvaser dans la bouteille entière, vendue au prix fort, le contenu de deux demi-bouteilles mais l'entreprise est risquée et quelques explosions intempestives semblent avoir mis fin au processus.

 

  La lecture de la presse laisse souvent songeur. Les journaux d'opposition n'y vont pas par quatre chemins et étrillent copieusement le pouvoir sans réaction de celui-ci, ce qui est plutôt bon signe, sauf quelques poursuites de ci de là. La loi sur la presse a d'ailleurs été réécrite il y a quelques mois dans un sens favorable aux journalistes avec notamment la suppression des peines d'emprisonnement pour les délits de presse. Le problème vient en réalité de l'absence à peu près complète de la maîtrise de la langue chez la plupart des auteurs, circonstance qui fait perdre de leur impact aux articles publiés, mais qui donne parfois des résultats réjouissants. On relève ainsi, dans un article déplorant la disparition de statues sur des ronds-points cette remarquable envolée : « Ces statues conçues à des millions de francs CFA des contribuables sont cassées par des mains obscures qui courent librement ».

 

  Presse et justice toujours, un autre titre fait sursauter : baisse du nombre de jugements dans les commissariats. Et l'article d'expliquer que, pour une raison inconnue, le nombre de règlements de litiges par les policiers se trouve en nette diminution. On apprend donc, ce que l'on savait déjà, mais avec ici un luxe de détails, que deux parties en litige, souvent de nature civile ou commerciale, s'adressent à la police pour trouver une solution, laquelle passe assez fréquemment par une mise en garde à vue sans aucun fondement, pour déboucher finalement sur un accord paraissant satisfaire les intéressés.

 

  Les parquets se retrouvent à l'occasion avec les effets secondaires de ces pratiques lorsque, en cas d'échec, ils voient les policiers ou gendarmes leur déférer des personnes gardées à vue en l'absence de toute infraction. Une longue mission d'expertise confiée à un ancien haut magistrat français a décortiqué minutieusement les défaillances de la direction de la police judiciaire par le procureur puis celles affectant le traitement des dossiers par le tribunal, avec des audiences comportant parfois plus de 100 dossiers, le seul objectif des juges étant alors d'en renvoyer un maximum. Le tout été remis à plat, avec l'adhésion des magistrats du parquet et du siège : information du parquet par des officiers de police judiciaire lors d'un placement en garde à vue, ce qui est ici une nouveauté absolue, instructions données par le parquet pour le défèrement, calendrier d'audiencement précis avec fixation rapide des affaires de flagrant délit et fixation différée des affaires sur citation directe lorsque le suspect est laissé libre.

 

  Le suivi de cette réforme auquel je procède montre qu'elle se met en place, même avec quelques cahotements. Le régisseur de la maison d'arrêt de N'Djamena en voit en tout cas déjà les effets, avec un fort raccourcissement des délais de jugement et une augmentation des mises en liberté pour fin de peine dans les petites affaires de flagrant délit. Il reste encore des choses à faire de façon plus générale pour la conduite de l'audience pénale, car, d'après ce que j'en ai vu en assistant à quelques audiences, les collègues arrivent les mains dans les poches sans avoir lu aucun dossier, ce qui réduit les débats à leur plus simple expression. Avec mon collègue expert formation, un magistrat nigérien, nous allons proposer une série de séances de travail sur la conduite de l'audience en matière pénale, avec la confection de guides pratiques.

 

  Une autre phase du programme est passée à la vitesse supérieure, celle dite de la modernisation du droit positif, en clair la rédaction de projets de réforme du code de procédure civile et du code de procédure pénale, et l'écriture d'un texte sur le contentieux administratif, avec la participation d'experts. Pour certains textes, le recours à l'expertise a donné des résultats mitigés, tenant au fait que nous avons dû recourir à de grosses machineries de procédures de l'Union européenne, dénommées contrat cadre, dans lesquelles la demande part à Bruxelles et revient avec une proposition d'experts présentée par des bureaux d'études, qu'il faut choisir et sélectionner au vu de leur seul CV. Le résultat est bien meilleur lorsque l'on peut faire du gré à gré, ce qui fut le cas pour le texte sur le contentieux administratif. Je mets également la main à la pâte en rédigeant moi-même un projet de code de l'organisation judiciaire et un projet de réforme de la loi sur l'organisation le fonctionnement de la Cour suprême.

 

  La réforme des textes si elle est menée à bien, ce qui ne dépend pas que de nous, sera du solide, au moins pour un certain nombre d'années. L'amélioration des compétences personnelles et des comportements professionnels, qui doit aller de pair, ne se fera pas en un jour mais le processus est lancé. L'attente, en tout cas, est forte : un hebdomadaire, qui y a consacré l'autre jour l'essentiel de son numéro, a titré « Les Tchadiens ont besoin de justice pour renaître ».




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1. Conseiller technique principal, chef de mission

Programme d'appui à la justice au Tchad (PRAJUST)

Cour suprême

N'Djamena (Tchad)

(..et magistrat français)

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Samedi 12 février 2011 6 12 /02 /Fév /2011 11:02

Par Michel Huyette (magistrat)


  La lutte contre l'alcoolémie au volant est ancienne et permanente, tant les effets dévastateurs sont connus. La conduite après consommation d'alcool est l'une des raisons du nombre de morts sur les routes chaque année.

  Mais les conducteurs ne sont pas forcément les seuls responsables, comme vient de le rappeler la cour de cassation.

  Les faits sont les suivants : Monsieur A se rend à une soirée organisée par l'un de ses amis, Monsieur B. Au cours de cette soirée A consomme beaucoup d'alcool.  En milieu de nuit A demande à B de lui prêter sa voiture. B accepte et lui passe ses clés, tout en état conscient de son état d'imprégnation alcoolique. A, qui a un taux d'alcool dans le sang de 2,31 g/l perd le contrôle de la voiture, a un accident, et décède.

  Monsieur B est poursuivi devant le tribunal correctionnel. Le procureur considère qu'il a commis deux infractions :

  - Un homicide involontaire, par la combinaison des articles 121-3 (texte ici) et 221-6 (texte ici) du code pénal.

  En effet, si les conducteurs qui à l'occasion d'un accident de la circulation tuent un autre usager de la route peuvent être poursuivis pour homicide involontaire, il en va de même, en application de l'article 121-3, des "personnes physiques qui n'ont pas causé directement le dommage, mais qui ont créé ou contribué à créer la situation qui a permis la réalisation du dommage ou qui n'ont pas pris les mesures permettant de l'éviter, sont responsables pénalement s'il est établi qu'elles ont, soit violé de façon manifestement délibérée une obligation particulière de prudence ou de sécurité prévue par la loi ou le règlement, soit commis une faute caractérisée et qui exposait autrui à un risque d'une particulière gravité qu'elles ne pouvaient ignorer".

 Tel est bien le cas, en droit, de celui qui donne les clés de son véhicule à celui qu'il sait en état d'ivresse et incapable de conduire sans risque élevé pour les autres. En agissant ainsi, le propriétaire de la voiture prêtée commet bien une faute caractérisée au sens de ce texte, même si, évidemment, il n'a pas voulu l'accident et n'a lui-même commis aucune faute de conduite.

  - Une complicité de conduite sans permis.

  La complicité est définie ainsi dans l'article 121-7 du code pénal : "Est complice d'un crime ou d'un délit la personne qui sciemment, par aide ou assistance, en a facilité la préparation ou la consommation."

  Celui qui prête son véhicule à celui qu'il sait ne pas avoir de permis de conduire facilite la commission de l'infraction de conduite sans permis. Il est donc bien complice


  Cela explique que, dans sa décision en date du 14 décembre 2010 (lire ici), la cour de cassation ait approuvé la cour d'appel qui a condamné Monsieur B à la fois pour homicide involontaire et complicité de conduite sans permis à 6 mois d'emprisonnement avec sursis et 2.000 euros d'amende.


  Bref, même avec ses amis, il est préférable de bien réfléchir avant de céder à une demande susceptible d'être lourde de conséquences.



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Vendredi 11 février 2011 5 11 /02 /Fév /2011 17:57

Par Roland Kessous (magistrat)


  Corporatisme d'une profession qui s'abrite derrière le manque de moyens pour ne pas voir la réalité, sa perte d'influence sur l'évolution sociale ?

 

  Chant du cygne d'une profession qui a perdu ses repères ?

 

  On peut tout soutenir.

 

  Mais à mon sens, c'est avant tout, la révolte désespérée de gens de robe, héritiers d'un certain pouvoir à travers notre histoire, qui aujourd'hui prennent conscience, dans le mouvement général de désengagement de l'État dans les secteurs les plus porteurs de sens comme l'enseignement ,la santé, qu'ils ont perdu le rêve caressé de toujours, à savoir être un troisième pouvoir ou même un contre-pouvoir.

 

  Le fait d'être au cœur de tous les conflits privés et publics, de tous les dysfonctionnements, des problèmes d'ordre public, a toujours suscité chez les magistrats le sentiment qu'ils étaient des instruments essentiels de la paix sociale. Mais aujourd'hui cette paix, les équilibres qui la soutiennent, relève davantage du poids des intérêts économiques que de la défense des valeurs par les professions du droit. Et la mondialisation a fait éclater le cadre national en faisant dépendre nos équilibres d'événements et de choix qui se situent hors de nos frontières.

 

  Dans ce bouleversement des priorités, où l'économie règne en maître, les secteurs régaliens, comme la police la gendarmerie la justice, constituent des pôles coûteux pour l'État qui, tout en les contrôlant, veut les soumettre aux lois du marché, c’est-à-dire fonctionner au moindre coût. La révision générale des politiques publiques n'est rien d'autre que la traduction de cette volonté de faire primer la gestion sur les principes défendus par ces professions.

 

  Pour la justice, fonctionner en état chronique d'insuffisance budgétaire, c’est l’assurance pour le pouvoir que les agents de cette administration, en revendiquant des moyens nouveaux, ne mèneront pas de manière prioritaire le combat sur le sens politique de leur action au sein de l'État.

 

  La révolte d'aujourd'hui, c'est extrêmement révélateur, ne porte pas sur le sens de la perte de notre influence dans la vie publique, sur l'importance du droit dans une société démocratique, sur les valeurs fondamentales dont nous sommes porteurs au regard de la Constitution. Elle ne porte pas davantage sur l'organisation judiciaire et sur l'importance démesurée et malsaine de la hiérarchie sur la vie quotidienne des juridictions. Cette hiérarchie toujours soucieuse de ménager ses perspectives de carrière ne pense qu'en termes de gestion, de rentabilité, d'économie de moyens. Il est symptomatique d’entendre les magistrats et les fonctionnaires dire d'une même voix » on ne nous considère plus, nous ne sommes que des numéros, il n'y a plus la moindre once d'humanité dans le comportement de nos chefs. »

 

  Et quand de surcroît on accuse ces mêmes personnes d'être responsables d'un fait divers dramatique, on conçoit que la réponse immédiate soit la révolte.

 

  Le pouvoir actuel, caractéristique des pouvoirs faibles, méprise les corps intermédiaires, rouages essentiels de la vie démocratique. Il substitue sa propre conception de l'intérêt public à celle de ces institutions, partis, syndicats, associations, sans entendre leurs revendications qui, au-delà des problèmes corporatistes, tendent à défendre l'intérêt général.

 

  Dominique Rousseau dans un article du monde 10 février 2011 à raison de situer le débat sur son véritable terrain ; la démocratie. Au moment où les règles économiques tendent à devenir les éléments dominants de la vie publique, il est sain de rappeler que la justice doit demeurer une institution indépendante pour garantir les droits fondamentaux des citoyens.


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Jeudi 10 février 2011 4 10 /02 /Fév /2011 08:49

Par Michel Huyette


  Fait exceptionnel, dans toute la France de très nombreux magistrats ont décidé de suspendre leur activité pendant plusieurs jours et de ne plus traiter que les affaires urgentes, ceci à cause de récentes et virulentes attaques du pouvoir politique (cf ici, et ici). Fait plus inhabituel encore, la haute hiérarchie, habituellement prudente, a également pris position (cf. le premier article).

  Mais aujourd'hui il faut aller plus loin que la surface des choses, qui peut être trompeuse, et chercher plus profondément ce qui se joue derrière tout cela, et qui intéresse, on le verra, non seulement la petite collectivité judiciaire mais l'ensemble du peuple français.

  Si le mouvement de protestation des magistrats n'était qu'une réaction d'orgueil après une enième critique du pouvoir politique, elle ne mériterait sans doute pas que l'on s'y arrête bien longtemps. Il en va de même s'il n'était question que de moyens matériels et humains. Chacun sait qu'à cause des restrictions budgétaires les services publics ne peuvent souvent plus assurer la qualité de leurs prestations, et il en va dans la justice comme dans les autres.

  Non, le mal est beaucoup plus profond. C'est pourquoi il faut nous plonger dans ce qui ressemble à une vaste opération de manipulation de l'opinion publique, dont il faut tenter de décortiquer la mécanique.

 
  1. Prononcer une phrase absurde mais qui marque les esprits.

  Rappelons nous que le chef de l'Etat, après qu'un homme qui avait effectué toute sa peine, et qui donc avait été remis en liberté, mais qui ne pouvait pas être suivi faute de personnel disponible, ait apparemment agressé une jeune fille, a déclaré : "Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle".

  Comme cela a déjà été souligné (cf. ici et ici), la justice ne gardera jamais illégalement un homme en prison, après qu'il ait effectué toutes ses sanctions, parce que le ministère de la justice a décidé de ne pas recruter de personnel en nombre suffisant dans les services d'application des peines (cf. ici). Le propos est donc en lui-même absurde.

  Dans ce procédé de désinformation, peu importe donc que la phrase prononcée soit plausible, ce qui compte c'est exclusivement de parler et d'agir, d'être présent et d'intervenir, de se mettre au centre du mouvement pour l'orienter à son avantage.


  2. Jouer sur l'émotion pour empêcher tout débat intelligent.

  Après les très vives réactions aux propos du chef de l'Etat, ses proches ont tenté d'éteindre l'incendie. Pour cela ils ont tous utilisé le même argument : "Comment ne pas réagir en présence d'un drame épouvantable et de la souffrance d'une famille".

  L'objectif est clair : Faire croire que tous ceux qui s'opposent aux propos du chef de l'Etat sont indifférents à la souffrance de la famille de la victime alors que le président de la République, lui, est attentif à cette souffrance. Autrement dit, le but est, pour les faire taire, de culpabiliser tous ceux qui seraient tentés de prendre de la distance avec l'évènement et de raisonner sereinement.

  Au demeurant le chef de l'Etat ne cesse d'affirme que "lui" est proche des victimes, sous-entendant ainsi que les autres sont indifférents aux victimes.

  Il est donc fait appel à notre subconscient pour que notre unique réaction soit de la compassion envers les victimes et surtout, pour interdire toute approche critique des propos présidentiels susceptible d'être décrite comme un refus de cette compassion.

  Sous la dictature de l'émotion, la réflexion, les interrogations, les échanges, et plus largement l'intelligence n'ont plus leur place.

  Le piège est bien en place (1).


  3. Dénoncer des coupables pour masquer les véritables responsabilités

  Comme cela a déjà été mentionné dans les précédents articles, l'objectif est aussi de détourner l'attention ailleurs que sur les moyens à l'institution judiciaire (cf. ici et ici). Le pouvoir étant bien conscient qu'en ayant refusé d'affecter un nombre suffisant d'agents de probation au service de Nantes, comme dans de nombreux services de probation, ce qui dans la France aboutit à des centaines de condamnés non suivis faute de personnel pour cela, il lui faut impérativement détourner l'attention vers d'autres carences, montrer que la responsabilité est ailleurs, seul moyen pour que l'on élude la sienne.

  Par ailleurs, le gouvernement est tout aussi conscient que la multiplication frénétique des lois "fait divers" (cf. ici) n'a pas eu les résultats escomptés sur la criminalité. Dès lors, puisque hausser le ton et multiplier les textes n'a que peu d'effet, et parce que le risque est grand que le peu d'efficacité de la méthode apparaisse au grand jour, il est urgent de déplacer l'attention et de trouver d'autres raisons au maintien d'une délinquance globalement au même niveau. Sinon c'est reconnaître son incapacité.

  Un grand classique de l'irresponsabilité.


  4. Maintenir l'illusion d'un monde sans crime

  Plus sournoise est l'idée sous-jacente que si les fautes dénoncées n'avaient pas été commises il n'y aurait pas eu de crime.

  Si l'on écoute bien les commentaires des élus de la majorité, on constate que l'agresseur de la jeune fille n'est plus au centre des débats. Comme si ce n'était plus lui le responsable de cette mort. On s'agite, on recherche la responsabilité des juges, on va ensuite rechercher celle des travailleurs sociaux, des policiers et gendarmes.  Mais il n'est plus question du criminel et de son geste, comme si d'une certaine façon cet individu n'avait eu qu'un rôle secondaire dans la commission du crime.


  Il nous faut aussi avoir en tête qu'il n'existera jamais de société sans crime. A toutes les époques, dans tous les pays (2) il y a eu de la délinquance, celle-ci étant en partie alimentée par le mal être des individus. Même quand les gouvernements ont répondu par la plus forte violence (torture, écartèlement bûcher, galère, pendaison, bagne, guillotine...), cela n'a jamais résolu quoi que ce soit. Il y a toujours eu et il y aura toujours des criminels. Et parmi les individus qui sortent de prison après avoir effectué leur peine, il y aura toujours des récidivistes. Et il sera toujours impossible de savoir à l'avance, parmi tous ceux qui ont eu un comportement correct et qui ont bénéficié d'avis favorables, lesquels sont susceptibles de récidiver une fois remis en liberté.

  Au demeurant, l'accumulation rapide de lois pénales venant les une après les autres augmenter le degré de sévérité montre à elle seule l'impuissance des gouvernants à faire baisser l'ampleur de la délinquance.

  Alors il est tentant de maintenir la population dans une sorte d'illusion, en transformant la réalité et en manipulant les faits.



  5. Attirer l'opinion vers l'homme providentiel.

  La suite logique de ce qui précède est inéluctablement le message suivant au peuple : "Puisque vous voyez bien que les institutions sont défaillantes, au premier rang desquelles la justice, prenez conscience que je suis le seul capable de vous défendre contre les monstres". Sous-entendu ; "si vous ne voulez pas être agressés, votez pour moi".

  Pour abonder dans le sens de cet objectif, il est important de s'assurer les bonnes grâces du peuple en le flattant dans un discours souvent entendu ces derniers temps : "Les juges sont irresponsables et laxistes, il ne pensent qu'à mettre de dangereux délinquants en liberté, mais vous le peuple vous n'êtes pas comme ça, vous êtes bien mieux, alors vous allez peu à peu remplacer les juges".

  C'est alors que le projet est mis et remis sur le tapis d'appeler des citoyens français à siéger dans les tribunaux correctionnels (cf. ici). Le tout non pas pour associer le peuple à la justice mais pour faire siéger des citoyens qui par définition ne réfléchiront pas et par réflexe se contenteront de prononcer les peines les plus sévères possibles.

  Non seulement c'est faire injure à l'intelligence des français, mais c'est ignorer ce qui se passe à la cour d'assises où les jurés ont la plupart du temps une approche très nuancée des dossiers et sont parfois moins sévères que les magistrats professionnels. Mais peu importe, ce qui compte c'est de faire passer l'idée que seul l'homme providentiel sait ce qu'il faut faire, les institutions étant globalement défaillantes.

  En même temps, l'objectif est de créer un lien direct entre chef de l'Etat et les citoyens, en contournant l'institution. Le premier se disant que cela sera flatteur pour les seconds, qui lui seront probablement reconnaissants.



  S'il ne s'agissait que d'un classique stratagème de désinformation de l'opinion dans un but de manipulation populiste et électoraliste, il n'y aurait rien de nouveau sous le soleil. Mais l'analyse doit aller plus loin encore car dorénavant ce n'est plus seulement de cela qu'il s'agit. 

  Dans une véritable démocratie, l'équilibre du système est assuré par un mécanisme qui limite les tentations arbitraires du pouvoir, et principalement à travers des institutions mises en place pour veiller au respect de principes fondamentaux, telle l'institution judiciaire.

  Mais on le sait, de tous temps et en tous lieux, ceux qui accèdent aux plus hautes fonctions de l'Etat supportent difficilement de ne pas être en mesure d'agir à leur guise. Et il n'acceptent pas plus de voir leur responsabilité mise en cause, l'impératif d'auto-protection ainsi que la préoccupation électorale étant présents en permanence.

  Rappelons nous ce qui s'est passé quand, après des décennies d'impunité des intéressés, la justice a commencé, timidement puis plus efficacement, à relever et poursuivre les infractions commises par des élus.  Que n'a-t-on pas entendu alors à propos d'un pseudo "gouvernement des juges" (cf. ici)

  Enfin, la justice doit toujours, pour remplir sereinement sa mission, rester à distance des émotions. Juger c'est d'abord porter un regard suffisamment distant et neutre pour être capable de prendre en compte tous les aspects d'une affaire dans une approche aussi équilibrée et impartiale que possible. Se focaliser sur la souffrance d'une victime s'est prendre le risque, consciemment ou non, de glisser de la justice à la vengeance. Et de commettre des erreurs d'appréciation.



  On le voit bien. Ce qui se joue autour de la justice concerne bien plus que la seule institution judiciaire.

  Les magistrats ne cherchent pas seulement à se protéger, même si cet aspect des choses existe bien sûr en présence d'attaques incohérentes et injustifiées.

  Mais le véritable enjeu est bien ailleurs. Il est dans l'équilibre des pouvoirs. Il est dans l'intelligence et l'honnêteté du débat démocratique.


  C'est pour cela que même si aujourd'hui ce sont les magisrats qui s'expriment, chaque citoyen français est directement concerné.

  Car c'est la démocratie qui est attaquée.




--
1. Pour une analyse de la transformation de la réalité dans l'intervention télévisée du chef de l'Etat, lire ici.
2. A part peut être dans quelques rares groupes, telles certaines tribus indiennes d'avant les Etats Unis, qui rejetaient richesses et possessions, ce qui limitait les agressions entre ses membres et leur permettait de vivre sans police et sans justice.



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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 17:04

Par Michel Huyette


  Cet article a été mis en ligne le 3 février, puis mis à jour le 9 février.


  Il y a des jours comme cela. On croit avoir tout entendu, on croit ne plus être surpris par grand chose, mais il n'empêche que l'on sursaute, avant d'avoir envie de hausser le ton. Et c'est peu dire.

  Revenons un tout petit peu en arrière (cf. ici).

  Voici quelques jours, un drame des plus épouvantables a secoué toute la France. Une jeune fille a été tuée dans des circonstances apparemment barbares (1), et un homme, présenté dans les medias comme le probable coupable, a été incarcéré. Aussitôt dans la bouche des élus il a été question de récidive, sans même qu'il soit démontré que tel était le cas, et, au plus haut sommet de l'Etat, une fois de plus, il a été promis la sanction des "responsables" de la justice et de la police.

  Le président de la République aurait dit notamment : "Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle".
(2)


  Sauf que les éléments rapportés ces derniers jours nous apportent un éclairage bien différent.

  Au service de probation du tribunal de grande instance de Nantes (3), il y aurait selon les informations apportées 16 travailleurs sociaux devant suivre chacun 181 personnes alors que la moyenne nationale est de 84 dossiers par fonctionnaire. A cause du manque majeur de personnel, à la date des faits 896 dossiers n'étaient pas traités, ce qui signifie que cela correspond à près de 900 personnes non suivies (L'Express). (Il a été fait état par le service d'application des peines d'un très important tribunal de la région parisienne d'un stock de 1460 dossiers en attente de traitement faute de personnel).

  Notons en passant que l'individu arrêté faisait l'objet d'un sursis avec mise à l'épreuve pour outrage, ce qui est un très petit délit et peut expliquer, administrativement, que les agents de probation débordés aient privilégié les dossiers impliquant des individus condamnés pour des délits plus graves ou des crimes.

  Il a été indiqué à plusieurs reprises que toute la chaîne hiérarchique, jusqu'au ministère de la justice, était totalement au courant et cela depuis longtemps. Pourtant, le ministère de la justice, tout en sachant qu'il manque un juge d'application des peines sur 5 (soit 20 % du personnel), aurait décidé en 2010 de ne pas nommer de quatrième magistrat (Le Point).

  Dans un rapport parlementaire (n° 2378) du 15 juin 2005 un député de la majorité écrivait : " A cette faiblesse des effectifs des JAP [3.5% des effectifs du corps - 680 dossiers suivis par juge] s'ajoute celle, tout aussi regrettable des services pénitentiaires d'insertion et de probation et des greffes sur lesquels ces juges s'appuient. Compte tenu de ce qui précéde, votre rapporteur ne peut que plaider, une nouvelle fois, pour le renforcement drastique des moyens dévolus à l'exécution et à l'application des peines qui doivent être considérées comme une véritbale priorité car, à défaut, c'est l'ensemble de l'édifice pénal qui s'en trouve fragilisé."

  Le syndicat de la magistrature a rappelé dans un communiqué (lire ici) que "Par des rapports des 19 janvier et 22 octobre 2010, les juges de l'application des peines du tribunal de Nantes ont averti leur hiérarchie que l'absence, depuis un an, d'un quatrième juge de l'application des peines les obligeait à effectuer des choix de priorités", autrement dit et en clair que tous les dossiers ne pouvaient pas être traités", et que "Le 4 novembre 2010, le premier président de la cour d'appel de Rennes a répondu que malgré de multiples rapports et mises en garde de sa part, la chancellerie avait décidé de ne pas pourvoir le poste manquant de juge de l'application des peines de Nantes, qu'il n'était dès lors pas illégitime que les magistrats établissent des priorités de traitement des affaires et que leurs choix n'étaient pas inopportuns".

  L'union syndicale des magistrats a de son côté (lire ici) fait part de son "écoeurement", et souligné que "800 dossiers ont, en outre, dû être laissés en souffrance, soit l'équivalent de 10 postes de conseillers d'insertion et de probation que le Ministère de la Justice a fait choix de laisser vacants à Nantes, malgré les rapports répétés des services." (4)
 
  C'est ensuite un syndicat de personnels de l'administration pénitentiaire qui a publié une lettre ouverte (lire iciadressée au chef de l'Etat. On y lit notamment :

  "(..) L’inspection générale des services pénitentiaires était venue au SPIP de Nantes, il y a quelques mois. Le manque de moyens conduisant à la mise en place, en concertation avec les autorités compétentes, de la mise au placard des dossiers que le service ne pouvait prendre en charge faute de moyens, était connu ! Cette situation, qui existe dans de nombreux services, a été dénoncée à de multiples reprises. (..) En novembre 2010, la CGT Pénitentiaire, en mouvement, demandait entre autres, le recrutement de 1000 travailleurs sociaux, conformément à l’étude de l’impact de la loi pénitentiaire ! Madame Michèle Alliot-Marie, Garde des Sceaux, nous avait gentiment dit que le ministère de la justice et l’administration pénitentiaire étaient des privilégiés : pas d’emplois supplémentaires, hormis les 40 recrutements de travailleurs sociaux pénitentiaires pour l’année 2011. (..) la politique pénale menée par les ministres obéissant à vos ordres, a engendré une surpopulation carcérale, sans recruter des fonctionnaires supplémentaires tant à l’administration pénitentiaire qu’à la Justice en général. (..) a famille de la victime doit savoir que les dysfonctionnements de la Justice ne sont pas le fait d’un fonctionnaire d’un SPIP ou d’ailleurs, d’un magistrat, mais que c’est le fait de la défaillance d’un système, celui de l’Etat qui s’est désengagé de ses obligations depuis de longues années."

 
Le 15 décembre 2010, le directeur interrégional de l'administration pénitentiaire avait déjà alerté sur les manques en personnels, en ces termes : "Les difficultés en matière de ressources humaines au sein du ministère de la justice nous imposent d'opérer des choix en termes de répartition des effectifs ne permettant pas de satisfaire les besoins exprimés par chaque chef de service. Aujourd'hui c'est l'ensemble des services pénitentiaires d'insertion et de probation et les établissements qui se trouvent en sous-effectif, alors que la loi pénitentiaire vient ajouter de nouvelles missions aux compétences." (Marianne)



  De leur côté, profondément heurtés par les propos du chef de l'Etat, les magistrats et fonctionnaires du TGI de Nantes ont décidé de cesser (sauf urgences) toute activité juridictionnelle pendant au moins une semaine, ce qui, dans une sorte de mouvement désespéré de légitime défense, est plus que compréhensible. Et ils ont rédigé une motion (lire ici) dans laquelle ils écrivent notamment que :

  (..) le poste de juge de l'application des peines que le ministère de la justice s'est engagé dans la précipitation à pourvoir et le contrat d'objectif décidé dans l'urgence sont un aveu clair de l'incurie des pouvoirs publics et démontrent que la situation déplorable de la justice aurait pu être évitée depuis longtemps." (5)

  La conférence des premiers présidents de cour d'appel a - ce qui est rare - publié un communiqué dans lequel il est écrit qu'elle "exprime sa vive préoccupation devant la tentation de reporter sur les magistrats et fonctionnaires, y compris à travers l'imputation de fautes disciplinaires, la responsabilité des difficultés de fonctionnement que connaissent les cours et tribunaux sous les effets conjugués des contraintes budgétaires et des charges nouvelles imposées par la succession des réformes législatives."

  Dans son sillage, la conférence des procureurs généraux (lire ici) a fait valoir, sur un ton inhabituellement clair pour des magistrats de haut rang soumis au pouvoir hiérarchique du ministère de la justice, qu'elle :

  "Regrette que la responsabilité de magistrats et fonctionnaires judiciaires et pénitentiaires, comme celle des officiers de police judiciaire, qui oeuvrent au service de leurs concitoyens avec courage et détermination, soit publiquement et immédiatement affirmée avant même la publication du résultat des inspections en cours; Assure de sa totale confiance les magistrats et fonctionnaires mis en cause, alors même qu’ils avaient alerté leur hiérarchie de leur situation de pénurie; Constate que paraissent ignorés les efforts anciens et significatifs des magistrats et fonctionnaires pour faire face à l’accroissement constant des charges résultant de l’augmentation du nombre d’affaires à traiter, de l’exigence de performances plus quantitatives que qualitatives et de réformes législatives ininterrompues et complexes, voire divergentes, en particulier en matière d’exécution et d’application des peines tandis que les moyens humains et matériels sont chaque jour plus contraints; Souligne que cette situation ne permet plus à l’institution judiciaire de remplir intégralement ses missions, obligeant les magistrats et fonctionnaires à fixer des « priorités parmi les priorités »; Appelle en conséquence l’attention sur l’insuffisance critique de moyens qui, dans de nombreuses juridictions, engendre des situations à risque, en particulier dans les domaines de l’exécution et de l’application des peines; Ne méconnaît pas pour autant les mesures qu’il est de la responsabilité des magistrats et fonctionnaires de mettre en œuvre pour améliorer le service qu’ils doivent à leurs concitoyens (..)".

  Les conférences des présidents et des procureurs ont, ensemble, fait " part de leur inquiétude devant la recherche systématique, fondée sur une analyse objectivement contestable, des responsabilités individuelles de magistrats et de fonctionnaires qui effectuent leurs missions avec dévouement et en fonction des moyens limités dont le Gouvernement et le Parlement dotent l'institution judiciaire", et constaté que " les restrictions budgétaires et la multiplicité des charges nouvelles confrontent les chefs de juridiction à l'impossibilité d'assurer toutes leurs obligations et les contraignent à des choix de gestion par nature insatisfaisants pour une bonne administration de la justice tant civile que pénale et les intérêts des justiciables." (lire ici)

  L'association des juges d'application de peines a diffusé un communiqué de presse (lire ici)

  Les enseignants des facultés de droit ont à leur tour voulu faire connaître leur point de vue (lire ici).

  Il est particulièrement intéressant, au vu du drame qui est en partie à l'origine de la polémique, de connaître l'avis de deux grandes associations de vicimes, qui ont publié un communiqué (lire ici) dans lequel elles écrivent, notamment :

 
"elles demandent que les paroles du président de la République réclamantdes sanctions pour les responsables des dysfonctionnements du suivi de l’assassin présumé dela jeune Laëtitia, soient traduites en actes. En effet, il apparaît que les responsables enquestion, ce sont essentiellement les représentants du pouvoir exécutif qui avaient été avertisdu manque de moyens de la juridiction nantaise et des difficultés de celle-ci à suivre tous les dossiers des détenus en liberté conditionnelle", que " Les responsables de l’exécutif, pourtant parfaitement informés de la situation délétère dans laquelle sont plongés les services de la probation et de l’insertion, n’ont pris aucune mesure pour y remédier. Pire, obnubilés par la réduction des dépenses publiques et la diminution du nombre de fonctionnaires, ils n'ont fait ces dernières années qu'aggraver la situation", que " Trois rapports officiels, en effet, ont conclu au nécessaire renforcement des effectifs deconseillers d’insertion et de probation (CIP) : le rapport Warsmann en 2003 qui préconisait la création de 3000 postes, le rapport Lamanda en 2008 qui réclamait d’augmenter sensiblement les effectifs de l’insertion et de la probation et, plus récemment, le sénateur UMP Lecerf, rapporteur de la dernière loi pénitentiaire, qui, en 2009, estimait qu’il fallait la création de 1000 postes de CIP, la loi de finances de 2010 n'en prévoira que 260, que "Le problème des moyens se pose en fait d'un bout à l'autre du système judiciaire, des juges d'instruction aux juges d'application des peines : 100 000 peines de prison non exécutées, des prisons qui sont une honte pour notre pays et qui, du fait de la surpopulation carcérale et de l'absence de moyens pour le suivi des détenus se transforment en véritables écoles du crime", que " Monsieur Sarkozy préfère rejeter la faute sur les « lampistes » plutôt que d’assumer les conséquences de ses choix politiques. Il est plus facile de surfer sur l’émotion de l’opinion à chaque fois qu'un drame horrible se produit, en désignant des boucs émissaires, que de reconnaître ses propres erreurs d’appréciation et de remédier à la situation en prenant les mesures concrètes dont le système judiciaire a besoin et qui seules permettront de prévenir la survenue d'autres drames dans le futur", que " L'ANDEVA et la FNATH demandent que le gouvernement cesse ses attaques incessantes contre le système judiciaire, qu'il cesse de se précipiter sur chaque crime odieux dans le seul souci de l'exploiter politiquement dans sa lutte contre les magistrats, sans jamais apporter le moindre remède concret aux difficultés pourtant évidentes dont souffre le système judiciaire français",, enfin que "L'intérêt des victimes, et plus généralement des citoyens, est d'avoir une justice indépendante, responsable et respectée, disposant des moyens nécessaires à son exercice. Force est de constater que ce n'est pas le cas actuellement et que le système judiciaire ne dispose ni du soutient politique ni des moyens lui permettant de remplir pleinement son rôle".



 Résumons tout ce qui précède : la situation catastrophique du service d'application des peines du TGI de Nantes est connue depuis longtemps, mais le ministère de la justice a choisi, en pleine connaissance de cause et en étant conscient des risques encourus, de ne pas y affecter le personnel nécessaire. (6)
 

  Mais allons encore un peu plus loin car, d'une certaine façon, ce qui atteint l'institution judiciaire, à Nantes, n'est que l'un des arbres de la même forêt.

  Que signifie tout ceci ?

  Que de nos jours ceux qui, au moment de la préparation et du vote des budgets, décident en pleine connaissance de cause de réduire et limiter les moyens des services publics, n'hésiteront jamais, même en cas de dysfonctionnement découlant essentiellement de l'insuffisance de ces moyens, à désigner comme seuls coupables et comme boucs-émissaires des professionnels étranglés par l'ampleur de leurs missions et incapables de faire mieux quelle que soit leur bonne volonté.

  D'un point de vue psychologique cela est relativement aisé à décrypter. En effet quand, comme à Nantes, il semble que la réduction du budget ait entraîné une réduction insupportable des effectifs et que les coupes financières soient à l'origine d'un dysfonctionnement, l'Etat n'a que deux solutions : soit reconnaître qu'il est responsable des choix budgétaires et des décisions permanentes de réduction des moyens humains et financiers des services publics, donc que c'est lui le principal responsable quand la machine ne fonctionne plus, soit essayer, en jouant sur l'émotion pour dissimuler le stratagème tout de même un peu grossier, de trouver un tiers qui puisse être vu comme responsable à sa place.

  C'est pas moi, parce que je veux pas que ce soit moi, alors forcément c'est les autres. Un grand classique que l'on voudrait voir limité à la cour des collèges.

  L'enjeu n'est donc pas autour de la justice. Tous les professionnels de tous les services publics  (santé (lire ici, et ici), éducation nationale, services sociaux, police et gendarmerie etc..), en tous cas tous ceux dont l'activité professionnelle peut présenter des risques importants pour eux ou pour des tiers, doivent comprendre que demain encore plus qu'hier ils sont susceptibles d'être désignés comme responsables en cas de problème grave, et cela peu important la situation réelle à laquelle ils doivent faire face.

  C'est alors que l'inacceptable rejoint l'injuste. C'est alors qu'apparaît, à travers des dénonciations injustifiées, un véritable mépris pour des professionnels qui ne demandent pas mieux que d'offrir le meilleur service possible à leurs concitoyens.



  Sans doute y a-t-il bien longtemps que l'on sait que politique et morale sont deux termes inconciliables. Mais quand mensonges et mépris se conjuguent il n'est plus possible de se taire.



--
1. Le corps de cette jeune fille a été découpé avant d'être dispersé.
2. Si le sujet n'était pas si sérieux la phrase semblerait amusante. Il est en effet suggéré de garder les condamnés en prison, même quand ils ont effectué l'intégralité de leur peine, tant qu'il n'y a pas assez d'agents de probation pour s'occuper de tous !  Autrement dit, vous êtes condamné à 2 années de prison dont 1 année avec sursis, vous faites 365 jours de prison, mais comme vous êtes à nantes et qu'il n'y a pas d'agent de probation pour vous suivre, en attendant que les effectifs augmentent vous faites une 2ème, puis une 3ème, puis une 4ème.... année de prison. 
3. Les services d'exécution des peines comprennent notamment un ou plusieurs juges d'application des peines, ainsi que des agents affectés au service de probation.
4. L'USMA a aussi publié un livre blanc sur l'état de la justice, que vous trouverez ici.
5. D'autres tribunaux ont adopté des motions semblables.
6. A la question qui lui était posée à l'Assemblée nationale le 2 novembre 2010 (lire ici) sur l'insuffisance des effectifs dans les services de probation la ministre de la justice d'alors a répondu : "
Vous estimez le nombre supplémentaire de SPIP insuffisant. Ce n’est pas notre analyse au ministère où plusieurs réunions de travail ont eu lieu sur ce sujet : ce que nous avons prévu semble correspondre aux besoins."......

 

 

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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 15:13

Par Hugo Rialland


  Je vais essayer d'expliquer en quoi consiste le suivi d'un condamné par le juge de l'application des peines, ce fameux suivi dont on dit que la mise en place peut suffire à empêcher les criminels de passer à l'acte.

  Tout d'abord, précision de terminologie, il n'est nulle part dans le code indiqué que le juge, ou le service pénitentiaire suit le condamné. Le code indique que le juge de l'application des peines est chargé de contrôler l'exécution des mesures et des obligations relatives au régime de la mise à l'épreuve pour ce qui concerne cette mesure (art R58 CPP). Pour la libération conditionnelle, également parfois décriée, le juge met en œuvre les mesures de contrôles et les obligations, assisté du service pénitentiaire d'insertion et de probation (art 731 CPP).

  Contrairement à ce que l'on pourrait penser, le juge, ou le conseiller, n'est pas chargé de surveiller les faits et gestes du condamné, de le suivre à la trace. La loi lui donne mission de contrôler l'exécution des obligations de la mise à l'épreuve ou plus largement de la mesure probatoire (libération conditionnelle et autres aménagements). Il faut donc s'interroger sur le contenu d'une mise à l'épreuve.

  Le condamné admis au bénéfice d'une mise à l'épreuve doit satisfaire à un certain nombre d'obligations dites générales, telles que répondre aux convocations de l'autorité judiciaire, prévenir de ses changements d'adresses, d'emploi, demander une autorisation pour s'absenter de chez lui plus de quinze jours ou partir à l'étranger, et fournir les pièces justificatives du respect des obligations. La juridiction peut également y ajouter un certain nombre d'obligations dites particulières, telles que travailler, se soigner, ne pas rencontrer la victime, l'indemniser, ne pas paraître dans un lieu déterminé etc...

  Le principe de l'individualisation de la peine est de mettre en place un certain nombre de contraintes sur les éléments qui sont considérés comme ayant facilité le passage à l'acte (l'inactivité, l'alcoolisation, les troubles psychologiques, les mauvaises fréquentations etc...).

  Le juge de l'application des peines peut ajouter ou retirer tout ou partie de ces obligations en fonction du déroulement de la mise à l'épreuve.

  Le contrôle du respect de ces obligations est mis en œuvre par le service pénitentiaire. Le juge d'application des peines constitue lui, l'autorité de référence à laquelle le service pénitentiaire rend compte tous les semestres à compter de la condamnation du suivi mis en place.

  Ce contrôle consiste, en utilisant les obligations générales, à vérifier le respect des obligations particulières. Le condamné est convoqué à intervalle régulier par son conseiller d'insertion et de probation qui fait le point sur sa situation socio-professionnelle (c'est un conseiller d'insertion disposant de connaissances sur les éléments favorisant la délinquance en général : perte du logement, difficultés conjugales, perte du travail, troubles du comportements...), et sur le respect des obligations (production de fiche de salaire, de justificatifs de suivi médical, de versements d'argent à la victime etc). Des vérifications peuvent être réalisées auprès des employeurs, des victimes.

  Le secret médical ne permet pas en revanche de vérifier le contenu du respect de l'obligation de soins (raison pour laquelle l'injonction de soins et le médecin coordonnateur ont été créés pour certains faits, mais je ne détaille pas ici).


  Lorsque le conseiller constate un manquement aux obligations (non respect d'un rendez vous, non justification du respect d'une obligation), il en informe le juge de l'application des peines qui soit rappelle à l'ordre le condamné, soit si cela ne suffit pas incarcère le condamné pour la durée du sursis ou de la peine restant à subir.

  La fréquence des rendez vous est communément d'environ un rendez vous tous les deux mois. Ces entretiens ne constituent qu'une partie du travail des conseillers d'insertion et de probation qui doivent en plus rédiger les rapports au juge de l'application des peines, et aux autres juridictions, vérifier certaines pièces transmises par les détenus, mettre en œuvre les travaux d'intérêt généraux, les travaux non rémunérés, et bien d'autres tâches qu'un conseiller d'insertion et de probation détaillerait bien mieux.

  La mise à l'épreuve, le suivi, empêche-t-il le crime ? Il le prévient, oui, en mettant en place un certain nombre d'éléments, lorsqu'ils sont prévus par la juridiction de jugement, qui sont de nature à diminuer le risque de récidive (l'emploi, la famille, les soins). Mais il ne fait que le prévenir.

  Nous sommes limités par ce que le délinquant nous donne à voir de sa dangerosité. Soit à travers son acte, soit à travers son comportement lors des entretiens où l'on peut reparler les faits. Certains se présentent alcoolisés, sous tension, d'autres sont au contraire très policés.

  On ne regardera pas de la même manière un condamné à un sursis avec mise à l'épreuve pour menace de mort, et un autre condamné pour non paiement de pension alimentaire.

  Et pourtant lequel est le plus dangereux ? Celui qui menace depuis des années son voisin sous l'effet de l'alcool, ou le père condamné, au termes d'années de procédure familiale et de non représentation d'enfant, pour non paiement de pension alimentaire ? Ce délinquant toxicomane ou ce condamné pour outrage aux forces de l'ordre à l'occasion d'un contrôle de vitesse ?

  Nous sommes aussi limités par le manque de moyens, de personnel d'insertion et de probation, qui fait que les entretiens sont plus courts, parfois même organisés de manière collective, qui fait aussi que les vérifications ne peuvent plus être faites (il est désormais interdit au conseiller de se déplacer au domicile des condamnés, même pour des placements sous surveillance électronique), que les entretiens du conseiller avec les condamnés s'espacent à 3 ou 4 mois, qu'on décide de classer certains dossiers pour se consacrer à d'autres, que le JAP doit lire les rapports en diagonale pour arriver à les voir tous...

  Les ordinateurs seront ils meilleurs que nous ? Peut-on réellement croire que le bracelet électronique sera plus efficace en terme de suivi ?

  Qui sait les défaillances de ce système électronique qui ne capte pas dans la baignoire, qui casse de plus en plus souvent ? Qui sait que la vérification de la présence du condamné se fait par téléphone ? Qui sait le temps qu'il faut pour obtenir le déplacement d'un fonctionnaire (de police ou pénitentiaire) au domicile du placé ?

  Qui sait le temps que prendra la gestion des alarmes de violation par les conseillers d'insertion et de probation et par les juges de l'application des peines, chargé de retirer ces bracelets ?

  Qui devine ce que les juges et les conseillers devront sacrifier pour accomplir ces diligences ?

 

 

 

 

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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 19:49

Par Thierry Verheyde


  En France, les juges des tutelles sont chargés de désigner un tuteur ou un curateur pour les personnes majeures qu'une altération de leurs facultés empêche de pouvoir gérer seules leurs affaires, puis de contrôler ce tuteur ou ce curateur après qu'il a été désigné.

  Les statistiques officielles du ministère de la justice permettent de connaître assez précisément le volume d'activité que cela représente :


- le nombre de dossiers en cours en 2008 était de 698.347 (dernier chiffre publié ; source : les chiffres-clés de la justice 2009)

- le nombre de demandes d'ouverture d'un régime de protection des majeurs était pour la même année de 101.989 (dernier chiffre publié ; source : annuaire statistique de la justice édition 2009-2010)

 

  Combien de juges des tutelles pour traiter cela ? 80 équivalents temps plein (estimation du ministère reprise, par exemple, à la page 30 du rapport n° 3557 fait par le député Emile Blessig rapporteur de la commission des lois de l'Assemblée nationale pour la réforme de la protection des majeurs ayant abouti à la loi du 5 mars 2007).

  Quelques simples divisions aboutissent donc aux résultats suivants :

- 8.730 dossiers en cours + 1.275 demandes nouvelles par an par temps plein de juge des tutelles ;

- soit, sur la base de 220 jours ouvrables par an, environ 40 dossiers en cours et 6 demandes nouvelles à examiner tous les jours par temps plein de juge des tutelles.

  Etant précisé que l'examen d'une demande nouvelle implique notamment l'audition par le juge des tutelles de la personne à protéger, de la personne ayant fait la demande et de celle qui pourrait devenir tuteur ou curateur, ainsi que le recueil et l'exploitation de diverses informations concernant l'état de santé, le patrimoine et les relations sociales et familiales de la personne à protéger.


  La même démonstration pourrait certainement être faite en ce qui concerne les greffiers travaillant dans les services des tutelles ou les greffiers en chefs des tribunaux d'instance, ces derniers étant en outre légalement chargés de contrôler chaque année les comptes de gestion de tutelle que sont tenus d'établir chaque année les tuteurs.



 

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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 16:01

Par Michel Huyette


  Si cette semaine les magistrats de la plupart des tribunaux et cour d'appel de France ont renvoyé l'examen des dossiers audiencés (cf ici, et ici), c'est, notamment, pour faire valoir les conditions déplorables dans lesquelles ils travaillent parfois, et pour expliquer d'où proviennent certains dysfonctionnements (cf. les articles précédents).

  Dans toutes ces juridictions les magistrats et les fonctionnaires (les greffiers) se sont réunis pour débattre de la situation actuelle de l'institution judiciaire, et notamment pour tenter de repérer là où le manque de moyens est le plus criant.

  En voici un exemple.


  Quand un individu est condamné par un tribunal correctionnel à une peine de prison, il ne va pas toujours... en prison. Pendant longtemps la loi a prévu, pour les condamnés à une peine d'une durée égale ou inférieure à 1 an de prison, la possibilité d'un aménagement immédiat. C'est ce que prévoyait l'article 723-15 du code de procédure pénale (cf. ici).  En clair, le juge d'application des peines peut supprimer l'emprisonnement et le remplacer par une semi-liberté, surveillance électronique....

  Ce sont autant d'individus suivis par le juge d'application des peines et par un travailleur social.


  Par le biais d'une loi du 24 novembre 2009 dite "loi pénitentiaire" (texte ici), gouvernement et parlementaires ont décidé de monter à 2 années de prison les peines immédiatement aménageables (cf. art. 723-15 nouveau).

  En conséquence, le nombre de personnes susceptibles de ne pas passer un seul jour en prison et de rester en liberté, et donc devant faire l'objet d'un suivi, a sensiblement augmenté, étant précisé que les peines égales ou inférieures à deux années d'emprisonnement ferme sont très nombreuses (1).

  Oui mais voilà.... il y a un petit problème.

  En effet, pour s'occuper de plus de personnes, il faut plus de travailleurs sociaux. Pensez-vous que le gouvernement et les parlementaires ont, avant la mise en oeuvre de la loi, prévu de recruter des juges d'application des peines et des agents de probation en nombre suffisant ? Et bien non.  Il n'y a eu aucune augmentation en personnel significative (2).

  Il est très important par ailleurs de rappeler, une fois de plus, que les profils des personnes suivies en milieu ouvert sont souvent proches. Il n'existe donc aucun moyen pour les professionnels de faire un tri en étant certains qu'il n'y a parmi les individus non immédiatement suivis faute de moyens aucun récidiviste potentiel. Sauf à leur distribuer une boule de cristal, et de s'assurer qu'elle fonctionne bien.

  Dernière devinette : à votre avis, si un des condamnés des centaines de dossiers impossibles à suivre commet un acte grave, qui le pouvoir désignera-t-il comme responsable et menacera-t-il de sanctions ?  Le juge local, le parlementaire qui a voté une loi en sachant qu'il n'y aurait pas les moyens de l'appliquer, ou le  gouvernement qui a décidé de ne recruter personne ?


  Ceci dit, on notera en passant une autre bizarrerie.

  D'un côté le gouvernement et certains élus de la majorité demandent aux juges d'être de plus en plus sévères, envisagent d'envoyer des citoyens siéger en correctionnelle pour que les peines soient plus élevées, et d'un autre côté les mêmes font évoluer une loi pour qu'un maximum de personnes condamnées à de la prison bénéficient d'une remise en liberté et, ainsi, profitent d'une sanction beaucoup plus douce.

  Allez comprendre....


  Puisque vous êtes là, une dernière info pour la bonne bouche.

  Au cours d'une autre réunion, il a été indiqué à des magistrats qui demandaient l'achat d'un livre de droit spécialisé que le budget tellement réduit ne permettait pas cette acquisition.

  En librairie le livre est vendu 45 euros....


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1. Le pourcentage des peines de prison ferme inférieures ou égales à un an est d'environ 95 % des peines de prison prononcées.
2. Par ailleurs le nombre de psychiatres, et notamment de médecins coordinateurs (chargés de superviser le système de suivi médical au niveau départemental) est très insuffisant. Aujourd'hui, dans certains départements, le système ne fonctionne pas car il n'y a aucun médecin coordinateur. (Cf. le communiqué d'une société de psychiatrie (lire ici)






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Mardi 8 février 2011 2 08 /02 /Fév /2011 08:37

Par Raymond Levy


  Notre amie Shéhérazade vient de rentrer toute excitée de sa première promenade dans Paris. Elle était voilée comme il sied à toute jeune fille honorable, et escortée par notre ami Mustapha, dont tu connais l'allure imposante. Des femmes, intimidées (ou attirées?) par lui, ont parlé à Shéhérazade, qui était avide de connaître les nouvelles du Palais de l'Elysée, résidence du shah de ce pays, Nicolas Premier, qui comme je te l'ai dit dans ma dernière lettre, porte le titre de Sarkozy, hérité d'un seigneur hongrois.

  Le shah serait d'une humeur massacrante et très indisposé contre certains de ses serviteurs, chargés de faire régner l'ordre dans son royaume afin que rien ne vienne altérer l'amour de ses sujets pour leur monarque, et de réprimer sans indulgence toute atteinte à la quiétude du royaume. Or voici qu'un manant se serait permis, après avoir abusé d'elle, de tuer et de découper en plusieurs morceaux une jeune fille près des rivages du royaume, alors que ce sort cruel ne peut normalement être infligé qu'aux ennemis du shah !

  Cette insolence a mis le monarque dans une colère épouvantable. Il était déjà de fort mauvaise humeur, après avoir appris qu'une dame de son souverain sérail avait à deux reprises utilisé le tapis volant d'un ami du bey de Tunis, alors que le royaume de France fabrique des tapis volants fort réputés (les tapis monoplaces sont plus difficiles à vendre que les tapis volants de larges dimensions, utilisés pour les groupes de pèlerins), et n'est pas près d'oublier ce comportement «à la frange».

  Il a été furieux d'apprendre que le manant avait auparavant été condamné pour outrage à ses serviteurs, chargés de la férocité souveraine, qu'on appelle des «magistrats» ou des «juges de l'application des peines», et que ses représentants avaient manqué de déférence envers le saint nom du shah en tolérant que ce fait ne soit pas suivi d'une surveillance étroite de son auteur, qualifié de «présumé coupable», terme de mépris intense inventé par le souverain.


  Il a donc décidé de punir cet irrespect, en organisant jeudi prochain une cérémonie de la Parole Souveraine, à l'occasion de laquelle il fera couper quelques têtes pour réjouir ses partisans, et recevra l'hommage des porteurs d'encens, qu'on appelle dans ce pays «journalistes» ou «directeurs de l'information». Cette cérémonie est très formelle, car personne n'écoute réellement la parole du souverain. Le shah a donc souhaité l'égayer par la mise en vente, sur le marché aux esclaves, de quelques uns des «magistrats» dont il est le plus mécontent. Ce marché aux esclaves, qu'on appelle «Soldes de printemps», connaît un engouement extraordinaire! Organisé par la D.S.J. (Direction des Servitudes Judiciaires), il a lieu sur la Place Vendôme, ou sur le Quai Branly.

  Les magistrats, serviteurs du shah chargés de décider des punitions de ses ennemis, revêtus de robes noires ou rouges, n'ont pas une grande valeur marchande, car on leur croit un caractère un peu difficile et «indépendant», un mot que personne n'a su me traduire en Persan. On achète avec plus de confiance ceux à qui le shah avait accordé des fourrures blanches, car on y voit un signe rassurant de docilité. Shéhérazade est toute excitée à la perspective d'assister à une vente d'esclaves, qui devient de plus en plus rare en Perse, car nos gouvernants préfèrent pendre ou lapider les personnes condamnée, que de leur infliger l'humiliation de la servitude.

  C'est à de tels signes que l'on reconnaît la supériorité de la civilisation Perse, sur celle des pays européens !

 

 

 

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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 09:38

Par Raymond Levy


  Mon cher Mahmoud,

  La Justice est vraiment rendue de façon bizarre au pays de France, surtout quand elle s'exerce sur de grands seigneurs. Le shah de ce pays, Nicolas Premier, qui porte le titre de Sarkozy, n'a pas bien compris que les Français lui ont accordé cinq années de mise à l'épreuve en 2007, mise à l'épreuve qui prend fin en mai 2012.

  Il peut en obtenir le renouvellement pour une nouvelle période de cinq ans, ou bienvoir cette mise à l'épreuve révoquée. Les formalités sont assez lourdes, puisque la décision doit être prise par des jurés recrutés au niveau national pour statuer sur son cas. La décision défavorable peut intervenir au terme d'un seul scrutin, si les jurés n'arrivent pas à s'accorder, un second scrutin sera nécessaire.

  La difficulté vient de ce que, par manque de moyens, personne n'a vraiment été chargé de suivre son dossier : aucun juge de l'application des peines, aucun conseiller d'insertion et de probation.....Carence bien regrettable ! Le risque existe que, par suite de ce manque de moyens matériels et humains, sa mise à l'épreuve soit renouvelée bien qu'ayant été émaillée d'incidents non sanctionnés, tels des outrages à magistrats réitérés.

  S'il commet de nouveaux incidents au cours de son deuxième sursis, le sujet peut céder à des tendances perverses, qui l'amèneraient à commettre des passages à l'acte à l'encontre de ceux-là même qui lui auront permis d'obtenir une deuxième période probatoire, dont il faudra attendre le terme pour qu'il soit contraint de subir la peine prévue, à savoir l'expulsion de sa résidence présidentielle, d'ailleurs malcommode car située dans un quartier assez passant de Paris, on ce comprend dès lors pas très bien pourquoi cette résidence est assez convoitée.

  Le plus curieux : Ce n'est qu'après avoir été détronés et chassés de cette résidence, que les ex-rois de ce pays sont parqués dans une résidence appelée Palais Royal, pour contrôler les lois de leurs successeurs, ce qui me semble une peine d'une cruauté assez raffinée, dont nous n'aurions pas l'idée en Perse.

  J'aurai sûrement l'occasion de te conter d'autres bizarreries du royaume des Français.

  Je dois t'avouer que je suis assez déconcerté.

  Mais vraiment, comment peut-on être Français?




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Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 15:32

Par Michel Huyette


  En complément du précédent article (voir ci-dessous ou ici), il semble opportun d'ajouter quelques brèves réflexions autour de la récidive, ceci pour dissiper un malentendu permanent.

  Reprenons comme point de départ la phrase du président de la République : "Quand on laisse sortir de prison un individu comme le présumé coupable sans s'assurer qu'il sera suivi par un conseiller d'insertion, c'est une faute. Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute seront sanctionnés, c'est la règle".

  Cette phrase contient à elle seule une triple manipulation.

  1. Dans la réalité, on laisse sortir de prison des individus soit quand ils ont effectué toutes les sanctions prononcées, soit parce qu'ils bénéficient d'une libération conditionnelle. L'individu qui pourrait avoir tué la jeune fille à Pornic, selon les medias non contredits par le gouvernement jusqu'à présent, aurait effectué intégralement les peines de prison qui lui ont été infligées (avec les éventuelles remises de peine prévues par la loi).

  Affirmer dès lors qu'il ne fallait pas "le laisser sortir" sans vérifier ce qui allait se passer ensuite est absurde, car cela ressemble à une invitation faite aux juges (et aux directeurs de prison) de garder dans les murs des personnes au-delà des peines prononcées et effectuées. Bref ce serait remettre à l'ordre du jour la détention illégale et l'emprisonnement arbitraire.

  2. Conditionner la sortie de prison d'un condamné à la possibilité de le suivre revient, de la même façon, à inciter les professionnels de la justice à garder enfermés des individus qui doivent sortir chaque fois qu'il est constaté que les services de probation manquent de personnel et ne pourront pas le suivre ni immédiatement ni efficacement. Dans une telle configuration la durée de la détention illégale dépendrait donc de la volonté du gouvernement de recruter - ou non - des agents de probation en nombre suffisant.

  On se rappelle qu'au tribunal de Nantes il manque de nombreux agents de probation et il y a près de 900 dossiers non affectés à cause du manque cruel de personnel.

  3. Surtout, et c'est ce qui nous retiendra aujourd'hui, cela incite les français à penser que le suivi d'un individu par un juge d'application des peines et un agent de probation est une garantie absolue d'une absence de récidive. Mais la réalité est toute autre.

  Un suivi, c'est au minimum des rencontres avec un agent de probation. Selon les cas, celles-ci seront plus ou moins fréquentes, mais elles peuvent souvent être espacées de plusieurs semaines.

  Il en va de même d'un suivi médical. Quelle que soit le besoin thérapeutique, l'intéressé ne rencontre le soignant que de temps en temps, en fonction de ce que le professionnel estime utile.

  Cela signifie, et c'est ce que les français doivent savoir, que dans tous les dossiers, et quels que soient le parcours et la personnalité de l'individu suivi, le contrôle ne ressemblera jamais au travail d'un garde du corps qui reste jour et nuit à proximité de la personne protégée.

  En plus, il faut avoir en tête que quelle que soit la méthode de travail du juge de l'application des peines et de l'agent de probation, rien, absolument rien, ne peut empêcher l'individu suivi, entre deux rendez-vous, d'adopter un comportement agressif envers un tiers. Même l'homme qui sort de chez le médecin qui le suit dans le cadre d'une obligation de soins après une agression sexuelle, et qui semble aller plutôt bien peut, le soir du même jour, si des circonstances particulières et imprévues apparaissent, avoir un comportement que rien ne laissait envisager.

  En clair, même si le dossier de l'agresseur de la jeune femme avait été pris en charge par un agent de probation, et même s'il avait rencontré un professionnel une fois par mois, il n'est pas certain que cette intervention l'aurait empêché de commettre une nouvelle agression.

  C'est pourquoi affirmer au seul motif qu'un individu déjà condamné a commis une nouvelle agression qu'il y a eu des fautes de la part des professionnels est un non sens. Ou alors il serait utile que ceux qui crient à la faute nous expliquent comment, s'ils étaient agent de probation, il s'y prendraient pour faire obstacle à tout comportement inacceptable de tous ceux dont ils assurent le suivi.

  N'oublions pas non plus qu'à toutes les époques, même celles pendant lesquelles la répression contre les délinquants était la plus sévère voire la plus barbare (pilori, torture, galères, pendaison, bagne, guillotine..), jamais aucune forme de sanction n'a empêché la commission de crimes, et une certaine récidive. S'il existait un moyen d'empêcher définitivement les êtres humains d'avoir des comportements aberrants, cela se saurait sans doute depuis longtemps.


  Attention, comprenons nous bien. Evidemment, des erreurs (maladresse que pourraient commettre de nombreux autres professionnels placés dans une situation identique) ou des fautes (manquement propre à son auteur et qui pourrait être aisément évité) sont parfois commises. Il faudrait beaucoup d'aplomb et d'hypocrisie pour prétendre le contraire. Mais encore faut-il que soit faite la démonstration de la défaillance.


  Un dernier mot.

  Ce qui est grave finalement dans ce qui vient de se passer, et qui a fait réagir la collectivité judiciaire, ce n'est pas principalement le sens de l'attaque du président de la République contre les magistrats. S'il ne s'agissait que de cela, il n'y aurait pas de quoi en faire toute une histoire. Il y en a eu d'autres, et il y en aura d'autres. Souvent l'indifférence est plus de mise quand ce qui se joue est insignifiant.

  Ce qui est inquiétant, c'est l'ampleur de la manipulation de l'opinion publique avec au centre de la stratégie cette volonté si forte de masquer les carences étatiques, notamment en termes de choix budgétaires, et de transférer la responsabilité de toutes les lacunes sur les professionnels des services publics même quand ils sont délibérément privés des moyens de faire correctement leur travail et font au maximum de leurs capacités.

  Il devient de plus en plus difficile, aujourd'hui, de travailler au service de ses concitoyens.

 

 

 

 

 

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Vendredi 28 janvier 2011 5 28 /01 /Jan /2011 17:07

Par Michel Huyette


  L'une des revendications des couples homosexuels est le droit de se marier, dans le même cadre juridique que les couples hétérosexuels. Leur combat est notamment judiciaire, et les plus hautes instances françaises et européennes ont été successivement saisies.

  Rappelons brièvement les termes du débat juridique.

  Même si cela n'est pas écrit exactement en ces termes dans le code civil, le mariage est manifestement, dans notre loi, l'union d'un homme et d'une femme. L'article 144 (texte ici) mentionne que "L'homme et la femme ne peuvent contracter mariage avant 18 ans". Il est aussi écrit  au dernier aminéa de l'article 75 (texte ici) que le jour de la cérémonie l'officier d'Etat civil reçoit la déclaration des personnes concernées "qu'elles veulent se prendre pour mari et femme". De la même façon, l'article 163 (texte ici) interdit le mariage "entre l'oncle et la nièce, la tante et le neveu". A l'inverse l'article 515-1 (texte ici) relatif au PACS précise que c'est un contrat conclu "par deux personnes physiques majeures de sexe différent ou de même sexe".

  C'est donc conformément au droit que la cour de cassation a jugé que "selon la loi française, le mariage est l'union d'un homme et d'une femme" (décision du 13 mars 2007, lire ici).

  Se trouvant devant une impasse au niveau national, les couples homosexuels ont d'abord tenté d'obtenir gain de cause auprès de la cour européenne des droits de l'homme.

  Dans une décision du 24 juin 2010 (décision ici, en anglais) (1), la CEDH, constatant l'absence de consensus entre les différents Etats européens, soulignant les connotations sociales et culturelles qui sous tendent tout débat autour du mariage,  a refusé de considérer qu'en interdisant le mariage entre deux personnes du même sexe un Etat viole un droit reconnu par la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

  Ne baissant pas les bras, les intéressés ont utilisé une autre méthode : la QPC (question prioritaire de constitutionnalité, cf ici  et cf. ici). C'est la nouvelle procédure qui permet à un justiciable français, à qui on oppose une loi française, de demander la saisine du conseil constitutionnel afin que celui-ci dise si cette règle est ou non conforme à notre constitution.

  C'est la cour de cassation qui a accepté de transmettre au conseil constitutionnel une QPC demandée par deux femmes qui avaient comme projet de se marier. Dans un arrêt du 16 novembre 2010 (décision ici) elle a écrit  que lui sont posées deux questions qui  "font aujourd'hui l'objet d'un large débat dans la société, en raison, notamment, de l'évolution des moeurs et de la reconnaissance du mariage entre personnes de même sexe dans les législations de plusieurs pays étrangers", à savoir : "Les articles 144 et 75, dernier alinéa, du code civil sont-ils contraires, dans leur application, au préambule de la Constitution de 1946 et de 1958 en ce qu'ils limitent la liberté individuelle d'un citoyen français de contracter mariage avec une personne du même sexe ?" et "Les articles 144 et 75 du code civil sont-ils contraires, dans leur application, aux dispositions de l'article 66 de la Constitution de 1958 en ce qu'ils interdisent au juge judiciaire d'autoriser de contracter mariage entre personnes du même sexe".

  Dans sa décision du 28 janvier 2011 (décision ici), le conseil constitutionnel, à son tour, oppose une fin de non recevoir. Il retient que :

  "(..) aux termes de l'article 34 de la Constitution, la loi fixe les règles concernant « l'état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et libéralités » ; qu'il est à tout moment loisible au législateur, statuant dans le domaine de sa compétence, d'adopter des dispositions nouvelles dont il lui appartient d'apprécier l'opportunité et de modifier des textes antérieurs ou d'abroger ceux-ci en leur substituant, le cas échéant, d'autres dispositions, dès lors que, dans l'exercice de ce pouvoir, il ne prive pas de garanties légales des exigences de caractère constitutionnel ; que l'article 61-1 de la Constitution, à l'instar de l'article 61, ne confère pas au Conseil constitutionnel un pouvoir général d'appréciation et de décision de même nature que celui du Parlement ; que cet article lui donne seulement compétence pour se prononcer sur la conformité d'une disposition législative aux droits et libertés que la Constitution garantit",

  "l'article 66 de la Constitution prohibe la détention arbitraire et confie à l'autorité judiciaire, dans les conditions prévues par la loi, la protection de la liberté individuelle ; que la liberté du mariage, composante de la liberté personnelle, résulte des articles 2 et 4 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 ; que les dispositions contestées n'affectent pas la liberté individuelle ; que, dès lors, le grief tiré de la violation de l'article 66 de la Constitution est inopérant",

  "la liberté du mariage ne restreint pas la compétence que le législateur tient de l'article 34 de la Constitution pour fixer les conditions du mariage dès lors que, dans l'exercice de cette compétence, il ne prive pas de garanties légales des exigences de caractère constitutionnel",

  "le droit de mener une vie familiale normale résulte du dixième alinéa du Préambule de la Constitution de 1946 qui dispose : « La Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement » ; que le dernier alinéa de l'article 75 et l'article 144 du code civil ne font pas obstacle à la liberté des couples de même sexe de vivre en concubinage dans les conditions définies par l'article 515-8 de ce code ou de bénéficier du cadre juridique du pacte civil de solidarité régi par ses articles 515-1 et suivants ; que le droit de mener une vie familiale normale n'implique pas le droit de se marier pour les couples de même sexe ; que, par suite, les dispositions critiquées ne portent pas atteinte au droit de mener une vie familiale normale",

  "l'article 6 de la Déclaration de 1789 dispose que la loi « doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse » ; que le principe d'égalité ne s'oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'il déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un et l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la loi qui l'établit ; qu'en maintenant le principe selon lequel le mariage est l'union d'un homme et d'une femme, le législateur a, dans l'exercice de la compétence que lui attribue l'article 34 de la Constitution, estimé que la différence de situation entre les couples de même sexe et les couples composés d'un homme et d'une femme peut justifier une différence de traitement quant aux règles du droit de la famille ; qu'il n'appartient pas au Conseil constitutionnel de substituer son appréciation à celle du législateur sur la prise en compte, en cette matière, de cette différence de situation ; que, par suite, le grief tiré de la violation de l'article 6 de la Déclaration de 1789 doit être écarté".

  Traduction : la loi française actuelle n'est pas contraire à la constitution, des règles différentes peuvent être appliquées à des situations différentes, mais au final il appartient pour l'avenir au législateur (gouvernement et Parlement) de dire si une différence de régime, en ce qui concerne le mariage, doit être maintenue en fonction du sexe de ceux qui veulent s'unir dans ce cadre juridique.



  Cette décision doit être approuvée, mais pas pour des raisons de fond.

  Il est certain que lors de sa rédaction et de son adoption en 1958, les auteurs de la constitution (texte ici) n'avaient pas en tête le mariage de personnes du même sexe. Cette question, à l'époque, n'aurait probablement jamais été posée ou, si elle l'avait été, aurait entraîné au sein de la population et des élus des réactions très majoritairement opposées si ce n'est offusquées.

  Surtout, la question du mariage entre personnes du même sexe n'est pas une question juridique. Autour d'une telle problématique, le droit ne peut servir qu'à formaliser des choix qui sont des choix de société, qui intéressent chacun d'entre nous, et qui ont des composantes humaine, psychologique, sociologique.

  La réflexion sur un tel sujet ne doit pas commencer par l'examen critique du cadre juridique, mais par une interrogation sur ce qu'est, aujourd'hui, le mariage, dans toutes ses composantes. Seule la réponse à cette question peut aider à résoudre la seconde qui concerne la mariage de personnes du même sexe.

  Par ailleurs, il faut prendre le temps de mesurer et de comprendre où en est l'évolution des mentalités dans notre pays, afin qu'une éventuelle évolution du cadre juridique n'intervienne ni trop tôt et trop brutalement, ni trop tard au détriment des intéressés. On sait, par exemple, qu'il y a quelques dizaines d'années toute forme de lien officiel entre des personnes du même sexe était considérée par de nombreux français comme une monstruosité et la première étape d'un cheminement qui allait permettre à des homosexuels, vus comme déviants, de former un couple reconnu et, pire, d'élever des enfants. Aujourd'hui le PACS est entré dans les moeurs, concerne beaucoup plus les hétérosexuels que les homosexuels (lire ici) (2), et plus personne n'y fait attention.


  Ce n'est donc pas à onze personnes (liste ici), quelle que soit leur domaine de compétence, de prendre parti, dans un sens ou un autre, sur un fait de société sur lequel elles n'ont aucune légitimité pour se prononcer, même en se réfugiant éventuellement derrière l'analyse de la constitution.

  Il en va de même de tous les juges.


  Il est essentiel dans un pays démocratique que les choix essentiels de société soient des choix du peuple, soit directement sous forme de référendum quand cela est possible,  soit, plus ordinairement, par le biais de ses représentants que sont les députés, avec l'intervention des sénateurs.

  C'est bien pourquoi, que l'on soit pour ou contre le mariage homosexuel, il faut se féliciter des décisions de la CEDH et du conseil constitutionnel.

  Même si, c'est vrai, elles ne font pas avancer le problème d'un pouce....

--
1 Cette décision n'existe pas en version française. Une analyse intéressante se trouve sur le site du CREDOF. cf ici.
2 S'ils étaient 25 % des "pacsés" en 2000, les homosexuels n'étaient plus que 7 % en 2006.

 

 

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Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 16:27

Par Michel Huyette


  Un nouvel épisode vient d'avoir lieu dans le débat ouvert autour de la (non) motivation des décisions de la cour d'assises (1).

  Bref rappel des épisodes précédents : En France la cour d'assises est à peu près la seule juridiction pénale qui ne motive pas ses décisions puisque seules des réponse par "oui" ou "non" sont apportées à des questions telles que "X a-t-il commis telle infraction ?". Mais la cour européenne des droits de l'homme (CEDH) a sanctionné le système identique belge dans un très célèbre arrêt Taxquet (cf. ici).

  Mettant en avant cet arrêt Taxquet, de nombreux français condamnés par une cour d'assises ont fait valoir devant la cour de cassation l'irrégularité de la procédure française, espérant obtenir ainsi l'annulation de leur condamnation. A chaque fois la cour de cassation a opposé un refus avec la même motivation :

  "(..) sont reprises dans l'arrêt de condamnation les réponses qu'en leur intime conviction, magistrats et jurés composant la cour d'assises d'appel, statuant dans la continuité des débats, à vote secret et à la majorité qualifiée des deux tiers, ont donné aux questions sur la culpabilité, les unes, principales, posées conformément au dispositif de la décision de renvoi, les autres, subsidiaires, soumises à la discussion des parties" (..) "en cet état, et dès lors qu'ont été assurés l'information préalable sur les charges fondant la mise en accusation, le libre exercice des droits de la défense ainsi que le caractère public et contradictoire des débats, il a été satisfait aux exigences légales et conventionnelles invoquées" (cf. par ex. ici).


  N'obtenant pas gain de cause sous cet angle là, les condamnés ont essayé une autre méthode, la QPC (cf. ici), afin que la question de la conformité de notre droit aux principes constitutionnels français soit posée au conseil constitutionnel.

  Dans un premier temps, et notamment dans un arrêt de mai 2010 (lire ici), la cour de cassation a de nouveau refusé de faire droit à la demande, en ces termes :

  "attendu qu'aux termes de l'article 61-1 de la Constitution, la question dont peut être saisi le Conseil constitutionnel est seulement celle qui invoque l'atteinte portée par une disposition législative aux droits et libertés que la Constitution garantit ; que la question posée tend, en réalité, à contester non la constitutionnalité des dispositions qu'elle vise, mais l'interprétation qu'en a donnée la Cour de cassation au regard du caractère spécifique de la motivation des arrêts des cours d'assises statuant sur l'action publique ; que, comme telle, elle ne satisfait pas aux exigences du texte précité."

  Cela était troublant. En effet, ce sont directement les textes, notamment les articles 348 et suivants (lire ici) du code de procédure pénale qui semblent bien exclure toute motivation classique, cela d'autant plus qu'une motivation classique apparaît peu compatible avec le principe de l'intime conviction de l'article 353 (texte ici).


  En tous cas, la cour de cassation vient de changer de position. Dans un arrêt en date du 19 janvier 2011 (décision ici), la chambre criminelle décide de soumettre au conseil constitutionnel une QPC concernant les articles 349, 350, 353 et 357 du code de procédure pénale. Autrement dit la problématique de la motivation des arrêts criminels.

  Nous aurons la réponse du conseil constitutionnel dans quelques semaines.

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1.
cf. les autres articles dans la rubrique "cour d'assises"

 

 

 

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