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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /Jan /2010 13:26
Par Michel Huyette



   Alors que nous nous désolons du matin au soir devant les images en provenance de Haïti, devant le spectacle de ces gens qui n'avaient quasiment rien et qui maintenant n'ont vraiment plus rien, enfin une bonne nouvelle pour nous remonter le moral.

   Selon les journaux Le Point et Le Monde du 19 janvier 2010 le nouveau PDG d'EDF, ancien dirigeant de Veolia, pourrait cumuler une rémunération comme  membre maintenu du conseil d'administration de la cette dernière, plus une autre comme patron d'EDF. Il devrait recevoir chaque année au total environ 2 millions d'euros.


   Passons rapidement sur le fait qu'il s'agit d'une somme qui ne correspond plus en rien aux besoins même les plus largement entendus d'un individu et de sa famille.


   Ce qui interroge, c'est le support intellectuel d'une telle rémunération, autrement dit, ce qui est susceptible de la justifier. Plusieurs arguments sont souvent avancés.



* Le niveau d'étude


   C'est l'élément majeur pour justifier des rémunérations élevées. Mais cet argument atteint vite ses limites.


   D'abord parce que faire des études est pour beaucoup de jeunes gens issus de milieux favorisés une période sans difficulté majeure. Pas de besoin de travailler par ailleurs pour se les payer, logement autonome et vie indépendante, études et loisirs avantageusement mêlés etc.. Il est un peu hâtif d'affirmer que le diplôme a été forcément obtenu au terme d'une scolarité rude et éprouvante. Le salaire n'est donc pas toujours la contrepartie d'année d'efforts acharnés, loin s'en faut.


   Ensuite parce que nombreux sont ceux qui ont effectué des études pendant une même durée (bac + 6 à 8) et qui gagnent infiniment moins (médecins, architectes, ingénieurs, avocats etc...). Il faut donc chercher ailleurs.



* La nature du travail


   On nous décrit souvent les chefs d'entreprise comme les pilotes d'un grand navire. Mais ce qui fait avancer un navire, ce n'est pas tant celui qui donne l'ordre du départ ni qui fixe le cap. Ce sont les machinistes et les hommes d'équipage. D'autant plus que c'est une vue de l'esprit, destinée à justifier les rémunérations, que de considérer que le chef d'entreprise est un homme seul, qui réfléchit dans le secret de son bureau, et qui définit unilatéralement la stratégie de l'entreprise. Nombreux sont ceux qui le secondent et lui prémachent le travail.


    Par ailleurs, aucune étude réalisée par des scientifiques ou des psychologues n'a encore démontré à ce jour que les chefs des grandes entreprises sont plus que les autres salariés victimes de stress ou tentés par le suicide, qu'ils attrapent des maladies professionnelles ou subissent des accidents du travail, qu'ils interrompent prématurément leur carrière à cause d'ennuis de santé en lien avec leur activité. Au demeurant, on est souvent ravis et rassurés de les voir revenir en pleine forme et bronzés au retour des congés d'été passés dans des pays exotiques, ou sur leur yacht... quand il n'est pas prêté à un haut personnage de l'Etat.



* La précarité de l'emploi


   S'il est vrai que ces "grands patrons" n'ont pas la garantie de leur emploi, beaucoup sont ceux qui aimeraient bien d'une précarité comme la leur, puisque les medias s'en sont fait souvent l'écho, s'ils effectuent un travail de qualité ils repartent avec bonus, stock options et avantages retraites, toujours en centaines de milliers ou millions d'euros, et s'ils échouent.... c'est à peu près pareil.
Cela souvent grâce à des clauses contractuelles négociées à leur arrivée avec les membres d'un conseil d'administration composé de... grands patrons qui peuvent espérer un juste retour de l'ascenceur.

  Les commerciaux à qui on donne parfois des objectifs très difficiles à atteindre, qui s'épuisent à la tâche, puis qui sont licenciés sans indemnité pour insuffisance de résultats, échangeraient sans doute volontiers leur place contre la leur.



* Les résultats de l'entreprise

  Outre le constat qu'avec des résultats bon ou mauvais ces grands patrons perçoivent la même quantité d'argent, y compris quand ils sont remerciés , il est ici aussi plus que hâtif de mettre à leur seul crédit les résultats de l'entreprise qu'ils dirigent. Par exemple, quand les modèles de voiture se vendent bien, c'est d'abord et avant tout parce que les bureaux d'étude, les designers, les ingénieurs, les monteurs ont fait un excellent travail et réalisé ensemble des produits de qualité.

  Dès plus, le fait que même ceux qui se trompent de stratégie et qui en conséquence sont à l'origine de plans sociaux qui auraient pu être évités reçoivent malgré tout les mêmes sommes, interdit de faire de leur réussite la raison d'être de leur rémunération.


  Décidément, on peine à trouver un support théorique convaincant de rémunérations à ce point démesurées.

   Mais alors, qu'est-ce qui peut bien expliquer de tels salaires ?


   Présente sur un plateau de télévision voici quelques mois, l'actuelle président du Medef a été interrogée sur le fait que le montant de certains versements puisse troubler. Offusquée par une telle interrogation, elle a eu cette seule et simple réponse : "Mais ce sont des gens qui ont plein de qualités".


   Cela est sans doute vrai, au moins pour certains d'entre eux. Mais si ce sont leurs qualités qui justifient le niveau de salaire, cela impose de considérer à l'envers que ceux qui perçoivent beaucoup moins en ont très peu de ces qualités. Autrement dit que la majorité des salariés de la même entreprise sont des gens d'une grande médiocrité puisqu'ils ne méritent pas une rémunération plus élevée. Il y a donc dans ces sociétés une minuscule poignée de gens intelligents et utiles, et des hordes de benêts.



   Allons, ne tournons pas plus longtemps autour du pot. Jamais personne ne trouvera un seul argument pour justifier que des salaires aussi démesurément excessifs soient versés à des gens qui font seulement leur travail, comme tous les autres.

  Tout ceci n'est que le choix d'un groupe qui a décidé de privilégier ses intérêts, qui s'auto-régule et décide lui-même de l'ampleur de ses privilèges, et qui sur cette route ne rencontre aucun obstacle.

  Ce n'est que la survivance, sur le modèle moyenâgeux, d'une caste qui vit dans un espace clos, hermétique à ce qui se passe en dehors de son cercle, et qui n'a ni regard ni considération envers ceux de l'autre monde, celui des gens ordinaires, dont ils ne font définitivement pas partie.

  La survie de ce groupe passe nécessairement - sinon la morale ferait imploser les consciences - par la conviction et l'affirmation qu'eux seuls méritent d'avoir plus que tout ce dont ils peuvent rêver, et qu'il n'y a absolument rien de dérangeant à ce qu'en même temps des milliers de leurs concitoyens vivotent en comptant chaque euro.


  Finalement, ce ne sont pas tant les rémunérations qui ont atteint des sommets.

  C'est l'indifférence des uns envers les autres.








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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /Jan /2010 10:06
Par Michel Huyette


  J'ai longtemps hésité.

  Ce blog a été intialement conçu, et reste aujourd'hui encore, un espace de paroles pour tous les magistrats qui souhaitent échanger avec leurs concitoyens. C'est pourquoi les articles mis en ligne concernent la justice, au sens le plus large du terme.

  Mais voilà, il y a aussi tous les autres sujets sur lesquels on a parfois envie de s'exprimer parce qu'ils nous mobilisent, parce qu'ils nous tiennent à coeur, parce qu'ils nous passionnent ou nous révoltent. Et quand un espace d'expression est disponible, il est difficile de résiter à la tentation.

  Je n'ai pas résisté.

  C'est pourquoi vous avez pu lire dernièrement quelques articles ne concernant pas la justice.

  Pour ne pas les mélanger avec les autres, j'ai créé une rubrique intitulée    "Défouloir".

  Ainsi vous pourrez plus aisément repérer ces articles en marge, et les éviter si vous préférez porter votre attention uniquement sur ceux qui restent dans le périmètre de la justice.

  En tous cas cela fait parfois du bien de vider un peu son sac quand il est trop plein.

  Alors même si ce genre d'article n'apporte pas forcément grand chose de neuf au débat, c'est toujours ça de pris....






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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /Jan /2010 17:02
Par Michel Huyette


  Mois après mois cela se confirme. La politique ce n'est plus faire, c'est faire croire, c'est faire semblant. En voici une nouvelle illustration.


  Depuis quelques semaines un débat agite le monde des hautes écoles, à propos de l'éventuelle instauration, à l'entrée, d'un quota  minimal d'étudiants boursiers en provenance de milieux "défavorisés". On applaudit d'un côté, on tousse de l'autre, mais il ne s'agit là que de la surface des choses.

  Comme le rappelle utilement le directeur de l'une de ces écoles dans Le Monde paru aujourd'hui (18.01.2010), le clivage entre les élèves qui réussissent plutôt aisément et ceux qui restent au bord de la route apparaît beaucoup plus tôt, dès les premières années de scolarité. Il souligne que :

  - "au début du CP, l'avantage des enfants de milieux favorisés est particulièrement net pour la pré-lecture, la reconnaissance des lettres, la maîtrise des concepts liés au temps"

  - "Il existe une corrélation très forte entre les résultats à l'évaluation en 6e et les résultats à l'évaluation en CE2, avec un avantage marqué aux enfants des catégories professionnelles intellectuelles et supérieures"

  - "Près de 80 % des élèves de classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) étaient dans le quart supérieur à l'évaluation en 6e ; les jeux semblant ainsi quasiment faits dès l'entrée au collège. Cette proportion va peut-être évoluer avec le quota désormais atteint de 30 % de boursiers dans les CPGE".

  Et il ajoute assez logiquement que "les grandes écoles (et les formations universitaires de master), en bout de chaîne, puisant dans les viviers qui leur sont préparés en amont, c'est vers l'amont qu'il faut porter le regard pour essayer d'expliquer (en grande partie) cet élitisme du haut enseignement supérieur" (..) Ce qui est posé a priori comme un problème à résoudre par ou après les classes préparatoires devient un problème posé dès le cours préparatoire".


  Tout le monde le sait, et depuis la nuit des temps, tellement d'études et rapports en tous genres  ont été publiés sur la question. Oui, l'échec scolaire est souvent précoce, et il est beaucoup plus important chez les enfants issus de milieux modestes ou défavorisés que pour les enfants de cadres et qui vivent dans un environnement aisé.

  Il est donc inutile de s'apesantir une fois de plus sur les données d'une problématique parfaitement connue.

  Par contre, je voudrais m'arrêter sur trois aspects moins debattus.


  * La première question qui se pose est : Pourquoi cette différence selon l'origine sociale des élèves ? Faisons simple.

  Les enfants des milieux défavorisés, de même que leurs parents, sont-ils génétiquement différents des membres des familles aisées ? Le support scientifique d'une réponse affirmative pourrait sembler un peu faible.

  Mais si tel n'est pas le cas, cela signifie qu'il faut chercher ailleurs les origines des retards d'apprentissage, et,  forcément, dans des phénomènes sur lesquels il est par hypothèse possible d'avoir une influence favorable si les individus ne sont pas inéluctablement programmés  dès la naissance pour échouer (1).

  Il est habituellement mentionné, entre autres raisons, les faibles ressources financières, la taille des logements et notamment la présence de plusieurs enfants dans la même chambre, l'absence des parents aux heures des devoirs et l'absence de tiers pour les substituer, un moindre accès à la culture, un environnement géographique et social peu encourageant..


  * S'il existe des phénomènes qui rendent plus difficiles les apprentissages, la deuxième question concerne les moyens d'y remédier.

  Quand un élève se manifeste par d'importantes difficultés d'apprentissage, il est a priori toujours possible de lui apporter un soutien personnalisé, de grande ampleur si nécessaire. C'est uniquement une question de volonté politique et d'orientation des moyens financiers. J'avais déjà indiqué qu'il serait aisément possible, par exemple, de proposer aux dizaines de milliers d'étudiants, moyennant une petite indemnité, de donner des cours de soutien à domicile aux enfants en ayant le plus besoin, et ceci dès les plus petites classes. On a vu également dans un reportage télévisé récent combien le soutien de retraités peut apporter aux enfants en difficulté une aide scolaire efficace dans un environnement particulièrement affectueux.


  * Nous arrivons enfin à la troisième question, la plus redoutable de toutes : Si l'échec scolaire n'est pas inéluctable, et s'il est possible de concevoir des réponse adaptées et efficaces, pourquoi rien de véritablement utile n'est-il fait depuis des décennies malgré les discours politiques successifs ? Les réponses sont sans doute multiples.

  D'abord, est-il bien certain que chacun d'entre nous ressente une réelle envie qu'une aide, forcément coûteuse, soit apportée aux enfants et plus largement aux familles "des banlieues", alors que ces banlieues  à la réputation parfois sulfureuse sont remplies de gens par forcément très français,  parfois adeptes d'une religion de terroristes, qui sont plus ou moins des délinquants potentiels, et qui en plus, outrage suprême comme vient de le souligner une ministre, osent mettre leur casquette à l'envers ? Bref, se sent-on spontanément solidaire avec toutes ces crapules réelles ou potentielles ?

  Ensuite, soutenir tous les enfants en grande difficulté scolaire pour les amener à un haut niveau d'études pourrait nous poser de redoutables problèmes à moyen ou long terme. Car quand même, quand tous les enfants des banlieues seront aussi intelligents que les nôtres, qui nettoirera nos rues et nos bureaux, qui creusera les tranchées et manipulera le marteau-piqueur, qui portera les palettes dans nos entrepôts, qui videra nos poubelles, qui vissera toute la journée des pneus sur nos voitures etc....

  Et puis quand même, si le niveau général d'études monte sensiblement, à richesse égale on risque de nous demander de partager un peu de nos salaires. Mon dieu, quelle horreur.


  Alors finalement le gouvernement a peut-être raison. Le plus raisonnable est sans doute de constater le problème, de prétendre haut et fort que c'est vraiment pas juste, de promettre la main sur le coeur que l'on s'en occupe, histoire de se déculpabiliser, mais ensuite de ne rien faire qui puisse modifier  fondamentalement les bases d'une société définitivement inégalitaire qui au fond nous arrange bien.

  On s'indigne en façade, on promet un autre monde comme tous ceux d'avant l'ont promis, et avec des mots on met en place des échelles sociales.

  Mais on est plus malin qu"eux" qui la regardent avec avidité cette échelle.

  Car tout en leur faisant miroiter la possibilité d'y grimper pour voir d'en haut, on a "oublié" d'y mettre les barreaux.


  Et le tour est joué.




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1. Même s'il est vrai qu'il existe en chaque individu et dès le plus jeune âge des potentialités variables en matière d'apprentissage, tout comme certains montrent très tôt des talents très marqués en dessin ou en musique sans que l'on sache expliquer d'où provient cette aptitude précoce.





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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 16:52
Par Bernard Brunet



   Le texte de cet article, au format pdf, est accessible à la lecture et au téléchargement en cliquant ici





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Dimanche 17 janvier 2010 7 17 /01 /Jan /2010 14:55
Par Michel Huyette


  Alors que les medias du monde entier nous abreuvent des images de la dévastation de Haïti, et alors que nombreux sont ceux qui se précipitent vers les organismes humanitaires de toutes sortes pour faire un don ponctuel, une phrase revient continuellement sans qu'elle attire notre attention autant qu'elle le devrait.

  Pour parler de cette minuscule République, il est dit et répéré que c'est "l'un des pays les plus pauvres du monde", qui n'a "vraiment pas de chance".

  Cela est sans doute vrai. Mais alors, pourquoi intervenir seulement quand le "très pauvre" devient encore plus malheureux, mais pas avant ?


  Laissons de côté le fait que cette île a d'abord été envahie par les espagnols qui, d'une part, ont réduit les populations locales en esclavage, et d'autre part, comme tous les conquérants, ont apporté avec eux des maladies qui ont décimé une grande partie des autochtones. Oublions également que les mêmes espagnols y ont fait venir ensuite et pour leur profit personnel des esclaves capturés en Afrique, puis que les français se sont installée dans la partie occidentale de l'île et ont pris le relais des esclavagistes espagnols. Il est trop tard pour refaire l'histoire.

  Ne nous arrêtons pas non plus au fait que divers pouvoirs tous aussi peu démocratiques les uns que les autres ont pu dernièrement s'installer et se succéder grâce à la connivence active ou tacite des occidentaux, notamment des français et des américains.


  Ce qui choque profondément, c'est le fait que les pays riches n'interviennent efficacement que quand ces pays privés de tout sont frappés par une crise exceptionnelle. Autrement dit, que des gens vivent dans la misère nous est assez indifférent tant qu'à l'heure du repas on ne nous montre pas des femmes et des enfants en pleurs près d'un tas de gravas.

  Et comme entre deux séismes aucun de nos journalistes ne nous montre tous ces gens vivant dans les bidonvilles de la banlieue de Port au Prince sans le sous pour assurer leurs besoins quotidiens essentiels, c'est l'indifférence qui prévaut en chacun de nous.

  Alors pour se rattraper les pays occidentaux, pendant quelques jours ou semaines, font la course pour faire au plus vite atterrir leurs avions sur la piste de l'aéroport de Port au Prince. Et chaque soir on nous apporte le décompte des quelques vies sauvées de sous les décombres. Car ce qui compte c'est autant de montrer ce que l'on fait, pour se déculpabiliser, que de faire.


  Mais une chose est certaine. Demain ou après demain, quand ces gens qui n'ont rien seront abrités sous quelques tentes de fortunes et qu'ils auront un semblant de nourriture et un peu d'eau à leur disposition, notre indifférence permanente reprendra vite le dessus.

  Et, parce qu'il y a quand même des préoccupations autrement plus importantes, en nous interrogeant à nouveau pour savoir à partir de combien de dizaines de milliers d'euros les bonus de nos traders doivent être taxés, nous tournerons la tête pour ne pas voir les millions d'êtres humains qui ici ou là continuent à mourir de faim, en silence, en Haïti et ailleurs, et sans nous déranger.


  Pas de séisme, pas de solidarité de grande ampleur.

  Ce ne sont pas que les bâtiments de Haïti qui se sont écroulés.

  Ce sont les derniers lambeaux de notre morale.


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Quelques données complémentaires :

- A Haïti, en 2008 la croissance était de 1,5 % et l'inflation de 16 %.   76% de la population vit avec moins de 1,5 euros par jour.  3,3 millions de haïtiens sont considérés par l'ONU comme en situation "d'insécurité alimentaire".

- Le PIB (produit intérieur brut) par habitant est en Europe d'environ 25.000 euros et à Haïti d'environ 500 euros.

- Selon la banque mondiale les pays développés disposent de 80 % des richesses mondiales pour 16 % de la population. Notamment, 
les 900 millions d'Africains qui représentent environ14 % des habitants de la planète disposent de moins de 4 % de la richesse mondiale


- En 2009 il resterait 793 milliardaires dans le monde......






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Samedi 16 janvier 2010 6 16 /01 /Jan /2010 12:50
Par Michel Huyette



  Année après année, notre droit est de plus en plus influencé par les décisions de la cour européenne des droits de l'homme, qui veille, dans les pays appliquant la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, au respect des principes les plus fondamentaux qui garantissent les droits essentiels des citoyens.

  Une récente décision pourrait avoir un impact majeur sur notre justice française. Si la décision n'existe qu'en version anglaise, le greffe de la Cedh a publié un communiqué en français qui nous renseigne sur l'essentiel.


  En application de l'article 6 §1 de la convention européenne des droits de l'homme, la Cedh considère que l'un des droits fondamentaux des justiciables est de connaître suffisamment en détails les raisons pour lesquelles les juges ont statué dans le sens finalement retenu. Autrement, dit, tout juge doit motiver ses décisions.

  Au demeurant, l'obligation de motiver les décisions existe déjà dans notre droit interne, et depuis longtemps (cf. art 455 du code de procédure civile, et art. 485 du code de procédure pénale)

  Nous avons déjà abordé cette question de la motivation, tant de façon générale qu'à propos des décisions de la cour d'assises (1), et je n'y reviens pas aujourd'hui.

 
  Ce que l'on constate toutefois en France, et ce qui a fait l'objet d'innombrables commentaires, c'est le  fait que la cour de cassation ne motive pas vraiment ses décisions, en tous cas pas au sens où on l'entend habituellement.  Elle vise parfois un texte de loi, puis affirme péremptoirement que la cour d'appel dont la décision est frappée de pourvoi l'a ou ne l'a pas respecté. Si parfois, en quelques phrases, la cour de cassation indique quel sens elle donne au texte, elle n'explique jamais, quand plusieurs interprétations sont possibles, pourquoi elle en a privilégié l'une plutôt qu'une autre.

  Au demeurant, c'est bien l'absence de motivation détaillée de ses décisions qui a incité la cour de cassation à utiliser diverses méthodes pour aider à l'interprétation de ses arrêts. Les plus importants sont accompagnés d'un communiqué, qui en explicite le sens.  Par ailleurs, à disposition des magistrats, mais non du grand public, la cour de cassation diffuse parfois les rapports rédigés par un membre du Parquet général de la cour, qui donne un avis, ou par le membre de la chambre concernée chargé d'étudier le dossier, dénommé "rapporteur", et qui met en avant les différentes pistes et détaille les enjeux du litige.

  Cela aide parfois à la compréhension du raisonnement de la cour de cassation, mais ne concerne qu'une très petite minorité des décisions rendues.


  Par ailleurs, en matière civile, sociale ou commerciale (la même problématique n'existe pas en matière pénale), la cour de cassation procède parfois à ce que l'on appelle des revirements de jurisprudence. En clair, à propos de la même question, elle y répond pendant plusieurs années dans un sens puis, un beau jour, y répond différemment quant ce n'est de façon totalement contraire.

  Notons, et cela est très important en pratique, que ces revirements interviennent souvent sans que rien ne les annonce. Surtout, au civil, les nouvelles règles s'appliquent non seulement pour l'avenir, mais elles s'appliquent à toutes les situations même antérieures au revirement. Cela a pour conséquence que la personne qui à un moment donné applique scrupuleusement tant la loi que les règles complémentaires énoncées par la cour de cassation peut, quelques mois ou années plus tard, se voir condamnée sur la base de la nouvelle jurisprudence, contraire à celle qui prévalait jusque là. Il faut bien admettre que sur le terrain il n'est pas simple d'expliquer à celui qui a respecté le droit en vigueur quand il le fallait qu'il risque toujours d'être condamné plus tard sur la base de nouvelles règles (2).

  C'est là qu'intervient la cour européenne des droits de l'homme.


  Dans le litige qui lui était soumis, un ressortissant européen faisait valoir deux griefs contre la procédure prud'homale dirigée contre son employeur, d'une part à cause de la durée de la procédure (mais je laisse cette question de côté), d'autre part à cause, justement, d'un revirement non motivé de la jurisprudence de la cour de cassation de son pays. Apparemment, alors qu'au moment où il a engagé son procès ce salarié était en droit d'invoquer une jurisprudence imposant à son employeur de justifier une mutation, au moment où elle a statué la cour de cassation a modifié sa jurisprudence et supprimé ou au moins infléchi cette obligation (3).


  S'agissant du second grief relatif au manque de motivation de la décision de la cour suprême à l'occasion du changement de sa jurisprudence, le communiqué nous apprend que :

  "
Quant au deuxième grief, la Cour relève que, dans l’affaire du requérant, la Cour suprême nationale s’est écartée pour la première fois de sa jurisprudence antérieure en déclarant que les employeurs n’étaient pas tenus de donner des raisons spécifiques pour muter un employé. La Cour observe que l’évolution de la jurisprudence n’est pas en soi contraire à la bonne administration de la justice. Cependant, l’existence d’une jurisprudence établie sur la question en jeu imposait à la Cour suprême l’obligation de donner des raisons substantielles pour expliquer ce revirement de jurisprudence. Une simple déclaration selon laquelle les employeurs n’avaient plus l’obligation de donner des motifs concrets pour justifier une mutation était insuffisante. En conséquence, la Cour estime, par six voix contre une, qu’il y a eu violation de l’article 6 § 1 aussi en ce qui concerne le droit du requérant d’obtenir une décision suffisamment motivée."


  Il est indiscutable que la cour de cassation française ne donne jamais dans ses arrêts les "raisons substantielles" expliquant les revirements de sa jurisprudence. La pratique de notre cour suprême pourrait donc à son tour être sanctionnée par la juridiction européenne, cela d'autant plus que, comme je l'ai déjà souligné, le droit de connaître les raisons d'être de la règle appliquée  à son litige est l'un des droits les plus fondamentaux de tout justiciable.

  Cet arrêt de la Cedh va donc imposer à la cour de cassation de réfléchir de nouveau sur la motivation de ses décisions.

  Il sera particulièrement intéressant d'observer comment celle-ci va accueillir cette décision et quelles conséquences elle va en tirer dans les mois qui viennent.


--------

1. Sur la cour d'assises, cf également cet autre article, et celui-ci .
Et sur la nécessité de motiver les décisions pénales en général, et au regard de la convention européenne, cet article 

2. L'une des solutions tempérant l'impact des revirements de la jurisprudence, serait de limiter leur effet à la période qui leur est postérieure, ce à quoi s'est toujours refusée la cour de cassation française.

3. L'application rétroactive du revirement jurisprudentiel a également comme effet des dépenses importantes (avocat, actes de procédure) pour celui qui était intialement dans son droit et qui apprend, des années après le début de la procédure, qu'il a fait un procès pour rien.



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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 10:38
Par Michel Huyette


  Depuis maintenant quelques mois, les juges mettent en application les nouvelles dispositions pénales, issues d'une loi de février 2008, relatives à l'irresponsabilité pénale de certains auteurs d'infractions.


  Les règles sont les suivantes.


  Pour être responsable pénalement, il faut avoir voulu commettre l'infraction, autrement dit avoir volontairement et en pleine connaissance de cause eu le comportement reproché. C'est ce que l'on appelle l'élément intentionnel de l'infraction qui conditionne toute déclaration de culpabilité, et qui est rappelé à l'article 121-3 du code pénal : "Il n'y a point de crime ou de délit sans intention de le commettre."


  A l'envers, cela a pour conséquence que celui qui commet une infraction alors qu'il était dans un tel état qu'il n'avait plus conscience de ce qu'il faisait, notamment pour cause de troubles psychiatriques aigüs, n'a pas l'intention de commettre l'infraction pourtant réalisée. Le principe sous sa forme juridique est énoncé à l'article 122-1 du même code : "'N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes."


 

  Ce qui a changé depuis 2008, c'est qu'auparavant, quand les psychiatres déclaraient le mis en examen irresponsable, le juge d'instruction mettait fin à son dossier par une décision constatant cette irresponsabilité et décidait ainsi de ne pas renvoyer l'intéressé devant une juridiction pénale.

 

  Dorénavant, en application des articles 706-119 et suivants du code de procédure pénale, notamment si les parties civiles ou le procureur de la République le demandent, le dossier est examiné en audience publique par la chambre de l'instruction, en présence de tous les intéressés (parties civiles, mis en examen si son état le permet et/ou son avocat, procureur, experts), et la juridiction statue sur l'existence d'une cause d'irresponsabilité dans une décision motivée.


 

  Notons sans s'y arrêter car ce n'est pas la raison d'être de cet article que si la mise à plat de tout le contenu du dossier et les explications verbales des experts peuvent apparaître utiles plutôt qu'une fin de dossier par une seule décision écrite sans véritable débat préalable, il n'empêche qu'il s'agit la plupart du temps d'un semblant de débat. En effet, à part les médecins experts, aucun autre professionnel ne dispose de compétences en matière de psychiatrie, et n'est donc en mesure de contredire utilement un rapport d'expertise médicale sérieusement motivé.



  Quoi qu'il en soit, il est habituellement considéré par les juristes que la règle s'applique quelle que soit l'origine du désordre psychiatrique. Ce qui compte uniquement, c'est l'absence de maîtrise de soi et de conscience au moment ou le crime est perpétré.


  Mais cela est peut-être moins simple qu'il n'y paraît, et deux affaires récentes invitent à approfondir le débat.



  Dans la première, un crime est commis par un individu ayant eu un temps d'importants troubles de la personnalité. Mais celui-ci, conscient de son état, avait consulté un psychiatre qui lui avait prescrit un traitement médicamenteux bien adapté. La prise régulière des médicaments avait permis une stabilisation du comportement, à tel point que cet individu pouvait mener une vie relativement ordinaire.


  Mais voilà que cet homme, un beau jour, choisit d'arrêter de prendre son traitement, en ayant pourtant en tête l'avertissement de son médecin sur le risque de nouvelles perturbations. Et ce qui était à craindre se produit. Cet homme présente de nouveau d'importants désordres psychiatriques et va jusqu'à commettre un crime (un meurtre).


  Tous les experts psychiatres désignés le considèrent comme irresponsable pénalement en relevant qu'au moment de la commission de l'infraction cet homme était dans un état totalement délirant lui ayant fait perdre tout contrôle de lui-même.



  Dans la seconde affaire il s'agit d'un jeune homme qui consomme régulièrement du cannabis, et qui se rend compte que parfois cela le met dans un état second, sans toutefois qu'il perde totalement la maîtrise de ses actes. Un jour il en consomme une beaucoup plus grande quantité. Il sort de chez lui, tient des propos incohérents à ceux qu'ils croisent dans la rue, vole une succession de voitures, jette la dernière sur trois adolescents en scooter qui venaient en face et tue l'un d'eux. Au moment de son arrestation les policiers relèvent des attitudes et des propos aberrants.


  Les experts psychiatres qui l'ont examiné ont penché vers une responsabilité atténuée.


  A l'audience, un médecin a décrit en détail les effets du cannabis, produit beaucoup plus dangereux qu'on l'imagine et que l'on nomme à tort "drogue douce". Il a expliqué que la consommation de cannabis engendre des modifications de la perception du temps et de l'espace, des perturbations de la mémoire à court terme, des perturbations sensorielles, des troubles thymiques et dissociatifs avec euphorie, anxiété, agressivité, dépersonnalisation, disparition des inhibitions et indifférence vis à vis de l'environnement, hallucinations et délires, voire même, en cas de consommation importante, une déréalisation, des distorsions visuelles, ainsi que des expériences psychotiques délirantes, hallucinatoires, maniaques ou hypomaniaques.


  Cela signifie qu'il n'est pas exclu qu'une forte consommation de cannabis, ou d'une autre drogue particulièrement toxique, entraîne des troubles abolissant le discernement au sens de l'article 122-1 précité.



  Dès lors, si l'on garde comme seul critère l'état de l'intéressé au moment où il commet son crime, cela signifie que celui qui choisit en pleine connaissance de cause des conséquences sur son état mental et son comportement de ne plus prendre ses médicaments ou de consommer de la drogue peut échapper à toute sanction pénale si ses choix engendrent d'importants troubles de la personnalité et, ponctuellement, une perte de conscience et de discernement.


  Cela est d'autant plus déroutant que la même personne peut, après avoir commis son crime, reprendre son traitement ou ne plus consommer de produits stupéfiants, en tous cas dans une faible quantité. De ce fait, cette personne ne relèvera probablement pas d'un internement en hôpital psychiatrique.


  On comprend bien le trouble des victimes, et du corps social dans son ensemble, qui constate qu'un individu qui va bien et qui choisit de se mettre en situation dangereuse pour les tiers peut échapper et à l'emprisonnement grâce à une déclaration d'irresponsabilité pénale et  tout autant à un internement psychatrique si son dérapage est limité dans le temps. De fait, le criminel dont l'attitude antérieure à l'infraction est pourtant à l'origine du crime ne subit au final aucune sanction d'aucune sorte.



  Faut-il alors modifier la loi ? A défaut les juridictions doivent-elles l'interpréter en ce sens que l'irresponsabilité pénale ne peut être retenue lorsque c'est un comportement délibéré de l'auteur de l'infraction qui est directement à l'origine du trouble du comportement ponctuel ?


  En tous cas le débat mérite d'être poursuivi sur cet aspect particulièrement délicat de cette problématique.

 

 

 


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Mercredi 13 janvier 2010 3 13 /01 /Jan /2010 08:33
Par Michel Huyette


  En 2008 la France, à la suite de plusieurs autres pays européens, a introduit dans sa législation la notion de rétention de sûreté. Son but est de permettre le maintien d'une personne condamnée, dans un lieu fermé, une fois la peine prononcée intégralement effectuée. (cf. art. 706-53-13 et suivants du code de procédure pénale).


  Le premier de ces textes indique que :


  - A titre exceptionnel, les personnes dont il est établi, à l'issue d'un réexamen de leur situation intervenant à la fin de l'exécution de leur peine, qu'elles présentent une particulière dangerosité caractérisée par une probabilité très élevée de récidive parce qu'elles souffrent d'un trouble grave de la personnalité, peuvent faire l'objet à l'issue de cette peine d'une rétention de sûreté selon les modalités prévues par le présent chapitre, à la condition qu'elles aient été condamnées à une peine de réclusion criminelle d'une durée égale ou supérieure à quinze ans pour les crimes, commis sur une victime mineure, d'assassinat ou de meurtre, de torture ou actes de barbarie, de viol, d'enlèvement ou de séquestration. Il en est de même pour les crimes, commis sur une victime majeure, d'assassinat ou de meurtre aggravé, de torture ou actes de barbarie aggravés, de viol aggravé, d'enlèvement ou de séquestration aggravé.


  - La rétention de sûreté consiste dans le placement de la personne intéressée en centre socio-médico-judiciaire de sûreté dans lequel lui est proposée, de façon permanente, une prise en charge médicale, sociale et psychologique destinée à permettre la fin de cette mesure.


  Cet enfermement est décidé par périodes d'une année, mais sans limite de durée.



  Cette loi ayant notamment pour origine un fait divers, et parce qu'il a été avancé par le gouvernement et les parlementaires qu'il fallait au plus vite permettre le maintien dans lieu fermé des personnes potentiellement dangereuses, s'est aussitôt posée la question de la possibilité d'appliquer cette mesure aux personnes condamnées avant l'entrée en vigueur de la nouvelle loi.


  Il s'agissait là d'une véritable difficulté car il existe un principe fondamental en droit français, celui de la non rétroactivité de la loi pénale plus sévère. En clair, ne peuvent s'appliquer à une personne qui commet une infraction que les "peines" en vigueur à cette date. Autrement dit, on ne peut pas se voir appliquer une sanction quand au moment du crime commis on ne pouvait pas connaître le risque encouru de se voir infliger une telle sanction.


  Ce principe est rappelé à l'article 112-1 du code pénal : "Sont seuls punissables les faits constitutifs d'une infraction à la date à laquelle ils ont été commis. Peuvent seules être prononcées les peines légalement applicables à la même date.


  Le principe de non-rétroactivité ne s'appliquant qu'aux peines, il fallait donc savoir si la rétention de sûreté en était une.



  C'est d'abord le conseil constitutionnel qui a été saisi de cette question. Dans sa décision du 21 février 2008, il a estimé d'ue part que "la rétention de sûreté n'est ni une peine, ni une sanction ayant le caractère d'une punition", d'autre part que "la rétention de sûreté, eu égard à sa nature privative de liberté, à la durée de cette privation, à son caractère renouvelable sans limite et au fait qu'elle est prononcée après une condamnation par une juridiction, ne saurait être appliquée à des personnes condamnées avant la publication de la loi ou faisant l'objet d'une condamnation postérieure à cette date pour des faits commis antérieurement". Le conseil a donc appliqué le principe de non rétroactivité.



  Egalement saisie de cette question par un ressortissant allemand, la Cour européenne des droits de l'homme vient d'apporter sa réponse dans une décision du 17 décembre 2009.


  La CEDH relève que : "Eu égard aux critères établis dans sa jurisprudence, il incombe donc à la Cour de déterminer si la détention de sûreté du requérant constitue une « peine » au sens de la seconde phrase de l’article 7 § 1. (..). La Cour va donc se pencher plus avant sur la nature de la détention de sûreté. Elle relève d’emblée que, tout comme une peine d’emprisonnement, la détention de sûreté entraîne une privation de liberté. (..) De plus, eu égard aux modalités d’exécution en pratique en Allemagne des ordonnances de placement en détention de sûreté par comparaison à celles des peines d’emprisonnement ordinaires, il est frappant de constater que les personnes en détention de sûreté sont incarcérées dans des prisons ordinaires, même si elles le sont dans des ailes séparées. Les modifications minimes dont elles bénéficient par rapport au régime de détention des détenus ordinaires purgeant leur peine, comme des privilèges tels que le droit de porter leurs propres vêtements et d’aménager leurs cellules plus confortables, ne sauraient cacher qu’il n’existe aucune différence fondamentale entre l’exécution d’une peine d’emprisonnement et celle d’une ordonnance de placement en détention de sûreté. (..) En outre, eu égard à la situation que connaissent concrètement les personnes en détention de sûreté, la Cour ne saurait souscrire à l’argument du Gouvernement (paragraphe 113 ci-dessus) selon lequel la détention de sûreté ne vise qu’un but purement préventif et nullement un but punitif. Elle note que, conformément à l’article 66 du code pénal, seules peuvent être placées en détention de sûreté les personnes qui ont été condamnées à plusieurs reprises pour des infractions pénales d’une certaine gravité. (..) Enfin, quant à la gravité de la détention de sûreté – qui n’est pas un critère décisif en soi (paragraphe 120 ci-dessus) – la Cour observe qu’il s’agit d’une mesure qui, depuis l’amendement de la loi intervenu en 1998, ne connaît plus de limite de durée."


  Et elle conclut : "Eu égard à ce qui précède, la Cour, après être allée au-delà des apparences et avoir procédé à sa propre analyse, conclut que la détention de sûreté prévue par le code pénal allemand doit être qualifiée de « peine » aux fins de l’article 7 § 1 de la Convention."



  Le débat semble donc sur ce point définitivement clos.



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Samedi 9 janvier 2010 6 09 /01 /Jan /2010 08:54
Par Michel Huyette


  Il a été récemment et à plusieurs reprises question, sur ce blog (1), des règles juridiques applicables à la garde à vue, dont il est envisagé de modifier le régime juridique.

  Afin de prolonger le débat, je signale que le Sénat vient de publier une étude de législation comparée sur le cadre juridique de la garde à vue dans 6 pays d'Europe (Allemagne, Angleterre, et Pays de Galles, Belgique, Danemark, Espagne, Italie).

  Il y est indiqué, notamment, que la plupart des pays subordonnent le droit de placer en garde à vue à l'existence d'une infraction d'une certaine gravité, que dans tous les pays la durée de la garde à vue est encadrée, plus ou moins strictement, que dans plusieurs pays il existe un régime spécifique en cas d'infraction à caractère terroriste,  et, surtout, que dans tous les pays, à l'exception de la belgique, les gardés à vue bénéficient d'une assistance large d'un avocat.

  Il est précisé que souvent l'avocat peut assister aux interrogatoires, l'Allemagne prévoyant que le suspect interrogé peut, s'il est seul au début de l'entretien, exiger l'interruption de l'interrogatoire pour rencontrer un avocat.

  Ces informations devraient peut-être rendre un peu plus prudents ceux qui en France affirment, par principe, qu'une présence de l'avocat beaucoup plus importante qu'elle ne l'est actuellement chez nous, et notamment avant ou pendant les interrogatoires, est forcément une aberration.....


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1. "Quelle réforme pour la garde à vue"   -  "Garde à vue oui, humiliation non"   -   "Introduire l'habeas corpus dans notre droit"



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Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /Jan /2010 19:59
Par Michel Huyette


  Au journal télévisé de France 2 ce midi (5 janvier 2010), deux hommes ont été présentés.

  L'un, ancien gendarme, a créé une association d'aide à la réinsertion des adolescents en grande difficulté et qui ont dérapé vers la délinquance, les Voiles écarlates, dont j'ai déjà parlé sur ce blog.

  L'objet du reportage était de faire un bilan du devenir des jeunes montrés dans une précédente émission. Cela a permis de vérifier, si besoin était, combien ce genre de structure, de projet (séjour en bateau et travail pour les collectivités pendant les escales), et d'encadrement  (mélange d'autorité compréhensive et de soutien affectueux) permet de faire parfois des miracles avec des jeunes pourtant catalogués au départ comme irrécupérables.

  L'autre, ne supportant plus de voir l'errance professionnelle de certains jeunes adultes, a créé une entreprise de réinsertion (fabrication de palettes) qui leur est entièrement réservée, l'a développée en France et à l'international, et a ainsi permis à de nombreux individus un temps exclus socialement de s'insérer durablement dans le monde du travail.


  Ce qui transparaissait surtout du reportage, c'était dans les yeux et les paroles de ces deux hommes leur profonde tendresse pour ceux à qui ils avaient décidé de consacrer leur temps.

  On voyait dans le regard du capitaine du navire le bonheur de voir revenir pour lui dire bonjour un des jeunes précédemment confié et avec qui la cohabitation avait été au départ bien rugueuse.

  On sentait dans les bonjour du matin de cet entrepreneur, qui n'hésitait pas à embrasser certains de ses salariés, tout son plaisir d'être à leur côté et de les encourager.


  Ces hommes ne seront sans doute pas sur les listes des nouveaux médaillés établies chaque début d'année. Ils ne seront peut-être pas reçus dans les palais de la République.

  Mais cela leur est probablement indifférent, car leur seule passion semble être ce lien unique entretenu avec ceux qui croisent leur chemin. Et la plus grande des récompenses, ils la trouvent  certainement dans la poignée de main au moment du départ de ceux qu'ils ont côtoyé et qui, grâce à eux, ont redressé la tête.


  Les héros véritables n'ont besoin de rien d'autre.






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Samedi 2 janvier 2010 6 02 /01 /Jan /2010 17:53
Par Michel Huyette


  Dans le journal Le Monde daté du 3 janvier 2010, un article en première page est intitulé :  "Sécurité, la polémique gauche-droite reprend". Mais ce qui est surtout intéressant, c'est un article complémentaire, en page 8 intitulé : "Des élus socialistes réinventent une sécurité de gauche".

  Le titre de ce second article est un peu gênant car il semble vouloir attirer l'attention plus sur la polémique entre courants politiques que sur la réalité de terrain qu'il décrit.

  Pourtant, et c'est autrement plus intéressant que les querelles de chapelle, le journaliste expose les procédés mis en place par les élus municipaux à Aulnay Sous Bois, Aubervilliers, Lyon et Toulouse, pour tenter d'intervenir  dans les "cités difficiles" avant que les incidents et tensions ne dégénèrent gravement.


  Ici ce sont des "médiateurs" intégrés aux quartiers qui non seulement effectuent un travail de prévention de longue haleine mais qui, en même temps, peuvent intervenir en groupe, ce qui, selon les responsables locaux, permet de désamorcer la plupart des affrontements. Dans un second temps c'est la police municipale qui intervient, et en dernier recours seulement la police nationale.

  Là des "maraudes" nocturnes ont été mises en place par des élus pour rencontrer les jeunes restés dehors. Il a été constaté qu'après un premier temps de relations difficiles parsemées d'agressions verbales, le dialogue s'instaure véritablement.

  Et ailleurs, un commissaire de police qui avait autrefois développé une police de proximité afin de la rapprocher des habitants et avait été limogé par le président de la République pour cela explique que tous les habitants qui le souhaitent ont le numéro de téléphone d'un membre de cette police, que la ville a créé un "office de la tranquilité" répondant jour et nuit aux appels des habitants, ces appels pouvant déclencher l'intervention de médiateurs ou de policiers municipaux. Et ce commissaire de souligner que la "logique d'évaluation est totalement différente de celle défendue par Sarkozy : on ne va pas compter le nombre de PV dressés chaque jour mais mesurer l'indice de satisfaction des habitants, ce qui n'a rien à voir", ajoutant que "la crédibilité ne se gagne pas dans les discours mais dans les actes du quotidien".


  Peu importe que ce qui se fait, ou ne se fait pas, soit de gauche ou de droite. Mais cet article est l'occasion de rappeler la question qui est au coeur de la problématique : Est-il possible d'agir en amont sur le parcours et le comportement des individus susceptibles de déraper vers des attitudes agressives pour le groupe social dans son ensemble ? Et la réponse est d'évidence positive.

  Je ne me lasserai pas de le répéter. Tous les professionnels de terrain savent ce qui est principalement à l'origine des troubles du comportement d'une grande part de ceux qui déraillent vers la délinquance sous toutes ses formes, de la plus bénigne à la plus grave : le chômage et les difficultés économiques qui en découlent, la ghettoisation de certains quartiers, l'échec scolaire massif prélude à l'errance, la discrimination et le racisme, les  désordres psychologique qui en sont la conséquence.... Bref, tout ce qui fait obstacle à l'intégration au groupe dans son ensemble et constitue le terreau de l'opposition puis de la haine.

  C'est pourquoi, quand il est indispensable chaque heure de chaque jour de recréer du lien, de soutenir, d'aider, d'acompagner, de valoriser, d'encourager, se contenter d'énumérer des statistiques et de brandir des bâtons de plus en plus gros pour  montrer que l'on a des muscles et que l'on n'hésite pas à s'en servir a quelque chose de dérisoire et de désespérant, en ce sens que non seulement cela ne peut en aucune façon aider les uns et les autres à vivre ensemble, mais cela tend à faire croire qu'il n'y a rien à faire, que certains parmi nous sont à mépriser puis à rejeter, et que la seule solution est  de se préparer à une guérilla fratricide sans fin.


  Le fossé semble aujourd'hui impossible à combler entre ceux qui veulent nettoyer les cités au karcher, assimilant ainsi certains des habitants à de la pourriture, et ceux, racontés dans l'article du Monde, qui continuent inlassablement à essayer de conserver intacts les quelques fils non encore rompus entre les uns et les autres, notamment entre l'extérieur et l'intérieur de ces mêmes cités.

  En exagérant à peine, l'alternative que l'on nous propose est la suivante : Faut-il nous préparer à nous faire définitivement la guerre, entre nous, citoyens d'un même pays, ou pouvons-nous encore tenter de nous rapprocher, de nous comprendre, de croiser nos destinées, et de vivre aussi harmonieusement que possible ensemble ?

  Que la question se pose, et que pour certains seule la première hypothèse soit envisageable, en dit long sur l'état de délabrement moral auquel nous sommes collectivement arrivés.

  Et, aujourd'hui, rien ne permet d'espérer des lendemains qui chantent.

  Alors "Bonne année à tous" ? Probablement pas  (*).



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* Ce qui ne m'empêche pas de souhaiter une excellente année à tous les visiteurs de ce blog......






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Samedi 26 décembre 2009 6 26 /12 /Déc /2009 11:14
Par Michel Huyette


  Depuis que le gouvernement a lancé un débat sur l'identité nationale, que certains dénoncent à tort ou à raison comme une manoeuvre de diversion à l'approche des élections régionales, cela part dans tous les sens avec une focalisation sur les étrangers et surtout les musulmans et leur religion.

  Même si à peu près tout semble avoir été dit ou écrit sur ce débat, ajoutons - très modestement - deux ou trois réflexions.


  D'abord, il n'est pas en soi aberrant de s'interroger sur l'identité d'un pays. Encore faudrait-il définir cette notion. Dans notre débat, il pourrait s'agir de rechercher ce qui transcende le temps, c'est à dire les valeurs fondamentales les plus stables susceptibles de nous réunir.

  Le regard peut se tourner vers la constitution (et l'ensemble des textes à valeur constitutionnelle comme la déclaration des droits de l'homme et du citoyen).  Et au fil du temps diverses conventions se sont intégrées à notre droit pour énoncer d'autres principes fondamentaux, telle, au premier rang, la convention européenne des droits de l'homme.

  La lecture de ces divers textes peut nous inciter à penser que nous vivons dans un monde idéal, tant nous bénéficions de multiples droits dont nous pouvons réclamer le respect devant des juridictions supposées indépendantes.

  Pourtant, entre la théorie et la pratique, le fossé semble immense.


  En effet, la France au quotidien ce sont - aussi et en vrac - les agressions sexuelles sur les enfants, les femmes qui meurent sous les coups de leur conjoint, les personnes tuées sur les routes par des conducteurs qui boivent ou qui roulent trop vite pour leur seule satisfaction égoïste, le racisme et la discrimination, la pauvreté et la misère, les inégalités sociales, les ghettos, l'échec scolaire, les sans domicile fixe, l'accès de plus en plus difficile aux soins et notamment la discrimination médicale, le stress et le suicide au travail,  la surpopulation des prisons et le suicide en milieu carcéral, la prostitution, la violence, la drogue, des milliers de personnes sous anti-dépresseurs, et bien d'autres dysfonctionnements majeurs encore...

  Alors, que représente l'identité nationale pour tous ceux qui sont victimes de ces fléaux ?

  Où est-elle l'identité nationale quand des bénévoles doivent agir la moitié de l'année pour donner de quoi survivre à des gens dont l'argent est en totalité dépensé le 15 de chaque mois alors que d'autres en ont tellement qu'ils n'ont même plus de besoins à satisfaire ?

  De quelle identité nationale parle-t-on quand on cherche à faire revenir en France des gens fortunés qui ne supportent pas de participer largement à la solidarité nationale et dont le seul objectif est d'amasser autant de richesse que possible, dans une indifférence totale à la souffrance des autres ?

  Que signifie identité nationale pour ces jeunes, français pourtant intégrés mais dont les parents où les grands-parents sont venus d'ailleurs, et dont les CV envoyés à des entreprises ne sont même pas lus parce que leur prénom ne fait pas penser à une tête blonde ni à une peau parfaitement claire ?

  Les exemples pourraient être multipliés à l'infini.

 
  Finalement, que reste-t-il de notre tryptique national  "liberté - égalité - fraternité" présenté comme le résumé de notre identité nationale ? Sans doute pas grand chose.

  La liberté n'a plus de contenu quand les dicriminations de toutes sortes sont autant de chausse-trapes qui conduisent à l'échec et à la marginalisation.

  L'égalité n'est qu'un mythe quand certains ont bien plus que tout et d'autres presque rien.

  La fraternité n'est qu'une illusion quand toutes ces scandales se perpétuent grâce à l'indifférence collective et le désintérêt des gouvernants.


  Toutefois, aucun de ces sujets n'a été traité à l'occasion du débat sur les valeurs supposées créer une cohérence nationale, et être le socle de notre identité commune. De fait, personne n'aime vraiment aller voir ce qui se cache derrière le décor, surtout ceux qui gouvernent et dont la responsabilité est engagée à travers des choix politiques contraires aux droits proclamés dans nos textes fondamentaux.


  Mais heureusement il reste les méchants musulmans, leur religion et leurs minarets, pour détourner  et monopoliser l'attention. Grâce à eux nous pouvons éviter les sujets qui fâchent et nos remises en cause personnelles et collectives.

  Quand même, rien que pour cela, ils devraient être chaleureusement remerciés....


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Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /Déc /2009 18:47
Par Michel Huyette


  Plus d'un juriste à dû sursauter en lisant/entendant dans les medias deux informations contradictoires.

  Il a d'abord été indiqué que le procureur de la République de Paris avait décidé de ne pas renvoyer Julien Dray en correctionnelle, et, c'est cela qui est important, de se contenter d'un "rappel à la loi".

  Puis il a été dit peu de temps après, notamment par les proches de Julien Dray, qui était mis en cause pour des malversations financières, qu'il sortait "blanchi" de la procédure judiciaire et pouvait dès lors reprendre une place, prépondérante, au sein du parti socialiste.


  Oui mais voilà, "rappel à la loi" et "blanchi", ça ne colle pas !

  Si l'information qui nous est transmise est exacte et que c'est bien de cela qu'il s'agit, le "rappel à la loi" est inscrit dans l'article 41-1 du code de procédure pénale.

  Ce texte prévoit que :

 "S'il lui apparaît qu'une telle mesure est susceptible d'assurer la réparation du dommage causé à la victime, de mettre fin au trouble résultant de l'infraction ou de contribuer au reclassement de l'auteur des faits, le procureur de la République peut, préalablement à sa décision sur l'action publique, directement ou par l'intermédiaire d'un officier de police judiciaire, d'un délégué ou d'un médiateur du procureur de la République :

 1° Procéder au rappel auprès de l'auteur des faits des obligations résultant de la loi ;

 2° (...).

 ...

 La procédure prévue au présent article suspend la prescription de l'action publique.

 En cas de non-exécution de la mesure en raison du comportement de l'auteur des faits, le procureur de la République, sauf élément nouveau, met en oeuvre une composition pénale ou engage des poursuites."


 Pour qu'il y ait un dommage à réparer, qu'un trouble résultant d'une infraction ait cessé, qu'un individu soit "reclassé, cela suppose par définition l'existence.. d'une infraction.... et d'un coupable.


 Autrement dit, le procureur de la République ne fait pas convoquer pour un "rappel à la loi" une personne qui ne l'a jamais violée cette loi.


 Dès lors, si cette procédure est appliquée à Julien Dray, cela signifie que le Parquet de Paris l'a estimé coupable d'au moins une des infractions envisagées en cours de procédure. Le procureur a seulement  estimé que la nature de cette infraction ainsi que les circonstances dans lesquelles elle a été commise n'imposent ni une comparution de Juien Dray devant le tribunal correctionnel ni le prononcé d'une sanction lourde.


 Il n'empêche que proclamer que Monsieur Dray sort "blanchi" est un peu... hâtif.


 Sans doute pense-t-on que le français moyen ignorant des subtilités juridiques ne se rendra pas compte de ce - petit - subterfuge qui, en soi, n'est pas une nouvelle infraction pénale.


   Reste la morale. Mais en politique....

 

 

 


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Jeudi 17 décembre 2009 4 17 /12 /Déc /2009 08:26
Par Michel Huyette


  L'institut National des Etudes Démographiques (INED) vient de publier une étude sur les suicides en prison au cours des 50 dernières années (le rapport).

  Ce document nous apprend :

  - que le nombre de suicides a été multiplié par 5 au cours des 50 dernières années (4 pour 10.000 en 1960, 19 en 2008, avec un pic de 26 en 1996) alors qu'il est resté stable dans la population générale,

  - que le croisement avec l'évolution du nombre de personnes incarcérées montre que contrairement à ce qu'on l'on pense souvent l'explication n'est pas à rechercher essentiellement dans la surpopulation des prisons, étant relevé que la moitié de ceux qui se sont suicidés étaient seuls en cellule,

  - qu'un facteur important est la fragilité psychologique des personnes emprisonnées,

  - que les prévenus (en attente de jugement) se suicident deux fois plus que les personnes définitivement condamnées, du fait sans doute du choc de l'incarcération,

  - que la fréquence des suicides varie en fonction de la gravité de l'infraction commise,

  - que la France a le taux de suicide le plus élevé de l'Europe des quinze, le taux le plus bas, en Grèce, étant de 4 pour 10000.






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Samedi 12 décembre 2009 6 12 /12 /Déc /2009 15:34
Par Michel Huyette


  Ces derniers jours l'attention des medias s'est focalisée sur le réferendum suisse à propos des minarets des mosquées, puis, chez nous, sur le débat relatif à l'identité nationale.

  Il ne faudrait pas toutefois que cela nous empêche de nous arrêter sur d'autres problématiques qui concernent au quotidien un grand nombre de nos concitoyens.

  L'observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS) vient de publier un rapport qui nous rappelle qu'il existe des préoccupations autrement plus importantes et qui exigent des réponses autrement plus urgentes que la taille des minarets ou l'identité nationale.

  Dans ce document qui mérite d'être parcouru (il en existe une synthèse), il est mentionné, notamment :

  - Que le taux de chômage dans les zones urbaines sensibles (ZUS) est de 16,9 % en 2008, alors qu'il est de 7,7 % dans les villes qui englobent ces quartiers et de 7,5 % en France à la même période. Ce taux atteint même 21,4 % dans les zones de redynamisation urbaine (ZRU = sous ensemble d'une ZUS correspondant à un secteur encore plus en difficulté). Pire encore, le taux de chômage est dans les ZUS de 41,7 % pour les hommes de moins de 24 ans, soit le double par rapport aux zones normales, et de 29,6 % pour les femmes de la même tranche d'âge.

  - Que le revenu fiscal moyen des habitants des ZUS correspond en 2006 à 56 % du revenu des habitants de l'agglomération qui les englobe, que 54 % des ménages sont non  imposés pour 36 % dans leur aglomération,

  - Que 62,1 % des élèves de 6ème sont issus de milieux défavorisés contre 40,2 % dans le reste de la population,

  - Que le nombre d'élèves présentant un retard des apprentissages de 2 années ou plus à l'entrée en 6ème est  deux fois plus élevé en ZUS (4,1 %) que dans les collèges des autres zones,

  - Que le risque de présenter un retard scolaire à l'entrée en 6ème est double pour les enfants dont la famille est d'origine étrangère, et qu'il est plus fort quand les parents sont socialement défavorisés.


  Il ne s'agit pas ici de s'interroger longuement sur la nature de ces zones sensibles ni sur le parcours des populations contraintes d'y loger. Les problématiques sont connues depuis longtemps.

  Par contre, ce qu'il faut souligner une fois encore, c'est qu'il existe un lien certain entre la ghettoisation des populations,
l'humiliation d'une relégation dans un environnement parfois sordide,
la désespérance liée à une insertion sociale et professionnelle très difficile (1), l'échec scolaire et la perte de l'estime de soi, l'errance et le fonctionnement des bandes, dès lors la délinquance dont les jeunes de ces quartiers sont autant les victimes que les acteurs.

  Parce que depuis des décennies nous savons ce qui se passe dans ces zones sensibles, parce que  les acteurs de terrains savent exactement quels sont les besoins à satisfaire pour sortir les intéressés de la marginalité et de l'exclusion, il n'existe aucune raison d'accepter qu'une telle situation qui nous fait collectivement honte perdure plus longtemps.

  A titre d'exemple, il suffirait d'instaurer comme cela a été fait dans d'autres domaines un "droit opposable au soutien scolaire", et de fournir à tout élève de primaire qui prend trop de retard un soutien immédiat et aussi longtemps que nécessaire à l'école mais aussi et plus encore à domicile, pour réduire considérablement le taux d'échec et par voie de conséquence les refus de l'école, les tensions avec les enseignants, l'absentéisme, la formation des bandes, et par ricochet la délinquance des plus jeunes.

  Il ne manque qu'une chose, la plus difficile à obtenir : l'intérêt du reste de la population pour les habitants des zones sensibles qui se débattent dans des conditions de vie qui feraient se révolter nombre d'entre nous si nous étions à leur place.


  Mais revoilà le minaret qui nous nargue.

  Car dans ces ZUS il existe une forte part de familles d'origine étrangère. Etrangères dans le sens ou ce sont les parents ou les grands-parents qui sont issus d'un autre pays que la France, souvent de l'Afrique du nord, alors que les enfants sont pour la plupart de nationalité française.

  Ce n'est pas un hasard si sur les affiches du parti d'extrême droite en Suisse il a été déssiné un drapeau troué par des minarets en forme de missiles. Le raccourci est clair : étranger = islam = terroriste. Et il nous faudrait être plus qu'hypocrites pour prétendre que cela n'est dû qu'à la bêtise de nos voisins, tant cet amalgame est aussi fréquent chez nous.

  Mais c'est alors le serpent qui se mord la queue. Plutôt que d'intégrer le plus largement possible les jeunes français issus de familles migrantes, afin qu'ils aient envie de faire le chemin avec nous, on continue à les enfermer dans des ghettos, à les humilier, et à les stigmatiser. Il n'y a sans doute pas de meilleure méthode pour pousser les plus fragiles d'entre eux à la révolte, ou dans les bras d'adultes mal intentionnés qui profitent du malaise des plus jeunes pour les embarquer dans des voies dangereuses, tant pour eux que pour nous.

  Alors le débat sur la taille des minarets ici, sur l'identité nationale là, paraît bien dérisoire, et ressemble à un trompe l'oeil en ce qu'il ne résout rien. Il risque même d'attiser un feu que l'on préférerait voir éteint.


  Finalement, le seul intérêt est pour les responsables politiques. En focalisant l'attention sur l'accessoire, on évite un peu plus longtemps de s'attaquer à l'essentiel. C'est à dire à notre vision de notre lien à l'autre. Et, surtout, la façon très concrète de démontrer notre solidarité.

  C'est toujours cela de pris.


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1. Le rapport ne mentionne pas la discrimination à l'embauche, aors que l'on sait fort bien que les jeunes gens dont le nom a une connaissance étrangère trouvent encore plus difficilement un emploi.






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