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Publié par Parolesdejuges

Punir, une passion contemporaine   (Bibliographie)

 

Il ne se passe pas un mois sans que ressurgisse le débat, éternel, autour des prisons. Souvent par le biais de leur vétusté et des conditions de vie des détenus. Parfois à l'occasion de procédures administratives engagées par des condamnés exécutant leur peine.

Le débat sur les prisons n'est qu'une partie, réductrice, du débat plus vaste sur les sanctions pénales. Nous y reviendrons ultérieurement.

Quoi qu'il en soit, ce qui fait le plus obstacle à un débat approfondi et serein sur les réponses pénales à apporter à la délinquance est la trop fréquente superficialité des avis émis dans les médias. Nous avons, sur des sujets aussi sérieux et délicats, besoin de faits, de statistiques, d'analyses, et de réflexions approfondies, sérieuses, et critiques.

Les éditions du Seuil (leur site) ont récemment publié un livre qui va contribuer à ce débat.

Didier Fassin, professeur de sciences sociales à l'EHESS nous propose chez cet éditeur son livre intitulé :

"Punir, une passion contemporaine"

 

Le site de l'éditeur (page livre ici) et la quatrième page de couverture présentent le livre ainsi :

"Au cours des dernières décennies, la plupart des sociétés se sont faites plus répressives, leurs lois plus sévères, leurs juges plus inflexibles, et ceci sans lien direct avec l’évolution de la délinquance et de la criminalité. Dans ce livre, qui met en œuvre une approche à la fois généalogique et ethnographique, Didier Fassin s’efforce de saisir les enjeux de ce moment punitif en repartant des fondements mêmes du châtiment.
Qu’est-ce que punir ? Pourquoi punit-on ? Qui punit-on ? À travers ces trois questions, il engage un dialogue critique avec la philosophie morale et la théorie juridique. Puisant ses illustrations dans des contextes historiques et nationaux variés, il montre notamment que la réponse au crime n’a pas toujours été associée à l’infliction d’une souffrance, que le châtiment ne procède pas seulement des logiques rationnelles servant à le légitimer et que l’alourdissement des peines a souvent pour résultat de les différencier socialement, et donc d’accroître les inégalités.
À rebours du populisme pénal triomphant, cette enquête propose une salutaire révision des présupposés qui nourrissent la passion de punir et invite à repenser la place du châtiment dans le monde contemporain. "

 

Outre un avant-propos et une introduction intitulée "Deux récits", le livre comporte trois chapitres : "Qu'est-ce que punir ?", "Pourquoi punit-on ?", "Qui punit-on ?", et une conclusion intitulée "Repenser le châtiment".

Comme la plupart de ceux qui abordent la question de la prison, l'auteur commence par le constat de l'augmentation du nombre de détenus, la population carcérale ayant été multipliée par trois au cours des soixante dernières années, et de celui du nombre des personnes suivies en milieu ouvert qui a quadruplé en trente ans. Ce qui aboutit aujourd'hui à plus de 250.000 personnes sous main de justice.

L'auteur compare ces données avec celles concernant la criminalité et qui, selon lui, font apparaître un recul presque continu de ses formes les plus préoccupantes (sur ce sujet et les difficultés à interpréter les statistiques lire not. ici) (sur une approche de la déformation de la réalité lire ici)

Didier Fassin met en avant deux phénomènes : une évolution de la sensibilité aux illégalismes et aux déviances d'une part, qui est un phénomène culturel, une focalisation du discours et de l'action publics sur les enjeux de sécurité d'autre part, qui est un phénomène politique. Et souligne que l'abaissement du seuil de tolérance va de pair avec une tendance générale à la pacification des espaces sociaux doublée d'une expansion des attentes morales. D'où le lien entre intolérance sélective de la société et populisme pénal des politiques, qui se traduit par une extension du domaine de la répression.

L'auteur souligne également le phénomène de l'aggravation des sanctions. il est le résultat selon lui de l'instauration des peines planchers, du développement du jugement en comparution immédiate, des pressions de l'opinion et du pouvoir sur les magistrats qui se protègent en prononçant plus souvent des peines d'emprisonnement et en maintenant plus de détentions provisoires. Et il rappelle que cela n'est en rien propre à la France mais présent dans de nombreux pays. Quand bien même la population pénale diminue dans d'autres.

Mais comme cela aboutit à une explosion de la population pénale, Didier Fassin écrit que la solution est devenu le problème. Autrement dit, alors que la sanction doit être la solution au problème de la transgression d'une règle, la sanction devient elle aussi un problème. A cause du nombre d'individus mis à l'écart, du coût économique et humain induit, de la production ou la reproduction d'inégalités, de l'insécurité générée, le châtiment apparaît de plus en plus comme ce qui menace la société plus qu'il la protège.

D'où, insiste-t-il lui aussi, le besoin d'une réflexion fondamentale sur le châtiment - à commencer par son imbrication avec la vengeance -  de façon à dépasser les apparences.

Ce à quoi se livre l'auteur dans les pages qui suivent, qui comportent jusqu'à la fin de l'ouvrage de nombreuses et passionnantes réflexions.

Didier Fassin écrit dans les dernières pages qu'il a souhaité "ouvrir une brèche dans la somme des fausses évidences accumulées, qui ont permis l'expansion illimitée de l'institution sociale par laquelle les sociétés contemporaines répondent aux perturbations les plus diverses de leur ordre moral ou légal, comme si, par manque d'imagination ou de courage, elles ne savaient pas en concevoir d'autres."
 

Le lecteur pourra ne pas toujours partager l'analyse de l'auteur. Ou lui reprocher de se contenter d'une analyse critique sans proposer de solutions concrètes aux difficultés mises en lumière.

Mais en tous cas ce livre est une contribution utile à un débat indispensable qui doit, répétons-le, se tenir à distance de la superficialité et des faux-semblants qui empêchent d'aboutir à des conclusions argumentées, convaincantes et utiles, de quelque nature qu'elles soient.

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Sur un autre livre indispensable concernant les prisons lire ici.

 

 

 

 

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Marcel 08/05/2017 18:24

Il serait surprenant que cet ouvrage fasse exception aux travaux de Didier Fassin, qui consistent en règle générale à faire une étude pour coller à un propos -un engagement politique- conçu en amont.

Le manque de rigueur de, notamment, "La Force de l’ordre. Une anthropologie de la police des quartiers" est résumé dans son titre : qu'est-ce donc qu'un quartier ? Un ouvrage qui, contrairement à ce que le titre indique, n'est fondé que sur une seule enquête sur un service jamais cité, dont on ignore par conséquent la représentativité, et dont Didier Fassin tire des conclusions générales à portée nationale. En terme de méthodologie, le moins que l'on puisse dire, c'est que c'est insatisfaisant.

J'espère que ce nouvel ouvrage que vous recommandez est basé sur autre chose que des anecdotes aussi invérifiables que saugrenues pour l'initié.